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Afriquemagazine.com / 01.12.2009 /©AM International


Les nations dispersées au chevet de la planète
Le sommet mondial sur le climat s’ouvre le 7 décembre. Du nord au sud, presque tous ont pris conscience de l’urgence. Reste à trouver des solutions acceptables par tous…

COP 15, c’est le petit nom donné au Sommet mondial de l’ONU sur le climat, qui se tient à Copenhague du 7 au 18 décembre. Cop pour Conference of the Parties, les parties étant les cent quatre-vingt-douze États qui se réunissent sous l’égide de la Convention-Cadre des Nations unies sur le changement climatique, l’UNFCCC. 15, car c’est la quinzième conférence du genre. La capitale danoise, à la pointe de l’écologie, entrera-t-elle dans l’histoire en signant un nouvel accord sur le climat ?
Le réchauffement de la planète a pris une ampleur considérable : inondations, sécheresse, cyclones, érosion des sols, pénurie d’eau potable, apparition du phénomène des réfugiés climatiques (ils étaient vingt millions en 2008 et pourraient être dix fois plus en 2050)… Les dérèglements du climat réduisent les espaces de survie, mais la société civile est de mieux en mieux informée des dangers. Plusieurs événements ont accentué ce sentiment : en 2006, une étude de l’économiste Nicholas Stern pour le gouvernement britannique démontre que les coûts de l’inaction face au changement climatique seraient très lourds. En janvier 2007, le Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) confirme que l’activité humaine a provoqué, depuis 1750, le réchauffement de la planète. La même année, le prix Nobel de la paix est attribué à Al Gore (avec le Giec) grâce au film Une vérité qui dérange. Le sommet de Copenhague doit aboutir à la mise en place d’un dispositif remplaçant le protocole de Kyoto, qui a cours jusqu’en 2012. À la vieille des négociations, les positions des uns et des autres sont claires. Du nord au sud, tous les pays – sauf la Russie – ont pris conscience des conséquences du dérèglement du climat sur le développement humain. Le passage de la présidence de George W. Bush à celle de Barack Obama, plus enclin à un véritable engagement, est de bon augure. Les grandes puissances du Sud, telles que la Chine et l’Inde, prennent peu à peu la mesure du danger. L’Europe, avec l’adoption, fin 2008, de son paquet climat-énergie, se place en position de force. En cas d’accord à Copenhague, le Vieux Continent a prévu d’aller jusqu’à 30 % de réduction des gaz à effet de serre. L’Afrique, quant à elle, se présente pour la première fois aux négociations avec une déclaration commune, élaborée à Ouagadougou lors du 7e Forum mondial du développement durable (voir l’interview de Jean Ping pages suivantes et les principaux points de la déclaration sur le site Internet d’Afrique magazine). La fin 2009 sera-t-elle l’occasion d’un tournant dans les politiques environnementales ? Revue de détail des enjeux du Sommet de Copenhague.


La frontière des 2°C
Les climatologues sont formels : il reste peu d’années pour éviter un emballement du réchauffement climatique. Et un seuil à ne pas franchir : celui d’une augmentation de la moyenne globale des températures audessus de 2°C. Trouver les manières de ne pas dépasser cette frontière sera l’un des plus gros enjeux de Copenhague. Un pari difficile à tenir. « Sur les façons d’atteindre cet objectif, on constate une opposition entre pays développés et pays en développement, mais pas seulement. À l’intérieur même des pays développés, il n’est pas facile de mettre en oeuvre des objectifs précis », rappelle Jean-Michel Valantin, spécialiste du développement durable à l’Iris (Institut des relations internationales et stratégiques).


La réduction des émissions de gaz à effet de serre
Un point crucial. À Copenhague devrait être décidé le dispositif censé prendre la suite du protocole de Kyoto. Ouvert à ratification le 16 mars 1998, il est entré en vigueur en février 2005. Il a été ratifié à ce jour par cent soixante-douze pays à l’exception notable des États-Unis (voir encadré ci-dessus). Il contraint les pays industrialisés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5 % en 2012 par rapport à 1990. Ils doivent à présent donner leurs objectifs pour 2020. Les scientifiques recommandent une réduction entre 25 et 40 %. L’Europe s’est engagée à atteindre 20 %, le Japon 25 %. Les pays émergents (le Brésil, l’Inde, la Chine), qui font désormais partie des plus gros pollueurs, refusent pour le moment tout engagement. Mais lors de la 13e conférence de la Convention climatique de l’ONU, à Bali en décembre 2007, ils ont manifesté leur accord de principe à un engagement futur. Ils pourraient donc participer à l’effort collectif par le biais de plans nationaux. Selon les scientifiques, ces pays devraient mobiliser chaque année 1 000 milliards d’euros pour se protéger du réchauffement. Il n’est rien demandé aux pays pauvres.


