Envoûtante Nacera Belaza à Tunis

danse1.jpgElles sont deux sur scène. Deux miroirs, deux ombres, deux sœurs qu’on dirait jumelles. Leurs pieds sont solidement ancrés dans le sol. Elles portent des pantalons et des t-shirts noirs, amples, dont dépassent des manches violettes. La scène est sombre, seules leurs silhouettes sont éclairées. Des haut-parleurs surgit une musique troublante, mélange de voix différentes, presque opposées : un chant soul d’une grande douceur, et une voix traditionnelle, comme un écho berbère. Peu de mouvements émanent des deux corps face à nous, sur cette scène de Ness El Fen, à Tunis. Seuls leurs bras, doucement, comme une berceuse, se mettent à bouger, à décrire des arcs de cercle de plus en plus rythmés, comme le réveil d’un corps longtemps engourdi par on ne sait trop quelle force. Dans la salle, il fait une chaleur étouffante. Les spectateurs se serrent les uns contre les autres sur les gradins, le souffle en suspend. Les deux danseuses s’approchent au bord de la scène, reprennent leur mouvement de balancier, alors que s’élève, cette fois-ci, la voix magique de la Callas. Puis, brusquement, une musique rap rompt le rythme de l’opéra, les danseuses remplissent l’espace. Avant de reprendre, toujours, ce même balancier envoûtant. Il se passe quelque chose de magique dans cet espace où sont soudain réunis un public avide de prendre, des danseuses avides de donner. Sur leurs visages éclairés de lumière jaune, tout s’ouvre, au fur et à mesure que la musique emplit les lieux. Des sourires, des regards pleins d’espoir. Et un tonnerre d’applaudissements. Comme si ces deux femmes, en 45 minutes, étaient parvenues à suspendre le temps. Et à suspendre nos yeux à leurs visages. « Le cri », leur chorégraphie, est en cours de création. Tunis en a eu la primeur, dans le cadre de « Dans l’Afrique danse », avant la région parisienne : Nacera et Dalila Belaza danseront aux prochaines Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis.

Sarah Elkaïm

“Danse l’Afrique danse” à Tunis : and the winners are…

danse.jpgLa fin d’un festival comporte toujours son lot d’émotion, de rires et de larmes. « Danse l’Afrique danse » n’est pas encore terminé, mais le jury a décerné hier matin ses prix aux lauréats de la partie « compétition » du festival. Ness El Fen, le centre de danse contemporaine de Syhem Belkhodja, s’est transformé en tribune de congratulations. Où l’on a vu les larmes de Syhem, remerciant ses collaborateurs et serrant dans ses bras Sophie Renaud, de CulturesFrance. Les larmes, aussi, et les cris de joie d’Inzalo, compagnie sud-africaine qui remporte le premier prix avec « Karonano », des chorégraphes Thabiso Pule et Thami Manekehla. La joie des Congolais de la compagnie Baninga/DelaVallet Bidiefono, deuxième prix pour « D’une route à l’autre », et la pudeur du Tunisien Nejib Ben Kalfallah, prix RFI.

L’écho des cris de Pape Ibrahima Ndiaye (dit Kaolack) dans sa puissante chorégraphie, « J’accuse », résonne aussi dans la salle de danse alors qu’il reçoit le prix de la catégorie solo. « Par la danse nous existons, et par la danse nous vaincrons », dit Kaolack, qui espère « devenir un modèle pour les jeunes », comme lui-même en a suivi, Germaine Acogny en tête. Les jeunes, la « relève », sont bien là, ce midi, sur la scène de Ness El Fen, surplombée de gradins où sont juchés des dizaines de tapis colorés. Six jeunes danseurs et danseuses du Centre méditerranéen de danse contemporaine, 17 ans pour le plus jeune. Une rage, une force, une violence parfois, une vitalité incroyables qui sort de ses corps à peine adultes et qui disent déjà leurs doutes, leurs angoisses, leurs désirs. Oumaïma Manaï, « sensuelle si je veux », dit-elle dans son solo, naissance d’une femme dans un pays musulman. Mohamed Toukabri, Sofiane Bounour, Sami Mihoub… Et encore, la très belle Inès Chkimi, butant et luttant contre un mur, se projetant au sol pour finir dans un chant tendre et doux sortant de sa propre gorge. Oui, la relève est assurée. Une jeune génération qui, à l’image de Kaolack, danse « une danse qui est en nous, qui représente ce continent, ces réalités africaines ».

