Marrakech à la croisée des cinémas du monde
Cette neuvième édition du Festival international du film accueille son public du 4 au 12 décembre. Elle confirme définitivement le caractère international de l’événement.
RÉDACTION : SARAH ELKAÏM, NAJATE ZOUGGARI, ALIX TERRY
Marrakech aux couleurs de l’Asie ! Du 4 au 12 décembre, les regards de la neuvième édition du Festival international du film (FIFM) sont tournés vers le continent asiatique, avec deux zooms sur les cinématographies de Thaïlande et de Corée du Sud. De Séoul, les festivaliers pourront voir ou revoir quarante films, toutes époques confondues. Des stars telles que le prolifique Im Kwon-taek, auteur d’une centaine d’oeuvres, dont le très beau Ivre de femmes et de peinture, ou encore Park Chan-wook, réalisateur des remarqués Old Boy (grand prix du Festival de Cannes en 2004) et Lady Vengeance, viendront fouler les allées du festival. « Un cinéma fougueux, rageur, contemplatif et rigoureux », selon le mot de Bruno Barde, directeur du Public Système Cinéma et coprogrammateur du FIFM aux côtés de Nour-Eddine Sail, directeur général du Centre cinématographique marocain. Le 10 décembre, « Regard sur le cinéma thaïlandais », cinématographie en pleine effervescence depuis une quinzaine d’années. Ce n’est pas un hasard si les programmateurs du FIFM ont voulu mettre en avant l’Asie. Marrakech, ce n’est pas un festival sur le cinéma de l’Afrique. Sa programmation s’étend bien au-delà du continent, contrairement à Ouagadougou et à Carthage, « Cannes africains » s’il en est. La recherche et la mise en avant de cinématographies parfois méconnues a toujours été la marque de fabrique de la manifestation. Les programmateurs y apportent l’Asie sur un plateau, mais pas seulement. Une semaine d’une manifestation exigeante, toujours prompte à repérer les pépites parfois méconnues, et qui met un point d’honneur à programmer des oeuvres inédites. Depuis sa création, le festival a vu passer de nombreuses stars sur son tapis rouge : Martin Scorsese, Sigourney Weaver, Catherine Deneuve, Vincent Cassel et Monica Bellucci, Youssef Chahine, Sean Connery, Jamel Debbouze et la troupe des acteurs récompensés à Cannes pour Indigènes, de Rachid Bouchareb… Les étoiles du septième art, qui se donnent rendez-vous dans la ville ocre, sont à l’image de l’identité même de la manifestation : internationales. « Les films de la sélection et de la compétition montrent des cinéastes conscients, qui agissent sur le monde pour le transformer, augmentant l’espoir de chacun. Par leurs oeuvres, ces metteurs en scène, affirmant la vie non comme un don mais comme une tâche à accomplir, créent en le jardin du temps les oeuvres de la réconciliation. Le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit. » Voici, résumé par Bruno Barde, l’état d’esprit qui irrigue la neuvième édition de la grand-messe du cinéma de Marrakech. Des films du monde entier – vingt-cinq pays sont représentés – seront à l’honneur. Grande absente malheureuse, l’Afrique noire, dont les productions de qualité se réduisent comme peau de chagrin d’année en année. Le continent sera représenté par le Maroc (un film en compétition, un autre dans les coups de coeur) et l’Égypte. Six productions européennes sont en compétition officielle (Italie, Belgique, Danemark, France, Espagne, Pays-Bas), tableau que viennent compléter l’Amérique (Uruguay, États-Unis, Mexique), l’Asie centrale et extrême orientale (Tadjikistan, Japon, Corée du Sud et Malaisie). Que des films uruguayens et tadjiks se retrouvent en compétition vient confirmer – s’il en était besoin – l’ouverture de regard dont font preuve les directeurs artistiques ! Gageons que la rencontre du cinéma de ces deux pays, rares sur grand écran, constituera un baptême du feu pour les spectateurs, et sans doute aussi pour le jury, à l’image de la programmation : éclectique, international et de haute tenue. Des réalisateurs et scénaristes (le Palestinien Elia Suleiman, le Français Christophe Honoré, le Britannique Mike Figgis et l’Argentin Pablo Trapero), les actrices Fanny Ardant (France), Isabelle Ferrari (Italie), Marisa Paredes (Espagne) et enfin l’Indienne Nandita Das, également réalisatrice et scénariste. Le Marocain Lahcen Zinoun, qui en plus de son travail de cinéaste est par ailleurs danseur et chorégraphe, vient compléter le panel des jurés, réunis autour du président, l’Iranien Abbas Kiarostami.
RESSENTIR, DÉCRYPTER… En plus de la compétition officielle, coups de coeur et hommages viendront rythmer le programme des festivaliers. Sigourney Weaver, que le festival honorait l’année dernière, avait déclaré que la manifestation était surtout « un bouillonnement où l’échange et la confrontation directe renvoient les stéréotypes à leur catalogue ». Cette année, les spectateurs auront le bonheur de jongler, pêle-mêle, entre les hommages rendus à Sir Ben Kingsley, l’inoubliable oscarisé du Gandhi de Richard Attenborough (1982), au fantasque et non moins récompensé Emir Kusturica (deux fois Palme d’or à Cannes pour Papa est en voyage d’affaires en 1985 puis, dix ans plus tard, pour Underground), à l’acteur d’origine marocaine Saïd Taghmaoui, qui poursuit une belle carrière internationale, et enfin à l’Américain Christopher Walken, inoubliable interprète de Michael Cimino (Voyage au bout de l’enfer, pour lequel il reçoit l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle en 1978, et La Porte du paradis en 1980). Hors des salles obscures, la ville sera de nouveau très animée, avec, cette année encore, les projections en plein air place Jamaâ el-Fna, coeur battant de la cité. Enfin, pour passer de l’autre côté de l’écran, les master class de grands cinéastes offriront au public la possibilité d’entrer dans le processus de fabrication d’un film, de comprendre la démarche artistique d’un cinéaste. Après Martin Scorsese en 2007, pas moins de quatre grands noms du septième art tiendront cette année leur leçon de cinéma dans la salle des ambassadeurs du palais des Congrès : le réalisateur et scénariste mexicain Alfonso Cuarón, le chef opérateur et réalisateur australien Christopher Doyle, le réalisateur et scénariste américain Jim Jarmusch et le réalisateur et scénariste serbe Emir Kusturica. S.E.
Article extrait du dossier [ Découverte ] paru dans le numéro 291/292 (décembre 2009 / janvier 2010) d’Afrique magazine.
À lire sur le blog de Zyad Limam, [ Changement d'Air ] : Une nuit à Marrakech
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