Festival Mawâzine : et la poésie dans tout ça ?
Pourquoi faut-il que le scandale l’emporte toujours sur la poésie ? La 8e édition du Festival de musique Mawâzine, Rythmes du Monde, a fait couler beaucoup d’encre et planer autant de doutes cette année. Parce que l’un de ses concerts de clôture s’est achevé par un terrible accident. Onze morts. Une tragédie incontestable. Mais aussi la possibilité d’un titre choc. C’est beaucoup plus rare d’entendre parler d’émotion. De beauté de l’instant. Pourtant, ce mois de mai à Rabat a été bercé de moments inédits et de notes particulières pendant le festival. La ville était différente. Partout, pendant 9 jours, des spectacles et de la musique. Une longue parenthèse ouverte sur autre chose… Rire avec l’Algérien Khaled enroulé dans un drapeau marocain. Pleurer avec l’Algérienne Warda dont toutes les chansons étaient reprises en choeur. Se hisser sur la pointe des pieds pour voir Stevie Wonder chanter « Isn’t she lovely » avec sa fille Aïcha. Se déhancher sur les notes de la guitare du Cubain Eliades Ochoa, du Buena Vista Social Club, reprenant Chan Chan face à un stade entier dansant la salsa. Taper du pied sur les rythmes irlandais du groupe Altan installés sur une scène surplombant une vallée mordorée. Regarder, sentir, écouter, profiter d’avoir là, tout près de soi, ces artistes venus des quatre coins du monde. Avec soi.
Comme pendant le concert d’ouverture. C’était le long du fleuve Bouregreg, au pied de la Kasbah des Oudayas. Ennio Morricone, âgé, cheveux blancs au vent, dirigeant 100 musiciens de l’Orchestre philharmonique de Rome et 90 choristes marocains dans la nuit fraîche de Rabat. « Le Bon, la Brute et le Truand », « Il était une fois dans l’Ouest »… cela aurait pu virer à l’ennui, s’enliser dans une succession d’airs à chaque fois connus ou reconnus. Il s’est pourtant passé quelque chose de spécial. Comme un temps suspendu. Des bourrasques gonflaient la toile gigantesque au-dessus de la scène. Et elle claquait. A quelques mètres de là, le Belem, fameux trois-mâts, était amarré pour quelques jours. Des dizaines d’archets dansaient devant des milliers de spectateurs. Et là, pendant 2 heures, sous le regard amusé de la médina somnolant, pas un bruit dans la foule, pas un mouvement. Des adolescents, des hommes, des femmes, happés par le son des violons, des violoncelles, du piano. Par les voix. Il y avait à la fois le silence, l’écoute et la musique. Un pur moment de poésie.
Catherine Faye

« 25 ans d’une aventure et d’un combat, une fenêtre qui rejoint mes racines profondes » : c’est en ces termes que Michaëlle Jean, la gouverneure générale du Canada a inauguré vendredi soir à Montréal la nouvelle édition du festival de cinéma Panafrica et les 25 ans de Vues d’Afrique. La belle salle du vieux cinéma Impérial, brillant de tous ses ors, était peu remplie, effet de la crise et du prix du billet sans doute : une soirée de levée de fonds dans le contexte économique actuel, ce n’est pas évident… On y croisait tout de même le petit monde africain et créole de Montréal, l’écrivain haïtien vedette Dany Laferrière en tête. Michaëlle Jean est elle aussi originaire d’Haïti et n’oublie jamais son pays dans l’exercice de ses fonctions (essentiellement de représentation). C’est en citant Aimé Césaire qu’elle a tracé un pont entre le Canada, les Antilles et l’Afrique : « cette Afrique oubliée, moquée », disait le poète martiniquais, qui voulait en finir avec « un exotisme superficiel », a-t-elle rappelée. Mission accomplie avec cette manifestation qui présente cette année encore une belle sélection de la production audiovisuelle du continent (et de productions canadiennes sur l’Afrique). Rappelant le souvenir de ses « ancêtres arrêtés, dépossédés, déportés », la gouverneure générale a évoqué au passage ses récentes visites d’Etat au Maroc, au Mali au Ghana, qu’elle a baptisé son « périple de l’espoir ». Sans oublier sa rencontre à Monrovia le mois dernier avec la présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf, Venue de la capitale fédérale, Ottawa, le temps d’une soirée à Montréal, Michaëlle Jean n’a pu que constater que « Vues d’Afrique a créé dans cette ville cosmopolite, un espace de rapprochement et de dialogue où s’affiche toute la diversité des cultures d’Afrique et du créole ». Le souffle de la négritude de cette manifestation ne pouvait être mieux incarné que par l’autre chef d’Etat noir du continent Nord américain, le jour même où l’on commémorait le premier anniversaire de la mort d’Aimé Césaire.
Pour Boondz, « le Gabao Hip Hop permet de montrer de quoi on est capable et de rencontrer des graffeurs venus d’Europe ». Avec Lazoo, ils apprennent la patience, le remplissage des lettres en gâchant le moins de peinture possible. En graff, il faut savoir prendre du recul, à tous les sens du terme, et faire attention à la cohérence de l’ensemble, ne pas travailler dans son coin, savoir gérer les stocks, savoir faire un dégradé subtil, un contour nerveux…. Pas si simple ! « Ici, ils font surtout de la calligraphie, je suis là pour leur apprendre autre chose, à créer des personnages. Il y a des techniques mais après, c’est au ressenti de chacun. Dans mes conseils, je m’adapte à leurs goûts, leurs envies. Le graff, c’est fait pour péter en couleur mais le trop tue le bien. Il faut équilibrer les choses, explique le pédagogue et zen Lazoo. Cet atelier, c’est 8 jours de rencontres intenses et de peinture. Ça permet de mieux faire connaître le graffiti. Ça peut donner envie, faire bouger les choses. Sur le continent, il n’y a pas beaucoup de graffeurs, sauf en Afrique du Sud. Pourtant, la peinture sur les murs fait partie du quotidien. » Il est bientôt 18 heures. L’air est saturé d’odeur acrylique. Le soleil décline. Le niveau des bombes aussi. Mais la fresque est loin d’être finie. Demain, on recommence !