Sarah Elkaïm

Deauville, l’Africaine

femme-logo-couleur_1.gifDécouvrir le Salon du livre de Deauville, Livres et Musiques, mettant à l’honneur les Afriques, a piqué au vif ma curiosité et mon intérêt, face aux noms qui résonnent tels des monuments de la littérature et de la musique afro-caribéenne : l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot, l’auteur guadeloupéen Ernest Pépin, le pianiste de Pointe-à-Pitre Alain Jean-Marie ! Emportée par l’œil bleu des mers turquoises et l’énergie communicative de Loraine, l’attachée de presse du festival, je plonge en apnée durant trois jours et trois nuits, dans les eaux insondables de personnages incroyables. Je redeviens une enfant émerveillée à l’écoute des contes du Sénégalais Souleymane Mbodj, une journaliste tenue en haleine face au récit de l’écrivain rwandais Gilbert Gatore, un être humain bouleversé en rencontrant l’auteur belge de bandes dessinées Jean-Philippe Stassen, amoureux fou de l’Afrique qu’il a longuement parcourue, une femme, interpellée par le propos de L’Echappée !, le livre de Valentine Goby, qui parle de ces françaises tondues à la Libération et récompensé par le Prix littéraire de Deauville et le Prix des lecteurs. Je suis dans une ville connue pour ses célèbres festivals de cinéma. Deauville, son casino, sa plage, les murs de ses bains en mosaïque bleu et or… Et lorsque j’écoute la lecture musicale des oeuvres de l’Antillais Daniel Maximin ou de Frédéric Pagès, je repense aux mots de Nina Bouraoui - « certains livres devraient s’écouter comme une musique » -, et à ceux d’André Breton, « il faut laisser les livres ouverts, battant comme des portes ». Battant comme le souffle des textes d’Aimé Césaire, la langue des poètes s’est posée sur les larges hanches de Deauville, du port de Honfleur jusqu’à Cartagena, le bijou des Caraïbes… Des chants sorciers l’entraînent au rythme des danses africaines, de la cumbia, danse des esclaves enchaînés. Les mots, cris libérateurs, lui donnent alors une âme africaine.

Fouzia Marouf

dedicace1.jpg (Le Sénégalais Souleymane Mbodj, en pleine dédicace. Photo : Loraine Adam)


Marocain et juif : un lieu trait d’union à Bruxelles

affiche_freud_au_maroc_big.jpgDerrière son bureau, des étagères accueillent des centaines de livres dont les titres ne laissent aucun doute sur la passion de Paul Dahan : Bijoux du Maroc, Ville de Rabat, Oujda, une ville frontière du Maroc, mais aussi des ouvrages sur la psychanalyse, sur le judaïsme, sur Freud. Cet homme est le fondateur du Centre de la culture judéo-marocaine, ouvert à Bruxelles depuis la fin février 2008 et accueillant une première exposition temporaire « Freud au Maroc, Regards sur l’identité ».

Le musée est l’aboutissement, ou une étape, du cheminement de ce collectionneur, né au Maroc, citoyen un temps d’Israël, de l’Espagne, de pays scandinaves, pour enfin poser ses interrogations à Bruxelles, « une ville aux identités multiples ». Comme Paul Dahan. Comme chacun de nous. D’ailleurs ce musée parle à tous, décloisonne les identités et combat les replis communautaires. « Il invite à rester curieux de la diversité, avance son fondateur. La communauté est comme une famille. Si on ne fréquente qu’elle, elle finit par vous étouffer. » Bulle d’air des questions identitaires, le Centre présente donc la collection Dahan-Hirsch qui rassemble plus de 1 500 pièces, propose une bibliothèque de 8 000 ouvrages, gère un fonds d’archives d’environ 30 000 documents ainsi que 3 000 documents iconographiques et plus de 50 documents audio-visuels. Voilà pour les chiffres !

