novembre 2017

Interview : Jean-François Valette, ambassadeur de l'Union européenne en Côte d'Ivoire

Par DOUNIA BEN MOHAMED
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Pour l’ambassadeur de l’Union européenne en Côte d’Ivoire, la jeunesse sera l’un des enjeux prioritaires du sommet Afrique-UE.

AM : Abidjan accueille le prochain sommet UA-UE. Une première en Afrique subsaharienne. Pourquoi le choix de la Côte d’Ivoire ?
Jean-François Valette : La Côte d’Ivoire est un pays d’Afrique subsaharienne. Or, effectivement, cette partie de l’Afrique n’avait jamais abrité le sommet Union africaine-Union européenne. C’est la première raison. La deuxième raison est le rôle de leadership que joue la Côte d’Ivoire, notamment en Afrique de l’Ouest, tant dans le domaine politique que par son dynamisme économique. La troisième raison est bien sûr que les autorités ivoiriennes ont manifesté leur vif intérêt pour accueillir ce sommet, compte tenu de la densité des liens avec l’Union européenne.
 
L’événement est coorganisé par l’Union africaine et l’Union européenne. Quel est le rôle de chacun ?
Je voudrais préciser que le troisième coorganisateur du sommet est la Côte d’Ivoire elle-même. C’est elle en effet qui assume la charge la plus lourde sur le plan logistique. Les rôles sont les suivants : l’UE et l’UA définissent ensemble les thématiques du sommet, ses grands enjeux. Celui-ci est préparé depuis un an par la tenue de plusieurs événements parallèles (ou plutôt, « précurseurs »), qui ont vocation à nourrir le dialogue des chefs d’État lors du sommet. Pour ne citer que ceux-là, vous avez vu par exemple qu’un sommet de la Jeunesse s’est tenu à Abidjan  du 9 au 11 octobre. Il y a également un forum des conseils économiques et sociaux les 16 et 17 novembre, un forum des collectivités locales et de la décentralisation les 27 et 28 novembre, un forum des parlements de l’UE et de l’UA et un Business Forum le 27 novembre. Tous ces événements parallèles, qui se tiennent à Abidjan, ont pour but une large participation des acteurs politiques et sociaux, des ONG et de la société civile et, bien sûr, des entreprises, à la réussite du sommet lui-même, qui sera en quelque sorte l’aboutissement de ce processus riche et complexe.
 
Plus largement, à quel niveau se situe la collaboration entre l’UA et l’UE ?
La coopération est excellente, que ce soit à Addis-Abeba, ici à Abidjan, où nous travaillons en étroite coordination avec la représentante spéciale de l’UA, ou à Bruxelles, où s’est aussi réuni le comité de direction conjoint UA-UE de préparation du sommet. Notre but commun est que l’Afrique fasse l’objet d’une attention politique et médiatique en Europe et qu’il en soit de même, en sens inverse, pour l’Europe en Afrique. Les deux continents sont en effet intimement liés sur le plan humain, mais aussi stratégique et économique. Le sommet doit être l’occasion de faire toucher du doigt cette réalité.
 
Selon le programme, le sommet met l’accent sur l’entrepreneuriat et les jeunes.
C’est l’urgence ?
En effet, car les jeunes, en Afrique comme en Europe, aspirent à un avenir meilleur, mais aussi plus maîtrisé. Pour ce qui concerne l’Afrique subsaharienne en particulier, la prééminence de la jeunesse est écrasante, puisque 70 % de la population y est âgée de moins de 30 ans. C’est une opportunité, mais c’est aussi un risque, car faute d’emplois décents, cette jeunesse peut devenir source d’instabilité.
 
L’Afrique, depuis le sommet de La Valette sur les migrations de 2015, tout en assumant ses responsabilités sur la question de l’immigration clandestine, invite en contrepartie ses partenaires européens à augmenter leur collaboration avec l’Afrique. Dans ce sens, ce sommet est annoncé comme une nouvelle étape dans la coopération UE-Afrique ?
En effet, pour que la jeunesse africaine trouve son avenir en Afrique, l’Europe doit appuyer les efforts des gouvernements africains dans les investissements créateurs d’emplois. Nous pensons donc que ce sommet pourrait être un tournant à cet égard. Notre proposition est de compléter l’offre traditionnelle de coopération, qui a montré ses limites, par un soutien direct aux investisseurs privés, notamment aux nationaux africains, en facilitant le financement de leurs projets. C’est en effet le manque de ressources financières, ou le coût du risque, que les banques jugent excessif, qui expliquent la difficulté à financer ces projets, souvent très inventifs, qui sont portés par les jeunes africains. 
 
Plus largement, comment évoluent les relations entre l’UE et l’Afrique ?
Je dirais que le dialogue est désormais beaucoup moins idéologique et beaucoup plus concret qu’il y a une vingtaine d’années. On constate en effet un accord sur les priorités et, de plus en plus, un accord sur les moyens concrets d’atteindre nos objectifs communs. 
 
Et, plus particulièrement, les relations entre l’UE et la Côte d’Ivoire ?
Elles sont excellentes. Le seul fait que le sommet se tienne à Abidjan montre que la priorité politique de la Côte d’Ivoire est bien sa relation avec l’Europe. Nos échanges commerciaux se sont accrus de 50 % depuis 2008. L’Europe est la première destination des exportations ivoiriennes (34 % du total) et la première source d’investissement étranger. L’an dernier, l’excédent commercial de la Côte d’Ivoire à l’égard de l’Union européenne s’est élevé à 2 milliards d’euros.
 
Les tensions entre le Maroc et la République arabe sahraouie démocratique (RASD), soutenue par l’Algérie mais également par l’Afrique du Sud, ont menacé la tenue du sommet. Le problème est réglé, du moins à court terme…
Le problème a effectivement été réglé, par un dialogue interafricain. Il n’appartient pas à l’Europe de prendre position sur cette question qui est du seul ressort des Africains.  
 
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