Renforcer la coopération Nord-Sud
« Il y a deux façons de considérer le changement climatique, résume Jean-Michel Valantin. Soit comme étant le problème de chacun, soit comme un problème global. Il est caricatural d’opposer pays développés et pays en développement qui ne veulent pas mettre en danger leur croissance et leur développement industriel du fait de l’enjeu climatique. » La situation est plus complexe. Le chercheur rappelle que la planète se trouve à un moment de très grande interdépendance. Par exemple, la récente crise alimentaire mondiale a impacté les populations les plus vulnérables, mais était en même temps fortement induite par des phénomènes climatiques extrêmes s’exerçant sur les grands centres de production agricoles mondiaux comme l’Australie. « La question est simple : comment allons-nous faire pour travailler ensemble, à toutes les échelles de la société mondiale, pour faire en sorte que les risques globaux induits par les changements climatiques n’aient pas des effets systémiques qui aillent d’Australie en Afrique, d’Afrique en Europe, etc. » Une nouvelle façon de penser la solidarité doit émerger au-delà des clivages géopolitiques.


La question financière
Elle est au coeur de toutes les attentes. Qui va financer – et de quelle façon ? – l’adaptation aux changements climatiques des pays les plus vulnérables et la transition vers une économie sobre en carbone ? L’Afrique estime ses besoins à 65 milliards de dollars par an pour y faire face. Le premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, a été catégorique : « Si rien n’est fait, l’Afrique quittera la salle. Nous n’entendons pas marchander sur quoi que ce soit. » Le continent demande des réparations de la part des pays les plus pollueurs, selon le principe du pollueur-payeur. Des financements innovants doivent être trouvés. L’idée d’une banque de compensation est évoquée, de même qu’une taxe sur les transactions financières ou la tonne de carbone. Mais des mécanismes de contrôle sérieux sont aussi nécessaires. Comment s’assurer que les aides aux pays pauvres ne soient pas détournées ? Qu’elles n’en viennent pas à participer au commerce de la violence ? Jusqu’à présent, les guerres civiles en Afrique ont coûté autant que les aides au développement allouées.


Parvenir à un accord global malgré les clivages géopolitiques
C’est l’enjeu fondamental, qui englobe et duquel dépendent tous les autres. Une tâche ardue, tant les divergences entre les différents groupes sont nombreuses. Durant toute l’année 2009, les négociations ont piétiné, les divergences entre pays du Nord et pays du Sud se sont durcies.
Les experts de l’Union européenne jugent qu’il faudrait donner 100 milliards d’euros par an aux pays pauvres pour les aider dans la lutte contre le réchauffement. Mais les chiffres font peur, et l’Allemagne, la France et l’Italie ont déjà prévenu qu’elles refusaient que le montant de la contribution européenne soit fixé. Réunion après réunion, impossible, pour les 27, de trouver une position commune sur le montant des aides à accorder aux pays pauvres. Au point que ce blocage pourrait bien devenir l’un des principaux risques d’échec à Copenhague.
Divergences aussi sur les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Lors des entretiens de l’ONU sur le climat à Barcelone le 3 novembre, dernière réunion internationale de préparation de Copenhague, les nations africaines avaient, dans un premier temps, décidé de boycotter les discussions pour presser les pays riches d’afficher des objectifs plus ambitieux. Les pays développés proposent de réduire entre 11 et 15 % par rapport à 1990 leurs émissions de GES d’ici à 2020. De nombreux pays émergents et en développement souhaitent, eux, qu’ils les réduisent de 40 %. Le « coup de gueule » de l’Afrique, qui a finalement pris part aux discussions, a été une façon de faire entendre sa voix, car le continent à été, jusqu’ici, le grand perdant des décisions sur le climat. Les pays en développement affirment également que les États riches tentent de « tuer Kyoto » en le diluant dans un accord mondial plus général. Lors d’un entretien avec le premier ministre britannique, Gordon Brown, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a jugé possible un accord important à Copenhague. Mais en reconnaissant qu’il ne fournirait pas tous les détails voulus quant à la suite à donner au protocole de Kyoto.
Les négociations vont-elles définitivement s’embourber ? Trois interrogations majeures restent en suspens : les pays riches prendront-ils des engagements fermes et importants de réduction des émissions ? Mettront-ils de surcroît des fonds sur la table pour les pays pauvres ? En contrepartie, les pays émergents admettront-ils qu’il est nécessaire de réduire leurs propres émissions ? En d’autres termes, le monde est-il prêt à s’engager pour se sauver ?
Sarah Elkaïm


Article extrait des pages [ Spécial Copenhague ] du cahier Business paru dans le numéro 291/292 (décembre 2009 / janvier 2010) d’Afrique magazine.

A lire aussi :
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