octobre 2017
Portrait

Kylian Mbappé : la France-Afrique a un incroyable talent !

Par Hugues Berthon
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18 ans et 18 millions d’euros de salaire net par an : le nouvel attaquant du Paris Saint-Germain est au centre de toutes les attentions. Désormais STAR mondiale, l’enfant de la banlieue parisienne, né de mère algérienne et de père camerounais, cherche à garder la tête sur les épaules.

Un transfert pharaonique : le deuxième le plus cher de l’histoire du football. Un talent indéniable : cet été, tous les grands clubs européens ont voulu s’attacher ses services. Et, enfin, une maturité surprenante : à 18 ans, le nouvel attaquant du PSG, et désormais star mondiale du football a, dans ses propos et son attitude, les pieds bien sur terre. Plutôt rare dans un milieu où l’on a vite fait de prendre la grosse tête. Avec Neymar le brésilien et Cavani l’uruguayen, Kylian Mbappé forme désormais un monstrueux trio d’attaque. Inimaginable il y a encore quelques mois, ce rêve est devenu réalité pour le jeune prodige qui a grandi en région parisienne avant de s’épanouir ensuite à Monaco.

L’histoire démarre à Bondy (Seine-Saint-Denis), à quelques minutes au nord-est de Paris, au début des années 90. Wilfried Mbappé rencontre Fayza Lamari. Lui est Camerounais d’origine, éducateur sportif au club de football. Elle est d’origine algérienne et handballeuse professionnelle pour l’AS Bondy. C’est le coup de foudre. En 1994, le couple, qui n’a pas encore d’enfant, accueille Jirès Kembo-Ekoko, 6 ans. Il vient de l’ex-Zaïre, où son père était footballeur professionnel. « Mes parents m’ont envoyé en France pour que j’aie une meilleure vie », explique Jirès. Les Mbappé le prennent sous leur aile.

Il s’entraîne à Bondy, puis file à l’Institut national du football de Clairefontaine(INF) avant de passer professionnel à Rennes. Kylian, lui, naît en 1998. Il en fait sa première idole avant de craquer, plus tard, pour Cristiano Ronaldo. Jirès est le grand frère rêvé. Contrairement à une rumeur, les Mbappé ne l’ont pas adopté, mais il les considère comme ses parents et appelle Kylian son « petit frère ». Et comme lui, Kylian, doué de la tête et des deux pieds, quitte Bondy pour l’INF Clairefontaine. Courtisé par Madrid, il visite, à l’invitation de Zinédine Zidane, les installations du Real fin 2012 et rencontre Ronaldo. Il choisit pourtant de rejoindre un autre club qui s’intéresse à lui, l’AS Monaco, à l’été 2013. La fusée « Kyky » (comme le surnomme Benjamin Mendy, son ex-partenaire monégasque) est lancée. Le commencement de la fulgurante ascension est un modèle de progression.

 

 

À son arrivée sur le Rocher, le 3 juillet 2013, le garçon, 14 ans, fait ses classes au centre de formation. Il aligne les matches, régulièrement surclassé. Un peu plus de deux ans plus tard, habitué à jouer en Championnat de France amateurs (CFA) avec l’équipe de 4e division de Monaco, il rejoint le groupe de Ligue 1. L’enfant de Bondy n’a pas encore 17 ans, ce 2 décembre 2015, quand le coach Leonardo Jardim le fait entrer contre Caen, à deux minutes du coup de sifflet final. Encore un peu de patience… Le voilà qui plante son premier but dans l’élite, le 20 février 2016, contre Troyes, devenant le plus jeune buteur de l’histoire de l’AS Monaco ! Les dirigeants s’empressent de lui faire signer son premier contrat pro. En guise de remerciement, Kylian offre au club de la Principauté la Coupe Gambardella (Coupe de France des U-19), en inscrivant un doublé en mai 2016. Sélectionné avec les Bleuets, le voilà qui emporte l’Euro U-19 en Allemagne. 

Son talent est tel que Didier Deschamps, sélectionneur des Bleus, lui offre sa première cape en mars 2017 face au Luxembourg, en match de qualification pour la Coupe du monde. Depuis, titulaire ou joker, Kylian semble avoir signé un long bail avec l’équipe de France. 

 

COURTISÉ PAR TOUS DEPUIS SON ADOLESCENCE 

En club, son père Wilfried avait dû élever la voix pour faire entendre au coach Leonardo Jardim que les performances du rejeton, régulières et de qualité, mériteraient qu’il soit plus souvent sur la feuille de match. Mais l’entraîneur portugais souhaitait préserver son petit trésor. Il le lancera d’ailleurs dans le  grand bain de la Ligue des Champions avec bonheur. En neuf matches, il inscrit six buts et Monaco ne trébuche qu’en demi-finale face à la Juventus. Auteur de 15 buts et 11 passes décisives en six mois de Ligue 1, « KM » écrit sa légende et empoche son premier titre de Champion de France le 17 mai 2017. Courtisé par tous, pendant l’été, au terme d’interminables tractations autour de son transfert éventuel, Kylian fait ses valises et arrive à Paris.

