New Deal à Copenhague...
L’appel solennel a été lancé à cent jours du prochain sommet de l’ONU sur le changement climatique, prévu au Danemark au mois de décembre : le temps est venu pour les grands pollueurs d’indemniser l'Afrique.
DEPUIS LA PRISE DE CONSCIENCE mondiale de l’impact de l’activité industrielle sur le changement climatique, on sait que la cinquantaine de pays africains représentent moins de 4 % des émissions de gaz à effet de serre et autres gaz polluants accusés de réchauffer la planète. Dans leur rôle de victimes collatérales de l’industrialisation massive des pays du nord, les nations trouvent tout à coup l’explication aux grandes plaies modernes subies par le continent, comme les périodes de sécheresse historique observées pendant les années 1980, en Éthiopie notamment. Le hasard faisant bien les choses, c’est justement le Premier ministre de ce pays, Meles Zenawi, qui montera au créneau au sommet de Copenhague pour présenter aux pays riches la demande en réparation climatique de l’Afrique. La facture, estimée lors d’une réunion de l’Union africaine, pourrait être salée, envisagée aux alentours de 67 milliards de dollars par an. Soit plus ou moins la moitié des pertes économiques mondiales entraînées chaque année par le changement climatique. À l’horizon 2030, les pertes pourraient culminer à 340 milliards de dollars. Les négociations de l’après Kyoto, dont les recommandations contenues dans le traité étaient valables jusqu’en 2012, s’annoncent donc sous une forme sonnante et trébuchante. D’ailleurs, le chef du gouvernement éthiopien a déjà prévenu : « L’Afrique va être de plus en plus affectée par le changement climatique. Plusieurs régions du continent vont devenir inhabitables. Ceux qui sont responsables doivent payer. Tout accord qui serait signé à Copenhague et qui ne comprendrait pas le principe d’une indemnisation substantielle pour l’Afrique sera illégitime. » Décodage officiel par l’Union africaine : « À travers la position commune africaine qui se présente comme étant l’outil politique, l’Afrique revendiquera, entre autres, des réparations pour les effets causés par le changement climatique sur son environnement et surtout sur les secteurs clefs de son économie. » Les organisateurs de la conférence de Copenhague, dont il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils soutiennent des demandes « politiques » d’indemnisation ou de réparation, préfèrent s’inscrire dans une démarche plus globale, et plus ambitieuse, « d’ajustements colossaux », aussi bien dans les pays développés qu’en développement. « Un New Deal de plus de 500 milliards de dollars par an est nécessaire pour aider les pays en développement à atténuer l'impact des changements climatiques, tout en poursuivant leur chemin vers la croissance économique », a fait savoir l’ONU, quelques jours après l’annonce du projet de résolution chiffrée de l’UA. La plaidoirie post-Kyoto a le mérite d’être claire, recentrée sur la chose économique : si l’on veut éviter des pertes pouvant atteindre jusqu’à 20 % du PIB mondial, il faut investir le plus tôt possible dans des mesures d’atténuation et d’adaptation au changement climatique, à hauteur de 1 % de ce même PIB mondial, soit entre 500 et 600 milliards de dollars par an. Pas sûr que ce plan Marshall « colossal » soit du goût de certains pays comme la Chine ou l'Inde, quand ceux-ci commencent à peine à étudier le principe d’une taxe carbone, voire même à seulement découvrir le concept philosophique de la green economy. À ce stade, le total de l'assistance au développement consacrée au changement climatique n'est que de l'ordre de 21 milliards de dollars, toujours d’après l’ONU, qui alerte : « Si l'on ne réduit pas les émissions de façon significative, les dommages causés à l'économie des pays pauvres seront dix fois supérieurs à ceux enregistrés par les pays développés. L'augmentation de la température d'un degré Celsius au niveau mondial devrait coûter entre deux à trois points de pourcentage de croissance pour les pays en développement, sans avoir d'impact notable pour les pays développés. » Sur le plan humain, les chiffres sont encore plus catastrophiques : d’après le Forum humanitaire mondial basé à Genève, présidé par l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan et qui coordonne un certain nombre d’initiatives en marge du sommet de Suède, le changement climatique entraîne la mort de 300 000 personnes sur la planète chaque année, impose des conditions de famine ou de malnutrition à 45 millions de personnes et menace sérieusement le quotidien de 325 à 500 millions de personnes. Coût social annuel, calculé sur la base des émissions de gaz en 2004 : 1 300 milliards de dollars. Cet « indicateur monétaire » prend en compte la durabilité des émissions de Co2 dans l’atmosphère : plusieurs centaines, voire milliers d’années. Selon l’expression rendue célèbre par un président français, les participants à la réunion de Copenhague ne pourront définitivement plus se permettre de regarder ailleurs pendant que notre planète brûle. Jérôme Bourgeois
Article paru dans le cahier Business - Afrique magazine numéro 289 (Octobre 2009)
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