A peine né, le Musée crée l’événement avec l’exposition « Freud au Maroc, Regards sur l’identité ». « Débuter avec la psychanalyse était une évidence : les trois éléments rêves/symboles/réel sont universels. » Et le visiteur entre dans l’exposition par ces trois éléments reconstitués au sous-sol, avant de découvrir au rez-de-chaussée les rites juifs et musulmans du Maroc. Des babouches de bébé - en cuir pour le bébé juif, brodées pour le musulman - rappellent ainsi ce jeu humain qui oscille dès la naissance entre la ressemblance et la singularité pour exister. L’exposition nous parle ensuite des quatre grands moments de l’existence – naissance, rite de passage, mariage et mort -, avec, en fin de parcours, un sujet bien connu des Marocains d’Europe comme des Juifs : la figure du bouc émissaire. Des documents témoignent entre autres des émeutes d’avril 1912 dans le quartier juif de Fès. « Le bouc émissaire surgit d’une alliance contre un fragile, un faible, rappelle Paul Dahan, qui opte résolument pour la diversité. Plutôt s’allier avec des intelligences qu’avec des nationalismes. »

Olivier Bailly

Centre de la culture judéo-marocaine
place J. Vander Elst, 19
1180 Bruxelles
Informations pour le centre et l’exposition ici : http://www.judaisme-marocain.org/?sec=acc
L’exposition voyagera au Maroc et en Europe. Prochains lieux :
Casablanca (Maroc) : Villa des Arts à l’ONA, du 19 juin au 24 juillet
Rabat (Maroc) : Villa des Arts, du 31 juillet au 23 septembre
Genève (Suisse) : Siège des Nations-Unies du 20 octobre au 7 novembre

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Montréal : Dieu, Césaire, et l’Afrique

affiche_dieu_fr_lr_final.jpgLe Sirocco a dû souffler sur Montréal ! Aux premiers jours du 24e Pan Africa International de Vues d’Afrique, les températures ont augmenté de plus de 20 ° ! Du jour au lendemain, le printemps a chassé l’hiver. Les derniers monticules de neige et la glace des canaux fondent de plus belle. Avec ses surprises : bouteilles vides jetées, clés ou portefeuilles tombés dans la poudreuse à l’automne, tout réapparaît sur le bitume mis à nu ! Dans un festival de cinéma, on peut aussi se perdre dans le foisonnement de la programmation, mais alors que les jours passent, certains films se distinguent. C’est le cas de « Dieu a-t-il quitté l’Afrique ? », réalisé par un Sénégalais de 48 ans qui a lui même quitté le continent pour venir faire ses études au Québec. C’était il y a 15 ans. Depuis, il est resté, mène une carrière de chanteur, et vient de réaliser son premier film avec le soutien de l’ONF, l’Office National du film du Canada. Un sacré personnage, Musa Dieng Kala, imprégné de soufisme et qui tient un discours à la fois volontaire, iconoclaste et non violent sur la place des Noirs dans la société occidentale, et sur la façon dont l’Afrique pourrait s’en sortir. Son film raconte l’histoire de ces jeunes Sénégalais qui rêvent eux aussi de partir, et tentent l’aventure souvent au péril de leur vie. Un habile mélange d’images d’actualités, et de témoignages de ces jeunes, de leurs parents, tous habitants d’un quartier de Dakar. Musa Dieng Kala y a passé son enfance dans une famille très modeste. Il n’oublie pas d’où il vient, et se désole de voir que la situation sociale a empiré. Toute une population qui ne pense qu’à partir… Le réalisateur estime qu’il n’est plus temps d’accuser l’Occident de tous les maux, et interpelle les dirigeants africains, premiers responsables du maintien de la population dans la pauvreté. Chantal Compaoré, invitée d’honneur de Vues d’Afrique, aurait pu transmettre le message à son mari, le président du Burkina Faso, mais elle a annulé au dernier moment (pour des raisons d’agenda) sa venue à la projection du film, mercredi, en avant-première. « Dieu a-t-il quitté l’Afrique ? » va maintenant commencer sa carrière, on le verra sans doute au prochain Fespaco, à Ouaga, en 2009. Porteur d’une vision moderne des rapports entre l’Afrique et l’Occident, que n’aurait pas renié Aimé Césaire. Au lendemain de la projection de son film, Musa Dieng Kala apprenait la mort du poète, auteur du Discours sur le colonialisme. « Ça m’a bouleversé, m’a confié le cinéaste sénégalais, parce que j’ai vraiment appris la Négritude avec lui. Pas avec Senghor, mais vraiment avec lui parce qu’il avait un discours beaucoup plus direct. Je me rappellerai toujours de ce qu’il disait : « L’on a feint de trouver en moi l’ennemi de l’Europe, mais je suis l’ennemi d’une certaine Europe, celle qui cherche toujours à dominer ». Le dernier souffle de Césaire sur Montréal, par un jour de printemps 2008.
Jean-Marie Chazeau

