Vous êtes ici : Accueil » Am Plus
  • facebook
  • twitter
  • RSS Feeds

Am plus

L'ère du politico-religieux

Posté le 04/11/2011 à 13:11 | Vu 664 fois | Commentaires 0ajouter un commantaire

L'ère du politico-religieux

Où l’on voit que l’heure de la convergence des civilisations n’a pas encore tout à fait sonné. Une chronique de Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur, professeur agrégé d'Histoire -Géographie, membre de l'Institut Thomas More.

Le « printemps arabe » et les révoltes qui ont éclaté dans le Grand Moyen-Orient auront aveuglé les adeptes du techno-millénarisme mais aussi certains orientalistes tombés amoureux de leur objet. Du jour au lendemain, les préventions à l’encontre de l’islamisme ont été présentées comme l’expression d’une fantasmagorie occidentale mise au jour par la rapidité des événements. Sur la place Al-Tahrir, les Frères musulmans n’assuraient-ils pas la protection des Coptes en prière? L’heure de la convergence des civilisations avait enfin sonné. Las. Le phénomène islamique n’est pas aisément soluble dans la postmodernité.

En Tunisie, l’élection de l’Assemblée constituante, le 23 octobre dernier, a permis aux islamistes d’Ennahdha de dépasser le seuil d’intensité critique qui leur donne la direction du gouvernement. Depuis, Rached Ghannouchi alterne les références obligées à la Turquie de l’AKP, censées rassurer les sceptiques, et des déclarations sur la « pollution linguistique » de la Tunisie par le français. Nul besoin de recourir à la sémiologie pour comprendre la portée idéologique de telles phrases. En la matière, la France n’est jamais que l’incarnation de l’Occident et de ses modes de vie. En Libye, la contribution apportée par les puissances occidentales à la chute de Kaddafi ne doit pas occulter les incertitudes sur les équilibres politiques locaux et le risque de l’islamisme. En Égypte, c’est une nouvelle synthèse militaro-islamique qui s’élabore peu à peu.

Confrontés à ces dynamiques politico-religieuses, les commentateurs occidentaux oscillent trop souvent entre déni et jeux de langage. Dans le sillage des attentats terroristes du 11 septembre 2001, les uns et les autres s’étaient employés à distinguer l’islam de l’islamisme. Quand le premier désigne un phénomène religieux et civilisationnel aux racines « longues-vivantes », le second renvoie à une idéologie manipulatrice et violente, fruit pervers du ressentiment provoqué par l’échec historique du nationalisme arabe et de l’autoritarisme modernisateur. Désormais, un nouvel oxymore est en passe de s’imposer : l’« islamisme modéré ». Les plus sophistiqués dressent un parallèle entre l’« islamo-conservatisme » et la démocratie chrétienne, considérant comme un fait évident que toutes les religions sont équipollentes, indépendamment de leur dogmatique et de l’ambiance historico-culturelle dans laquelle elles évoluent.

Face à des évolutions incertaines, il serait certes erroné d’entretenir la nostalgie de potentats éradicateurs qui, dans la durée, ont exaspéré les contradictions locales. Plus encore de céder à la tentation de la « forteresse assiégée » et de préparer les esprits au grand retrait. Pour autant, l’efficacité politique requiert de la lucidité dans l’analyse des faits et leur dénomination. « Ne te contente pas de nettoyer les choses que tu vois, nettoie aussi les mots » était-il autrefois écrit sur les murs de Sainte-Sophie, l’ancienne basilique chrétienne de Constantinople.

Par Jean-Sylvestre Mongrenier

Tags:

À lire aussi dans la même catégorie

À LIRE DU MêME AUTEUR

Commentaires

Ajouter un commentaire

  •  

Am TV


newsletter

Informations & Nouveautés en avant-première !
Inscrivez-vous a la newsletter

load

Publicité

Western Union