
Le visage inondé de larmes de bonheur, Ann Kihengu a reçu son trophée des Cartier Women’s Initiative Awards sur la scène du Centre international de Deauville avec ces mots : « Ma vie a été un long voyage, et ce qui m’arrive est simplement incroyable. »
Cette Tanzanienne de 27 ans est la gagnante Afrique du concours organisé par le joaillier de luxe depuis 2006, en association avec le Women’s Forum. C’est la Sud-Africaine Wendy Luhabe, tout aussi émue, pionnière de l’entrepreneuriat social dans son pays, qui lui a remis le prix.
En Tanzanie, 11 % de la population seulement a accès à l’électricité. Pour Ann Kihengu, le solaire est le moyen de substitution le plus fiable. Beaucoup moins onéreux que le kérosène, écologique, il permet aussi d’éviter les incendies. La jeune femme a donc lancé Prian, une société de distribution de lampes à énergie solaire, en 2009. Sans véritable capital, avec ses propres économies, fruits de petits jobs qu’elle accumule depuis ses 18 ans, et qui lui ont permis de poursuivre ses études à l’université de Dar es-Salaam.
Grâce à un partenariat conclu avec D.Light, un fabricant de lampes solaires portables à bas coût, Prian est aujourd’hui l’un des concessionnaires les plus importants de son pays. Elle emploie huit personnes, formées à leur sortie de l’école. « Quand je regarde en arrière, confie-t-elle, je me demande parfois comment j’ai pu réussir tout ça. »
Le prix Cartier, doté de 20 000 dollars, va l’aider à faire de Prian un acteur incontournable du développement de la Tanzanie.
Par Sarah Elkaïm