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Afriquemagazine.com / 01.12.2009 /©AM International


Les problématiques urgentes de l'environnement en Afrique
De la désertification au Sahel à la disparition du lac Tchad en passant par la pénurie d’eau au Maghreb et la fonte des neiges du Kilimandjaro, les impacts du changement climatique sont visibles sur le continent avec des conséquences économiques, sociales et géopolitiques. Le programme des Nations Unies pour l’Environnement identifie comme prioritaires la perte de biodiversité, la dégradation des sols et de l’eau, le changement climatique, les schémas de production et de consommation, la relation existante entre commerce et environnement et la législation concernant l’environnement. L’Afrique n’est pas épargnée.

« Les questions environnementales ne sont un luxe ni pour l’Occident, ni pour l’Afrique. Il s’agit de conditions de survie immédiate et à moyen terme. Pour l’Afrique, beaucoup plus vulnérable, c’est un enjeu majeur et les responsables ont mis du temps à intégrer cela », explique Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS et auteur de Géopolitique de l’Afrique. Toute l’économie du continent repose sur ses ressources naturelles qui constituent le système de survie de la majeure partie de sa population. Mais, depuis trente ans, l’environnement de l’Afrique ne cesse de se détériorer et la pauvreté augmente malgré les initiatives prises par les gouvernements pour essayer de freiner et d’inverser cette dégradation. Riche, vulnérable et contrastée, l’Afrique est exposée à des risques écologiques importants.


Climat
Les pays africains sont de faibles émetteurs de gaz à effet de serre mais subissent les effets du changement climatique : sécheresse, inondations, relèvement du niveau de la mer, épidémies… Selon les prévisions du GIEC (Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat), le phénomène de désertification et la fréquence des périodes de sécheresse et d’inondation vont probablement s’accentuer avec un effet négatif sur les rendements agricoles et la biodiversité.


Biodiversité
C’est un enjeu majeur tant sur le plan de la captation de CO2 que de la possibilité de transformation et de découvertes, pour la médecine par exemple. Cette grande richesse s’appauvrit et décline rapidement avec la déforestation, l’épuisement des fonds marins avec le pillage des pêcheurs industriels… Six des 25 « points chauds » mondiaux de la diversité biologique internationale se situent en Afrique.


Déforestation
Les forêts couvrent environ 22 % du continent mais elles sont en train de disparaître plus rapidement que partout ailleurs. Ce sont elles qui protègent et stabilisent les sols, recyclent les nutriments et régulent la qualité et l’écoulement des eaux. La déforestation résulte à la fois de stratégies de pillage, d’exportation, de défrichages incontrôlés, de besoins énergétiques de base comme la cuisson, de pratiques agricoles comme le brûlis. Dans certains pays, le couvert forestier a pratiquement diminué de moitié pour satisfaire les besoins en terre cultivable et en bois pour l’énergie. Cela accentue le phénomène de désertification.


Combustion domestique
Bois, charbon de bois et déchets agricoles représentent plus de 70 à 80% de la consommation  d’énergie. Dans les zones rurale et urbaine, la combustion domestique du bois et des déchets agricoles est un problème sanitaire qui touche particulièrement femmes et enfants. Les polluants rejetés, comme le dioxyde de soufre ou la dioxine, sont sources d’infections respiratoires, de maladies chroniques comme l’asthme ou encore de cancers du poumon…


Désertification
Elle touche 46 % du continent et affecte quelque 485 millions d’Africains. Plus de 2 millions d’hectares des hautes terres éthiopiennes sont irrémédiablement dégradés. L’érosion des sols et la désertification sont en augmentation et le problème s’intensifiera dans les trente années à venir avec une démographie croissante, un climat de plus en plus variable, un déficit de pluviométrie et l’absence de système d’irrigation.


Eau
C’est un enjeu stratégique. Les ressources en eau douce renouvelables sont importantes mais inégalement réparties dans la région : de 19 200 m3/habitant/an au Cameroun contre seulement 150 m3/habitant/an en Mauritanie. En zone rurale, les populations dépendent de l’existence et de la profondeur des nappes phréatiques. L’accès à l’eau courante reste faible et concerne essentiellement les zones urbaines. La dégradation de la qualité de l’eau accentue la problématique de l’eau : les principales sources de pollution sont l’absence de traitement des eaux usées et la contamination des eaux de surface et souterraines par les effluents industriels ou par le déversement des déchets. La pénurie d’eau douce et sa qualité médiocre sont les deux plus grands freins du développement africain. Ils limitent l’agriculture et l’industrie et provoquent des maladies d’origine hydrique.


Elévation du niveau de la mer
Elle menace plusieurs métropoles. A Alexandrie, en Egypte, 2 millions de personnes devront abandonner leur logement si la mer monte de 50 centimètres. A Lagos, au Nigeria, la plupart des 10 millions d’habitants vivent à moins de 2 mètres au-dessus de l’eau. A Mombasa, au Kenya, plus grand port d’Afrique de l’Est avec 800 000 habitants, 17 % de la ville seraient noyés si la mer montait de 30 centimètres.


Littoral abîmé
Malgré la crise économique, on continue à construire. Quand les réserves de sable manquent pour alimenter les bétonneuses, les camions locaux ou des pays voisins s’approvisionnent sur les rivages africains. Au Maroc, le dragage de sable, même s’il est artisanal, nuit à l’environnement et au tourisme local.


Pollution urbaine
Elle se développe très rapidement. La croissance de la population urbaine a fortement augmenté le volume des déchets avec un taux de ramassage inférieur à 40 % dans la plupart des villes. Les dépôts illégaux se multiplient parfois à proximité des ressources en eau. Les bidonvilles se multiplient et les gouvernements et les autorités locales ne sont pas en mesure de répondre aux besoins croissants en matière de logements et de services fondamentaux. En Afrique subsaharienne, les villes sont formées aux deux tiers de quartiers informels où vivent 190 millions de citadins.


Pollution de l’air
Le traitement des déchets collectés se résume au stockage ou à l’incinération dans des décharges à ciel ouvert. La qualité de l’air des centres urbains africains s’est aussi dégradée avec les émissions de l’industrie et du trafic routier qui se sont intensifiées. Le parc automobile, constitué principalement de véhicules d’occasion, ne dispose pas des technologies les plus récentes pour éviter les rejets des composants les plus nocifs (Plomb, monoxyde de carbone, oxyde d’azote…).


Chiffres
-Afrique du Sud, Egypte, Nigeria et Algérie concentrent 80 % des émissions de gaz à effet de serre du continent.
-20 millions de personnes sont menacées de famine après une nouvelle sécheresse, notamment au Kenya, en Somalie et en Ethiopie.
- La consommation d’eau par jour et par habitant (y compris ce que consomme l’agriculture) est de moins de 50 litres en Afrique. Aux Etats-Unis, elle est de 700 litres en moyenne.
Catherine Faye

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