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Mauritanie : concerts à l’air libre

visuel-nomade.jpgD’ordinaire en Mauritanie, la musique se joue dans les mariages, sous la tente ou une salle louée pour l’occasion. C’est comme ça, c’est la tradition. Les concerts et les rendez-vous culturels il y en a peu, même à Nouakchott, la capitale. Alors me direz-vous, quid du Festival International de Musiques Nomades ? Et bien, disons que c’est un peu l’exception qui confirme la règle. D’autant que la programmation laisse le champ libre à tous les genres et ce, dans tous les lieux de la ville. Il y a même des concerts dans les quartiers. Dans les « moughaatas », indique le petit dépliant papier du festival. Le principe de cette initiative : faire jouer des artistes dans des endroits où les populations ont peu accès à la culture. Benoît Thiebergien, l’un des deux directeurs artistiques précise : « L’idée, c’est aussi de proposer d’autres sons aux différentes communautés : par exemple, du rap et de la musique wolof dans les localités majoritairement maures ».

Musique tradi-moderne hassania, m’balaw wolof, chants des pêcheurs Hal pulaar… Au total, cette année, treize artistes se répartissent dans quatre quartiers de Nouakchott. Une petite scène en bois est installée dans un coin de rue, quelques amplis sont posés dessus, des jeunes sont formés pour le son et le tour est joué. A l’angle d’une artère ensablée du quartier de Dar Naïm, le dispositif titille les curiosités. Plusieurs dizaines de personnes, majoritairement des femmes, viennent voir ce qui se passe, et finissent par rester. Entre deux déhanchements timides, des jeunes filles replacent machinalement leur voile chahuté par les bourrasques de vent. Les enfants courent dans tous les sens. Il y a des airs de fête au village improvisée. La musique porte loin. « Je crois que c’est avec ce genre d’approche que les gens commencent à comprendre l’importance de la culture », analyse Cheikh Saad Bouh Kamara, un sociologue de l’Université.

