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Afriquemagazine.com / 01.07.2009 /©AM International


Télévision : la guerre des écrans
Une quinzaine de chaînes internationales sont aujourd'hui en concurrence. Enjeu : avoir sa « voix » sur la scène mondiale de l'information.

RUSSIA TODAY, NHK World TV (Japon), CCTV (Chine), Press TV (Iran), Africa 24… ces chaînes d’information internationales ont rejoint ces dernières années CNN International (CNNI), BBC World News ou encore Al-Jazira dans « la guerre mondiale de l’image », selon une formule d’Alain de Pouzilhac, président de France 24. Si ces chaînes, aux prétentions inégales, peuvent être comparées, c’est parce qu’elles « couvrent toute l’information internationale en continu et disposent d’une déclinaison en anglais. Elles entrent par ailleurs en rivalité pour attirer une même audience : les élites », explique Cyril Blet, auteur de France 24 : une voix mondiale pour un État. Autre point commun : la plupart d’entre elles aspirent à propager leur parole dans les foyers étrangers, selon un modèle américain développé durant la guerre froide, tout en donnant la meilleure image possible de leur pays d’origine. C’est un vecteur de softpower (« pouvoir doux »), résume François-Bernard Huyghe, spécialiste français de la science de l’information. France 24 avoue ainsi vouloir « renforcer l’influence de la France » à travers le monde. D’autres diffuseurs mettent davantage l’accent sur la nécessaire production d’une information locale. C'est le cas de Telesur, créée en 2005 par six pays d'Amérique latine, à l'initiative du président vénézuélien Hugo Chavez. La modeste Africa 24, lancée en mai dernier depuis Paris, rejoint dans cet objectif la riche NHK World. « Il est important pour nous, Africains, de disposer d'un canal d'information le plus complet possible et répondant aux standards internationaux », assure le Camerounais Constant Nemale, son président. Quant au P-DG de la chaîne nipponne, il se demande pourquoi le Japon, puissance économique planétaire, « a une visibilité si faible à l’échelle mondiale » et devrait « dépendre des médias américains ou européens pour » la promotion de son image. Pour parvenir à leurs fins, la plupart de ces chaînes se dotent essentiellement de moyens publics. La raison est simple : « Elles ne sont structurellement pas rentables », indique Cyril Blet. Le plus cocasse est que CNN International, qui leur sert de point de comparaison ultime, et à laquelle elles refusent le monopole de la parole, est de structure privée. La chaîne du groupe Time Warner, qui a bâti sa notoriété, en 1991, en couvrant la guerre du Golfe en quasi exclusivité mondiale, n’est pas non plus un outil de propagande étatique, même si elle diffuse des valeurs américaines. Néanmoins, même avec cette notoriété, d’un point de vue économique, « aucune preuve n’a jamais été apportée que CNN International était bénéficiaire », précise
Cyril Blet.
En Europe, CNNI s’est fait doubler par Euronews depuis 2006, en tant que chaîne la plus regardée par les ménages les plus prospères (suivent Sky News, BBC, Al-Jazira, France 24 et Deutsche Welle), selon l’institut Synovate European Media & Marketing Survey. Le succès de la chaîne européenne, créée en 1992 pour disputer la suprématie de sa rivale américaine, est dû à un fait : ses programmes sont visibles dans dix langues. Une faveur appréciée du public et des annonceurs, qui explique que la concurrence est aujourd’hui régionale et linguistique. Un exemple : au Moyen-Orient, CNNI domine Al-Jazira, en anglais, mais la chaîne qatarie reste la plus prisée en arabe, malgré la concurrence d’Al Arabiya, créée en 2003 par Dubaï. Pour accroître ses parts de marché, CNNI décline aujourd’hui ses programmes en espagnol, japonais, turc et allemand et développe un site internet en arabe. En Inde, elle s’est alliée avec un diffuseur local pour créer CNN-IBN.
Les diffuseurs qui ne peuvent pas suivre financièrement cette cadence ciblent davantage encore leur public. Après avoir lancé une chaîne en arabe en 2007, BBC World News diffuse depuis le début de l’année des programmes en farsi, la plus parlée des langues perses. Elle a pour cela fermé plusieurs services radio destinés à l’Europe de l’Est. France 24 mise sur l’Afrique, le Moyen-Orient, avec un service en arabe, et CCTV a lancé une version en langue française sans doute largement destinée à l’Afrique. Sur le continent, la demande pour une information locale qui ne stigmatise pas une Afrique tragique donnera certainement une chance à Africa 24. Mais avec seulement 5 millions d’euros de budget de fonctionnement, et même soutenue par « une dizaine de pays africains », comme l’affirme son président, elle aura fort à faire pour se faire une place au soleil. La chaîne « maghrébine » Medi 1 Sat, lancée fin 2006 depuis Tanger, avec des fonds marocains et français, sait qu’il est difficile d’imposer sa marque : elle a manqué de peu le dépôt de bilan en septembre dernier.
Sur le marché continental, Africa 24 retrouvera VoxAfrica, diffusée en français et en anglais depuis 2008, à partir de Londres, et South Africa Broadcasting Corporation (SABC) Africa, qui veut aussi « donner au monde des informations africaines à travers les yeux d’Africains ». Elle a pour cela plusieurs avantages : elle est basée sur le continent, s’appuie sur un pays – l’Afrique du Sud – et sur l’expérience d’une chaîne publique, SABC.
Saïd Aït-Hatrit

Article paru dans le cahier Business - Afrique magazine numéro 286 (Juillet 2009)





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