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Afriquemagazine.com / 01.08.2009 /©AM International


Le tourisme africain résiste à la crise
Le continent est le seul à réaliser une croissance dans ce secteur sinistré (-8 % d'arrivées au niveau mondial), avec 6,4 % de visiteurs en plus en Afrique du Nord et 1,7 % au sud du Sahara.

À EN CROIRE l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), une instance des Nations unies qui regroupe 154 pays, l’Afrique est le seul continent où les arrivées de touristes internationaux ont augmenté au cours des quatre premiers mois de l’année. Au niveau mondial, les conséquences de la crise économique sur le secteur touristique, de loisir ou d’affaires, sont pourtant pires que ce qu’escomptait l’OMT, avec une chute de 8 % des arrivées (-10 % en Europe, -5 % dans les Amériques, -7 % en Amérique du nord et -6 % en Asie et Pacifique).
Sur le continent africain, qui représente 5 % du tourisme mondial, l’Afrique du nord réalise une croissance de 6,4 %, résistant bien à la concurrence méditerranéenne, contre 1,7 % en Afrique subsaharienne. Cela ne signifie pas que le continent a été épargné par la crise. Mais l’OMT juge ses résultats encourageants, bien que l’Afrique ait été habituée ces dernières années à des taux de croissance élevés, dépassant les 10 % en 2005 et 2006. Par ailleurs, l’Égypte, le Maroc et la Tunisie, respectivement première, troisième et quatrième destinations touristiques africaines, attendent la fin de la saison estivale pour être définitivement fixés sur leurs résultats.
De janvier à mai, les entrées aux frontières du Maroc ont continué de croître (+10 %), en partie grâce aux visites des Marocains de l’étranger (+25 %). En revanche, côté français (-5 %), principal pourvoyeur de touristes, et anglais (-19 %), c’est la dégringolade. À eux seuls, ces deux pays représentent les trois quarts des nuitées perdues par les hôtels du royaume (-3 %). Les touristes résidants, plus nombreux à fréquenter leurs établissements hôteliers (+6 %), atténuent ce phénomène, mais ils ne peuvent rien contre la baisse de 17 % des recettes touristiques (1,5 milliard d’euros). La Tunisie semble mieux résister. Elle a enregistré, de janvier à mai, une croissance de 1,3 % et augmenté ses recettes de 3 % (650 millions d’euros). Les nuitées, néanmoins, y déclinent (-5 %). L’Égypte, de son côté, a accueilli en 2008, 13 millions de touristes. Mais leur principal pays d’origine, la Russie (1,5 million), passé devant l’Allemagne et la Grande-Bretagne, est durement frappé par la crise. Et Le Caire ne peut compter sur ses voisins arabes, nombreux à s’être rendus en Égypte depuis le début de l’année (+10 %), pour éviter une chute de sa croissance touristique en 2009. Dès la fin de l’année 2008, Rabat a mis sur pied un plan anticrise public/privé baptisé « Cap 2009 », suivi en janvier par Tunis. Leur but : accentuer les campagnes de promotion à l’étranger et développer le tourisme intérieur. Dans le royaume chérifien, les projets initiés pour dépasser les dix millions de touristes en 2010 ont été maintenus. Ce qui a permis au roi Mohammed VI d’inaugurer, en juin, la première des six stations balnéaires de « nouvelle génération » du plan Azur – Saïdia Mediterranea –, d’une valeur d’un milliard d’euro.
Pour leur part, les autorités tunisiennes estiment que le faible coût des séjours dans leur pays a été un avantage depuis le début de l’année. D'un autre côté, la crise a été l’occasion d’accélérer le repositionnement stratégique de la destination, qui traîne une image de tourisme balnéaire de masse peu rémunérateur. Elles ont mis en avant les festivals, circuits historiques, la balnéothérapie et la thalassothérapie, et activé la création d’une dizaine de golfs. La clientèle qui fréquente ces aires de jeu dépenserait quatre fois plus qu’un touriste lambda ! Enfin, Tunis attend avec impatience l’ouverture de son ciel en 2010, une procédure qui a contribué depuis 2006 à la croissance du tourisme marocain.
L’Égypte aussi fait un effort de communication. Certaines de ses campagnes promotionnelles insistent sur la proximité des pays européens et la rapidité d’organiser un séjour grâce à l'Internet : avec la crise, les voyages impulsifs de dernière minute, se sont multipliés...
Quid de l’Afrique du Sud ? Le deuxième pays touristique africain attend sa Coupe du monde de football 2010. Il a jusque-là bien résisté à la crise, mais les autorités semblent faire assez peu pour s’en prémunir. À peine ont-elles annoncé en juin le renforcement du tourisme national et régional : sur les 9,6 millions de touristes (+5,5 %) entrés en Afrique du Sud en 2008, une grande partie venaient des pays voisins tels que l’Angola (+15 %), le Mozambique (+13 %) ou le Swaziland (+5 %). Cela pourrait ne pas suffire, alors que la presse annonce les premiers licenciements dans le secteur. Plus inquiétant : l’industrie du tourisme absorbe une main-d’oeuvre directe et indirecte importante, en particulier en Afrique. Et cela ne touche pas seulement l’Égypte, l’Afrique du Sud, le Maroc et la Tunisie, qui accueillent les deux tiers des touristes du continent. La Tanzanie, qui a reçu 840 000 visiteurs étrangers en 2008, a enregistré les licenciements de plus d’un millier de guides ces derniers mois. Le tourisme y est le premier pourvoyeur de devises.
En Namibie, les experts attendent également une baisse des visites, qui pourrait atteindre 20 % en 2009. Au Sénégal, les professionnels s’alarment de la baisse des vacanciers européens, notamment français, qui comptent pour moitié dans les 920 000 touristes accueillis en 2008. En revanche, se réjouit l’OMT, le Kenya, premier pays touristique d’Afrique de l’Est, et que des violences politiques ont ensanglanté en 2008, « se reprend bien, grâce à l’appui des autorités ».
Saïd Aït-Hatrit

Article paru dans le cahier Business - Afrique magazine numéro 287/288 (Août / Septembre 2009)





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