Julie Vandal

Nouakchott, ambiance électrique

visu08.jpg« Ce pays, c’est un paradoxe », m’avait dit un serveur lors de mon dernier voyage en Mauritanie au mois de janvier. A vu de nez et en se raccrochant à quelques petits indices, je m’étais dit « pourquoi pas », en attendant de pouvoir sonder l’affirmation un peu plus amplement. Voilà qui est fait. On est à Nouakchott. Lundi 7 avril. Il est 21h. Le Festival International des Musiques Nomades ouvre ses portes au stade du Ksar, sous l’œil attentif de quelques 3 000 jeunes, vêtus de grands boubous blancs ou de jeans, c’est selon. Les concerts sont gratuits, alors on vient parfois de loin. Le chanteur mauritanien Ousmane Gangue entame ses premières notes de guitare tandis que des hommes de la sécurité encerclent la foule tous les dix mètres. Il y a une ambiance un peu étrange. Entre euphorie et inquiétude. « Je ne sais pas exactement ce qui se passe », murmure un français installé en Mauritanie depuis quatre ans. « Les informations parlent de coups de feu dans une maison du nord de la ville, avec un gars en fuite… » Ce « gars », c’est Sidi Ould Sidna, un des meurtriers présumés des quatre touristes français en décembre dernier. La bête noire du pays. Depuis son évasion du Palais de Justice, lors d’une audience le 2 avril, le jeune djihadiste de 20 ans met la Mauritanie en émoi…. Il est 22h30, l’Orchestre National de Barbès (ONB) est sur scène. La soirée bat son plein. Dans un coin, un ado, blouson en sky rouge sur les épaules, fait le malin devant ses copains en esquissant des mouvements désordonnés, vague évocation de la Tektonik. Un gamin de 13 ans passe devant la régie son, en tirant goulûment sur sa cigarette. La vie. Normal. Et pourtant, à quelques encablures de là, Sidi Ould Sidna, lui, serait en train de défier les forces de sécurité. Barricadé dans une maison d’un quartier résidentiel de la ville avec d’autres djihadistes, il aurait tiré plusieurs coups de Kalachnikov, avant de forcer un barrage, de blesser des policiers et de disparaître à nouveau dans la nature. Je repense à cette histoire de paradoxe. Même génération, même pays, même religion et des aspirations diamétralement opposées. Quand certains se rêvent en djihadistes super-stars, d’autres profitent de ces rares occasions pour se divertir. Simultanément, quasiment au même endroit. « C’est ça, la démocratie chez nous », me dit ironiquement un journaliste local. Oui, c’est peut être une des explications… Il est minuit et demi. L’ONB a terminé son tour de chant. Et la quatrième édition du Festival démarre sous tension.

Julie Vandal

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(Concert de Heydi Hamallah)

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(Concert de l’Orchestre national de Barbès)

Copyright Photos Benoit Thibergien

Mounira Mitchala, Tchadienne à la voix d’or

mounira.jpgOn la surnomme « la panthère douce ». Elle a des airs de petite fille. Elle a pourtant 28 ans. Elle semble timide et fragile. Mais, sur scène, elle libère une force et une sensualité dingues ! Elle, c’est Mounira Mitchala, la révélation du Prix Découvertes RFI. Une Tchadienne belle comme le jour avec une voix qui porte haut. Dans la vie, Mounira est greffière au tribunal de N’Djamena. Dans ses chansons, elle parle de la condition des femmes de son pays, dénonce les mariages forcés, défend l’écologie, voudrait la paix au Darfour et que ses frères tchadiens soient fiers de leur culture. Mercredi soir, dans la salle mythique du New Morning, à Paris, elle a conquis le public, entourée de ses musiciens : deux percussionnistes, deux guitaristes et un bassiste. « J’ai trouvé un style qui me ressemble », dit-elle d’une petite voix. Un style à mi-chemin entre le traditionnel et le moderne, qu’elle porte avec détermination, puisqu’elle auto-produit ses albums. Elle est aussi totalement autodidacte. « Au Tchad, il n’y a pas d’école de musique. J’ai appris avec des amis et j’ai d’abord fait du théâtre, pour m’habituer à la scène. J’ai été très inspirée par ma grand-mère maternelle, chanteuse de cérémonie, et par les chanteuses noires-américaines comme Whitney Houston. » Son dernier opus, Talou Lena, sort aujourd’hui en France. On lui souhaite belle et longue vie. Petit détail : Mounira a les dents du bonheur. Si c’est pas un signe…