Il faut dire que le montant de la transaction (180 millions d’euros) et un salaire estimé à 18 millions d’euros nets par an ont vite fait de convaincre le prodige de rester en Ligue 1 et non de rejoindre une écurie étrangère où la concurrence aurait été plus rude. Depuis son adolescence, beaucoup de grands clubs l’ont en effet approché : Dortmund, Bayern, Real, Liverpool, Arsenal, Manchester City… Kylian aurait aussi pu porter le maillot de la sélection nationale d’Algérie ou du Cameroun. Même si la Fédération française de football a un peu tardé à lui faire signe (il a rejoint les moins de 17 ans en septembre 2014), il ne se voyait ni chez les Fennecs, ni chez les Lions indomptables. « La question ne s’est jamais posée », a-t-il lâché, coupant court à la discussion et aux rêves des fans algériens ou camerounais sur les réseaux sociaux. À raison, car aucune des deux fédérations africaines ne lui a jamais fait signe… Kylian Mbappé possède déjà, comme Zinédine Zidane à

Marseille, une fresque géante à son effigie sur les murs d’un immeuble de sa ville, ornée de ce slogan : « Bondy, ville des possibles ». Un hommage qu’il a inauguré en compagnie de la Maire, Sylvine Thomassin, le 6 septembre dernier. Attaché à la commune qui l’a vu éclore, il était déjà venu présenter l’Hexagoal (le trophée de champion de France) dans son club formateur en mai dernier, et remercié l’association sportive, les éducateurs et tous les bénévoles, chevilles ouvrières de sa réussite. Ce jour-là, le gymnase était rempli de gamins qui ont reçu les maillots offerts par leur jeune idole les yeux pleins d’étoiles. « Je me dois d’être exemplaire pour ces jeunes dans tout ce que je fais, commentait le Champion de France. Je suis moi-même… » Un an plus tôt, il avait décroché son bac STMG (sciences et technologies du management et de la gestion) au rattrapage, en septembre. Un succès de plus qui lui servira pour plus tard, car il se verrait bien entraîneur après sa carrière de joueur.

Voilà donc un jeune footeux qui a grandi en banlieue, fait tourner les têtes et affole les statistiques sportives et financières. Malgré une réussite insolente, il n’a pas de Ferrari (et n’a d’ailleurs même pas son permis) et ne s’affiche pas avec des starlettes d’un jour. Sa coupe de cheveux est terriblement banale, il s’exprime bien et paraît aussi à l’aise dans son costume sombre Hugo Boss du PSG qu’en short et crampons. Et si, balle au pied, Kylian Mbappé épate les observateurs depuis longtemps, il n’est pas en reste à chacune de ses déclarations ou interviews, micro et caméra sous le nez. « Aujourd’hui, les gens sont surpris par la réussite mais aussi la communication de Kylian. Mais c’est le reflet d’une éducation carrée où prédominent des valeurs de respect et d’honnêteté », confiait au Parisien son oncle, Pierre Mbappé. « Tu dois travailler pour obtenir ce que tu désires, expliquait il y a peu la jeune star au micro de beIN Sports. On m’a toujours éduqué ainsi. Dans le foot, je suis peut-être en avance, dans la vie, je suis un gamin de 18 ans comme les autres. » Ou presque.

Derrière l’image d’Épinal que renvoie son nouveau club parisien auquel tout sourit, se cache sans doute une réalité plus complexe. Car les premiers succès de la saison du PSG ne sont pas parvenus à faire taire les guerres d’ego qui rampent dans les vestiaires où s’affichent tant de stars. Au cinéma, certains se battent pour que leur nom soit plus gros sur l’affiche. Dans un groupe de rock, on ne retient souvent que le prénom du leader. Alors, quand dans une même équipe de foot, on décide d’aligner des noms ronflants, pas étonnant que les susceptibilités apparaissent. Pour le moment, elles ne concernent que le Brésilien Neymar et l’Uruguayen Edinson Cavani, ses compères en attaque. L’origine de l’irritation ? Le penalty – raté – que l’Urguyaen n’a pas laissé tirer au Brésilien après que celui-ci lui a grillé la politesse sur un coup franc lors de la réception de Lyon, le 17 septembre. Tel un vieux sage, Mbappé, interrogé à chaud, ironisait en confiant qu’il se gardait bien de tirer un penalty de son propre chef. Une pirouette qui le met pour le moment à distance des coups fourrés, d’autant qu’en match, il se met régulièrement au service de ce duo, ne tirant jamais la couverture à lui. Protégé par sa malice et son talent, Kylian poursuit son odyssée.

 

 
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