décembre 2017
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La vie après le pouvoir

Par La rédaction
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Ils et elles sont donc à notre dernier décompte 101. Ils et elles, ce sont ces « ex »-chefs d’État africains qui, durant plusieurs décennies ou seulement quelques jours, ont présidé aux destinées de leur nation. AM a mené un recensement inédit de ces « retraités particuliers ». Et enquêté sur ce qu’ils sont devenus, une fois la page tournée.

 
AFRIQUE DU SUD
Frederik Willem de Klerk 81 ans 15/08/89 – 10/05/94 (4 ans, 8 mois, 25 jours) 
Prix Nobel de la Paix avec Mandela en 1993, cet ancien avocat protestant élu en 1989 mit fin à l’apartheid en 1991 avant d’être défait par son « meilleur ennemi » aux élections de 1994. Retiré dans sa ferme de Paarl (province du Cap-Occidental) à partir de 1998, il est resté une figure ambiguë pour avoir été à la fois le dernier président d’un régime tortionnaire, mais aussi celui qui a fait un pas vers la paix. Il ne manque jamais une occasion de fustiger l’état de son pays et de critiquer ses successeurs, Mandela inclus.
 
Thabo Mbeki 75 ans 14/06/99 – 25/09/08 (9 ans, 3 mois, 11 jours) 
Accusé d’interférences dans le procès de Jacob Zuma, son rival au sein de l’ANC, il avait dû démissionner en 2008 avant la fin de son mandat. Sévèrement critiqué à l’international pour avoir remis en cause les liens entre VIH et sida, Thabo Mbeki demeure actif sur la scène diplomatique africaine. Il a été nommé médiateur de l’UA en 2010 dans la crise entre les deux Soudan et est pressenti comme envoyé spécial de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) pour « suivre le processus électoral » en RDC.
 
Kgalema Petrus Motlanthe 68 ans 25/09/08 – 09/05/09 (7 mois, 14 jours) 
Vice-président de Thabo Mbeki, il lui succède après sa démission, avant de redevenir vice-président jusqu’en 2012, cette fois de Jacob Zuma. Cette même année, il tente de devenir président de l’ANC mais est défait. Grand pourfendeur de la corruption, il s’est joint, en mai dernier, à Frederik de Klerk et Thabo Mbeki pour tenter de « régler la crise politique intérieure sudafricaine ». Une initiative perçue comme un appel à la démission de Zuma.
 
ALGÉRIE
Liamine Zéroual 76 ans 30/01/94 – 27/04/99 (5 ans, 2 mois, 28 jours) 
Alors qu’il refusait d’amnistier des membres de l’Armée islamique du salut dans le cadre d’un accord de résolution globale de la guerre civile (1991-2002), le 4e président algérien a été poussé à l’organisation d’élections anticipées en 1999. Malgré des rumeurs faisant de lui, en 2014, le successeur de Bouteflika, il se tient depuis des années à l’écart de la politique. Il est retourné vivre dans sa région berbère d’origine, à Barika (250 km au sud-est d’Alger), loin des regards.
 
ANGOLA
José Eduardo dos Santos 75 ans 10/09/79 – 25/09/17 (38 ans, 15 jours) 
Dos Santos a beau être un tout « jeune » retraité (depuis septembre 2017), il est loin d’avoir abdiqué le pouvoir. Ce fils d’un tailleur de pierre et d’une employée de maison est toujours président du parti dominant, le MPLA. Sa fille, Isabel, gère la compagnie Sonangol, État dans l’État. Et son fils, José Filomeno de Sousa, est à la tête du fonds souverain de l’Angola.
 
BÉNIN
Nicéphore Dieudonné Soglo 82 ans 04/04/91 – 04/04/96 (5 ans) 
Successeur et prédécesseur de Mathieu Kérékou, il gagne en 1991 avant d’être battu en 1996. Énarque, administrateur de la Banque mondiale, il devient maire de Cotonou en 2003, réélu en 2009, puis battu en 2015. Lors de l’élection présidentielle de 2016, il se prononce en faveur de Lionel Zinsou, puis contre la réforme constitutionnelle voulue par le nouveau président, Patrice Talon. Son fils, Lehady, perd en 2017 la présidence de Renaissance du Bénin, le parti qu’il avait créé vingtcinq ans plus tôt.
 
Thomas Boni Yayi 65 ans 06/04/06 – 06/04/16 (10 ans) 
Dix-huit mois après la fin de son second mandat, Boni Yayi, qui vit dans le quartier de Cadjehoun à Cotonou, ne pipe toujours mot. Une discrétion qu’il pourrait toutefois ne pas conserver longtemps : il viserait la députation en 2019. Et l’UA lui a confié une mission d’observation électorale en Guinée équatoriale en 2016. Depuis, il s’est beaucoup rapproché du président Obiang.
 
BOTSWANA
Festus Gontebanye Mogae 78 ans 01/04/98 – 01/04/08 (10 ans)
Ancien fonctionnaire au FMI, il démissionne de son deuxième mandat de président un an avant son terme, et crée dès 2008 le Champions for an HIV-Free Generation, qui se donne pour mission d’éradiquer le sida d’ici 2030. Récipiendaire de nombreuses récompenses (Prix Mo Ibrahim, Grande-Croix de la Légion d’honneur…), il est le président de la commission mixte de suivi de l’IGAD (autorité intergouvernementale sur le développement sur le conflit soudanais).
 
