
Entrepreneur « en jeunesse », le patron de Hit Radio, au Maroc, se rêve aussi en homme de télé.
SA STATION n’a que cinq ans, mais son air juvénile – pour coller à sa cible ? – lui donne l’air d’un débutant. Âgé de 40 ans, Younès Boumehdi a commencé dès 1993 à adresser des courriers aux ministres chargés des médias pour les sensibiliser sur l’importance d’un canal d’expression pour les jeunes. Son lobbying finit par porter ses fruits en 2006, lorsque l’État décide d’octroyer 7 licences au privé. Alors que le paysage médiatique s’ouvre timidement depuis l’accession au trône de Mohammed VI en 1999, les auditeurs vont pouvoir écouter autre chose que la voix officielle. « La Haute Autorité [de communication audiovisuelle, NDLR] nous avait regroupés en plusieurs thématiques, nous étions dans les “musicales”, aux côtés de dossiers bénéficiant en apparence d’appuis de haut niveau », raconte Younès Boumehdi. À la surprise générale, c’est Hit Radio qui remporte la mise. Son caractère innovant avait visiblement séduit. Sa liberté de ton va en revanche lui attirer les foudres de la Haute Autorité. À deux reprises, la station est sanctionnée pour avoir laissé les auditeurs parler explicitement de sexualité à l’antenne. Même si le programme est diffusé à une heure tardive, la censure tombe : 100 000 DH (8 800 euros) d’amende la première fois, en 2007, et quinze jours de suspension d’antenne la seconde fois, en 2008. « Nous avons mûri, et les auditeurs aussi », explique aujourd’hui, sobrement, le patron, qui vécut les sanctions comme un choc, mais aussi comme une menace pour la viabilité de l’entreprise. La libre antenne, qui fait le succès de la station, sera ensuite limitée à une émission hebdomadaire, et les questions sensibles réorientées vers le Net. Mais, à la rentrée, elle reviendra en force sous la forme d’une quotidienne en fin de soirée, comme aux débuts de la station. C’est que les choses changent vite. Et les débats agitent plus que jamais le Maroc en ce moment. « Le mauvais fonctionnement de l’administration, la corruption ou la protection des données personnelles sont des thèmes sur lesquels nos auditeurs s’expriment régulièrement », confie Younès Boumehdi. À plus long terme, comment voit-il l’avenir ? Déjà leader en part d’audience sur les moins de 25 ans et challenger sur les moins de 35 ans, il veut aujourd’hui accroître la couverture de la station sur le territoire marocain. Pour cela, la radio a entamé une course de vitesse pour passer de 45 fréquences (26 millions d’auditeurs potentiels) à 65 fréquences d’ici à l’été afin de couvrir 95 % de la population marocaine. Et de devenir ainsi le premier réseau de radio du pays. Jusqu’ici, l’effort industriel a nécessité un investissement global de 2,5 millions d’euros depuis son lancement. Entièrement financée par la publicité, Hit Radio doit maintenant maximiser ses recettes alors qu’elle vient d’atteindre l’équilibre l’année dernière avec un chiffre d’affaires (CA) de 2,5 millions d’euros. Les chiffres du premier trimestre 2011, en dépit d’un contexte difficile, sont très bons avec une progression de 80 % du CA publicitaire. Dans les prochains mois, le patron voit son développement à la lumière des nouvelles technologies avec une webradio et des applications pour les smartphones. C’est aussi un moyen de capter de nouveaux auditeurs, y compris à l’étranger puisque la moitié du trafic est généré par des internautes situés hors des frontières. Au Maroc, Younès Boumehdi se voit bien lancer une autre radio – « avec seulement 18 stations, il y a de la place » – ou une chaîne de télévision. La dernière consultation organisée en 2009 par les autorités a été suspendue après la remise des dossiers… Mais Younès Boumehdi, fidèle à lui-même, ne désespère pas d’être un jour présent sur le petit écran.
JUSQU’ICI, L’EFFORT INDUSTRIEL A NÉCESSITÉ UN INVESTISSEMENT GLOBAL DE 2,5 MILLIONS D’EUROS DEPUIS SON LANCEMENT. LA STATION EST ENTIÈREMENT FINANCÉE PAR LA PUBLICITÉ.
Par Cyril Bonnel