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L’actualité littéraire de décembre / janvier : les choix de la rédaction.
PAR OLIVIA MARSAUD
À LA UNE Alexandrie, mon amour
À la tête de CulturesFrance, Olivier Poivre d’Arvor est aussi écrivain. Avec ce livre très personnel consacré à Alexandrie, sa « ville préférée au monde », il fait une véritable déclaration d’amour à la cité égyptienne. Entretien.
Am : Vous êtes arrivé à Alexandrie en 1988, à la direction de l’Institut culturel français. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour écrire ce livre ? O.P. : Quand une grande rencontre se fait entre un lieu et une personne, le départ est forcément douloureux ; et le jour où l’on décide d’écrire, c’est pour clore l’histoire d’amour, y mettre un point final. Je n’avais pas envie de ça ! Puis, un jour, je me suis rendu compte que le livre prenait trop de place en moi et qu’il fallait que je l’écrive. Il y a des gens qui peuvent changer votre vie ; eh bien moi, c’est une ville qui a changé la mienne. Alexandrie est liée à mon premier mariage, à mes débuts professionnels, à ma rencontre avec le Sud… J’y ai appris énormément de choses sur moi-même et sur le monde.
Comment la définiriez-vous aujourd’hui ? C’est une ville exigeante, qui pense toujours qu’elle a été mieux avant, obsédée par le désir de mieux paraître. Entre mer et marais, elle est une langue de terre à la forme féminine, protectrice, au bout de l’Afrique… On se sent bien à Alexandrie. Elle est grande mais humaine, aérée en permanence. Je la trouve somptueuse, malgré les outrages du temps et le peu de cas accordé là-bas aux vieilles pierres. Je l’aime jusque dans ses délabrements.
Le livre est à la fois un récit personnel, un document sur la culture et l’histoire de la ville, et il est très richement illustré, ce qui en fait un ouvrage inclassable… J’aurais pu écrire le texte seul, mais j’avais en tête l’idée d’un bazar d’images. De temps en temps, s’offrir un livre inclassable, c’est agréable pour un écrivain ! Et – j’espère – aussi pour les lecteurs… Alexandrie Bazar Olivier Poivre d’Arvor, éditions Mengès, 240 pages, 25 €.
SECONDE LECTURE
Plaidoyer pour la paix GILBERT ACHCAR, enseignant et chercheur libanais, s’attaque de front à un sujet complexe et tabou : le rapport historique des Arabes à la Shoah. L’analyse porte principalement sur la Seconde Guerre mondiale et la période qui l’a précédée, mais se poursuit jusqu’à nos jours. En soulignant la diversité des réactions vis-à-vis de la « solution finale », l’auteur met à mal une partie de la propagande israélienne qui cherche à faire croire que les Arabes ont soutenu en bloc le nazisme et sont antisémites du fait de leur religion. Un plaidoyer pour la reconnaissance mutuelle, côté palestinien et israélien, de la Shoah et de la Nakba. Condition indispensable pour établir un dialogue pouvant mener à la paix. Les Arabes et la Shoah Gilbert Achcar, éditions Sindbad/Actes Sud, 528 pages, 26 €.
BONNES FEUILLES
Outre-voix / Voice Over Breyten Breytenbach, éditions Actes Sud (édition bilingue anglais/français), 70 pages, 13 €. Le grand écrivain sud-africain a écrit un long poème dédié à son ami Mahmoud Darwich, le poète palestinien décédé en 2008. Douze chants qui prennent parfois la forme d’une conversation avec le disparu et résonnent de ses mots fétiches. Un hommage délicat et profond.
Le grand aveuglement Charles Enderlin, éditions Albin Michel, 378 pages, 20,90 €. Le correspondant permanent de France 2 à Jérusalem depuis 1981 lance un pavé dans la mare proche-orientale. Il démontre comment Israël a encouragé le développement, à Gaza, de la branche la plus extrémiste des Frères musulmans et, de fait, contribué à la naissance du Hamas. Un travail extrêmement bien documenté.
À poings nommés Jean-Marc Mormeck, éditions Calmann-Lévy, 240 pages, 16 €. À 37 ans, le Guadeloupéen, double champion du monde lourds légers (2005 et 2007), s’est livré à la plume du grand reporter Damien Burnier. Il raconte son enfance difficile en région parisienne, les galères de ses débuts et écorche le milieu de la boxe en France.
COUP DE CŒUR
La nostalgie, camarade ! DANS UN SANTIAGO du Chili balayé par la pluie et hanté par l’histoire, trois sexagénaires se retrouvent dans un vieil entrepôt. Ces anciens militants de gauche, condamnés à l’exil par le coup d’État de Pinochet, sont de retour dans leur pays natal. Que mijotent-ils ? Pour le savoir, il faut lire ce petit roman dense, à la fois drôle et poétique, signé par l’auteur incontournable du Vieux qui lisait des romans d’amour et qui a reçu, en Espagne, le prix Primavera en 2009. Une magnifique réflexion sur l’engagement politique mais aussi sur la liberté et ce que les hommes en font. L’ombre de ce que nous avons été Luis Sepúlveda, éditions Métailié, 160 pages, 17 €.
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