Olivia Marsaud

Rome plutôt que vous

affiche-film-rome-plutot-que-vous-2496190_39.jpgIl y a des ovnis, comme ça, qui vous mettent la tête à l’envers. Rome plutôt que vous, de Tariq Teguia, en fait partie. C’est un film qui oscille entre la fièvre et l’ennui, l’attachement au bled (l’Algérie) et l’envie d’ailleurs. C’est surtout un film qui marque par son engagement esthétique et son écriture cinématographique. On nage en pleine nouvelle vague à l’algérienne ! Lumières entre chien et loup, images floutées, montage audacieux, longs plans-séquences et une « apnée sonore » comme l’explique le réalisateur, avec une bande-son ecclectique, du free jazz, Archie Shepp et Ornette Coleman, qui s’emmêlent dans les bruits de la ville, omniprésents. Ça se passe dans les années 90 mais ça pourrait se passer aujourd’hui. Seuls quelques indices (le couvre-feu, les massacres à la Une des journaux) rappellent la décennie noire. Pour le reste, rien n’a changé ou si peu. C’est ça qui serre le cœur. Kamel et Zina vivent comme en suspens. Kamel veut partir et tente de convaincre son amie de l’accompagner en Europe. Ils sont pris au piège de leur vie, à l’image de cette scène angoissante dans un quartier en construction de La Madrague, en banlieue d’Alger.Vertige, détresse, inertie… « C’est pas moi qui suis ivre, c’est la vie qui tourne », dit l’un des acteurs. Tariq Teguia a voulu rendre compte « concencieusement, douloureusement, des dérives immobiles ». Il dresse aussi un tableau sombre, mais juste de son pays. Tout y est évoqué subtilement : la religion, les coupures d’eau, l’abus de pouvoir, le bizness, les clandestins, la débrouille… Les répliques fusent. Zina dit : « Son père, il faut pas le tuer, il faut le déserter ». On pense à Jim Jarmush, à John Cassavetes, pour les scènes nerveuses tournées caméra à l’épaule. Des filiations méritées pour le jeune réalisateur qui a mis 8 ans à fabriquer ce film et qui, ancien étudiant en philosophie et arts plastiques, l’a truffé de références littéraires et culturelles. Un bel ovni qui sort ce mois-ci en salles.

Olivia Marsaud

Alunissage au Marathon des Sables

marathon-couple.jpgDébarquer en plein Marathon des Sables relève de l’alunissage. Pour ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit, c’est « la » course à pied de référence dans le monde de l’endurance. 240 kilomètres dans le désert marocain, en six étapes et en auto-suffisance alimentaire. En gros, une épreuve sportive en plein cagnard avec pour seul bagage un petit sac à dos d’environ 8 kilos et dans lequel les participants ont toute leur nourriture et tout leur matériel (sac de couchage, etc) pour une semaine ! Pour l’eau, une dizaine de litres leur sont distribués chaque jour. Mais ça, c’est juste, disons, l’apéritif. Nous arrivons donc le 3 avril, à des heures de 4X4 de Ouarzazate, en allant vers l’est. Il est aux alentours de 16 heures et il ne fait pas moins de 45° C. Au coeur d’un immense plateau caillouteux parcouru de tourbillons de sable, se dresse le bivouac de cette 23e édition (c’est donc que ça plaît…). D’un côté les tentes berbères, noires, des 800 coureurs, de l’autre les tentes sahariennes, blanches, des organisateurs et autres encadrants. En tout, pas moins de 1 200 personnes. Jusque-là rien de particulièrement hallucinant. La quatrième étape touche à sa fin. Une étape mythique : 75,5 kilomètres que les meilleurs parcourent en un peu plus de six heures et les autres… en plus de trente ! Un calvaire qu’eux seuls semblent apprécier pour le fameux dépassement de soi ! Le soleil commence à peine à quitter son zénith et voilà qu’une voix enthousiaste s’échappe des hauts- parleurs, entre deux chansons rock, pour appeler les coureurs - affalés sous leurs tentes, les pieds en sang, le regard dans le vague et les chaussettes dans un état innommable en train de sécher en plein vent – à venir applaudir les derniers arrivants, exsangues, presque déshumanisés. Et là, champagne ! En une seule vague, plusieurs centaines d’êtres vidés de leur substance sortent de sous leurs tentes rapiécées et se lèvent comme autant de Lazares. Les uns les jambes écartées et les pieds effleurant à peine le sable, les autres tels des poupées de chiffon recouvertes de sparadrap… Tous titubant presque et au ralenti. Un hymne à l’apocalypse ou à Thriller, le clip de Michael Jackson. C’est « ça » le Marathon des Sables ? Un peu, oui.

Catherine Faye

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(Un participant, hébété…)

Copyright Photos Catherine Faye