juillet 2017

« Ce qui compte : favoriser la paix »

Par Jimi Weston
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Les étudiants de l’Université Houphouët-Boigny d’Abidjan sont heureux d’accueillir cette 8e édition, mais ont aussi des préoccupations bien plus terre à terre comme l’emploi et le logement. Nous leur avons donné la parole.

Achille Djagouri, 26 ans, discute avec un de ses amis au bord d’une allée de l’Université Félix- Houphouët-Boigny. Le temps est menaçant. Il a beaucoup plu ces dernières semaines à Abidjan. Les étudiants en droit ayant déjà fait leur rentrée depuis le 29 mai – chaque filière ayant son propre calendrier –, ils sont actuellement en force sur le campus. Achille est l’un d’entre eux. Les Jeux de la Francophonie en Côte d’Ivoire, « bien sûr » qu’il s’y intéresse.

Béret sur la tête, regard assuré, il a apparemment la ferme intention d’en être : « Si j’ai la santé, je ne pense pas qu’il existe quelque chose qui puisse m’empêcher d’y assister. Déjà, c’est un événement important sur le plan économique. Et puis, il nous permet de montrer que nous sommes capables d’organiser ce type d’événement. Sur le plan international, c’est quand même quelque chose de grand. Si la Côte d’Ivoire a la capacité d’accueillir tous ces concurrents et tous ces spectateurs, que tout se déroule comme il faut, et que nos invités se sentent en sécurité, cela prouvera que notre pays a mûri. » Il est persuadé que tout se passera bien… pourvu que « la politique soit laissée de côté ».

Manifestement, les étudiants de l’université n’ont pas tenu rigueur du couac intervenu au printemps dernier avec le gouvernement. À l’origine, ce dernier avait décidé que les participants aux Jeux seraient accueillis dans des chambres universitaires. Mais, pour y parvenir, il aurait fallu que les lieux soient libérés par leurs occupants, des centaines d’étudiants issus de toutes les régions de Côte d’Ivoire, qui n’auraient sans doute pas pu suivre les cours pendant presque un mois. Les syndicats étudiants, très actifs sur les campus ivoiriens et rétifs au projet du gouvernement, ont finalement eu gain de cause. Et les concurrents seront logés à l’Institut national de la jeunesse et des sports à Abidjan, complètement reconstruit. Mais les jeunes attendent plus du pouvoir en place.

« D’un point de vue officiel, c’est vrai, on voit le gouvernement effectuer certaines démarches pour imposer la Côte d’Ivoire au niveau international, observe Daniel Gnakpa, 22 ans, étudiant en droit. Sur le fond, on aimerait qu’il nous soutienne davantage en matière de logement et d’emploi. Mais ces Jeux sont plus importants qu’on le croit. Ils peuvent favoriser la paix dans notre pays. Pendant deux semaines, nous allons parler de francophonie, d’entraide, de solidarité, d’harmonie… Cela peut créer beaucoup d’enthousiasme au sein de la jeunesse. Peut-être même que cela pourrait ramener certaines choses qui existaient avant, mais qui n’existent plus… comme l’unité de la nation. Et puis ce sera une fierté pour nous tous de recevoir nos frères africains, ici, dans notre pays. »

Ses cahiers de cours plaqués sur sa poitrine, Sonia Djatchybisso a fini les cours. 21 ans et étudiante en lettres modernes, elle veut devenir professeur de français. Les Jeux de la Francophonie ? Très peu pour elle. « J’en ai entendu parler, mais, franchement, ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’importe, c’est d’étudier et d’avoir un travail. Moi, j’habite à Yopougon [commune d’Abidjan]. Pour venir à l’université, le transport est cher. Pourtant, parfois, on vient, et les professeurs ne sont pas là ou sont en grève. Je sais que le gouvernement fait des efforts pour tenter de mettre les étudiants à l’aise. Il fait de son mieux sans doute, mais ça ne se voit pas forcément dans notre vie de tous les jours. »

Christiane N’dri, 25 ans, étudiante en droit, la rejoint un peu, mais est plus tendre avec les Jeux : « La première de nos préoccupations, à nous, les jeunes, c’est notre niveau de vie. Et, depuis quelque temps, il n’augmente pas vraiment… Mais je suis tout à fait d’accord avec le fait d’accueillir ce type d’événement. Ça peut nous aider à avancer. »

Une situation qui n’a pas de quoi abattre un jeune Ivoirien. « Nous sommes un peuple optimiste », sourit Gildas, 24 ans, étudiant en droit. Au pied du monument au masque Piro, au coeur de l’Université, il discute avec ses amis, Linda, 21 ans, étudiante en lettres modernes, et Saint-Cyr, 24 ans, en sciences économiques. Saint-Cyr a pu observer certains des travaux d’infrastructures réalisés pour les Jeux de la Francophonie et il est particulièrement enthousiaste.

« Au niveau de Treichville, vers le Canal au Bois, ce qu’ils ont fait, franchement, c’est bien joli. Il faut reconnaître que beaucoup de choses ont été construites ces dernières années en Côte d’Ivoire. Le troisième pont en ville, l’échangeur, l’hôpital de Bingerville, des nouveaux bâtiments dans l’université… » « Et l’Université de Man », ajoute Gildas. « Pour nous, de toute façon, ces Jeux ne peuvent être que bénéfiques, puisqu’ils apportent des infrastructures de qualité à la ville », résume Saint-Cyr. Linda fait la moue. Elle paraît un peu plus dubitative. Ce qui la fait rêver, elle, ce ne sont pas les Jeux, c’est le métro. « Le président nous en a promis un. Ça, franchement, ce serait génial. Ça nous ferait un grand changement. Quand il y aura un métro à Abidjan, alors là, je croirai à l’émergence. » Bon, en attendant, il y a les Jeux, et ça ne semble pas si mal.

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