BURKINA FASO
Jean-Baptiste Ouédraogo 75 ans 08/11/82 – 04/08/83 (8 mois, 27 jours)
Moins d’un an après son coup d’État, il est à son tour renversé par son ancien Premier ministre : Thomas Sankara. Emprisonné puis libéré en 1985, il renonce à la politique et fonde la clinique Notre-Dame de la Paix à Ouagadougou, où cet ancien médecin exerce toujours. En 2014 et 2015, il devient un médiateur clé des négociations de reddition de Blaise Compaoré puis du général Diendéré.
 
Blaise Compaoré 66 ans 15/10/87 – 31/10/14 (27 ans, 16 jours)
A-t-il vu venir la tempête révolutionnaire qui allait emporter son régime ? En tous les cas, celui qui fut l’un des hommes les plus puissants du continent est renversé par un vaste mouvement populaire coalisé contre son projet de modification de l’article 37 de la loi fondamentale limitant le nombre de mandats présidentiels. Après une mystérieuse errance entre Rabat et Yamoussoukro, Blaise Compaoré s’installe à Abidjan, avec son épouse Chantal, au coeur de Cocody dans une confortable villa bourgeoise que ce passionné d’architecture se met évidemment à aménager. Il lit beaucoup, fait du sport, cède régulièrement à sa passion du football à la télévision. Il maintient une posture de grande discrétion, ne s’exprime pas sur les affaires du Burkina. Ni sur les aléas de son procès à Ouaga. Il reste pourtant un expert dont les avis sont recherchés, il reçoit des hommes politiques ivoiriens, des proches et des partisans burkinabè, des visiteurs internationaux. Et hier comme aujourd’hui, sa proximité avec ADO est réelle. On se demande pourtant comment cet homme si essentiellement burkinabè pourra se contenter très longtemps de l’exil…
 
Isaac Zida 51 ans 01/11/14 – 21/11/14 (20 jours)
Cet officier, ancien numéro 2 de la garde présidentielle de Blaise Compaoré (RSP), prend le pouvoir à la chute du dictateur. Sous la pression civile et internationale, il cède son fauteuil trois semaines plus tard à Michel Kafando et devient Premier ministre. Il quitte son poste en janvier 2016, avant qu’un audit de l’État ne l’accuse d’appropriation indue. En septembre, l’homme de Yako s’enfuit pour le Canada et est depuis sous le coup d’une procédure de « désertion en temps de paix » et d’un mandat international.
 
Michel Kafando 75 ans 21/11/14 – 29/12/15 (1 an, 1 mois, 8 jours)
Succédant à Isaac Zida comme chef d’État de la transition après la chute de Blaise Compaoré, il cède le fauteuil présidentiel à la suite de l’élection de Roch Kaboré. Désormais à la retraite, dans sa ferme de Dayoubsi (à une trentaine de kilomètres de Ouagadougou), Michel Kafando continue cependant des missions de bons offices. Cet été, en tant qu’envoyé spécial de l’ONU, il s’est rendu au Burundi, en Tanzanie et en Ouganda pour être un « facilitateur » dans le dénouement de la crise burundaise.
 
BURUNDI
Pierre Buyoya 67 ans 03/09/87 – 01/06/93 • 25/07/96 – 30/04/03(12 ans, 6 mois, 4 jours)
Putschiste en 1987, ce major tutsi oeuvre à la démocratisation du Burundi, permettant l’élection en juin 1993 de Melchior Ndadaye. L’assassinat de ce Hutu, quatre mois plus tard, par un groupe d’officiers, plonge le pays dans la guerre civile. Après 1993, il occupe le poste de président de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, puis de la Communauté économique des pays des Grands Lacs. Il mène un second coup d’État en 1996 pour mettre le pays sur les rails des accords de paix. Puis quitte le pouvoir en 2003 pour courir les conférences et missions d’observation électorales. Il est depuis 2012 le haut représentant de l’UA au Sahel. Il a brigué en vain le secrétariat général de la francophonie, en octobre 2014.
 
Sylvie Kinigi 65 ans 27/10/93 – 05/02/94 (3 mois, 9 jours)
Elle a beau n’avoir été présidente que durant trois mois, Sylvie Kinigi a laissé son empreinte. Depuis son départ, elle a effectué plusieurs missions pour le compte des Nations unies, notamment pour la région des Grands Lacs. Elle a récemment pris la tête de la mission d’observation des élections au Burundi pour le compte de la Fondation Jimmy Carter. Critique à l’égard du régime actuel, elle vit désormais à l’étranger.
 
Sylvestre Ntibantunganya 61 ans 06/04/94 – 25/07/96 (2 ans, 3 mois, 19 jours)
En tant que président de l’Assemblée nationale, ce Hutu consensuel de 61 ans a assuré l’intérim après la mort du président Cyprien Ntaryamira, dans l’attentat perpétré le 6 avril 1994 à Kigali contre l’avion du président rwandais. Renversé en juillet 1996 par Pierre Buyoya, il fait partie depuis 2015 du Conseil national pour le respect de l’accord d’Arusha (Cnared), la plateforme formée par l’opposition en exil à Bruxelles, où il réside.
 
Domitien Ndayizeye 64 ans 30/04/03 – 26/08/05(2 ans, 3 mois, 27 jours)
Pierre Buyoya remet le pouvoir en 2003 à ce président de transition hutu qui organise les élections de 2005, remportées par Pierre Nkurunziza. Ce dernier le fait mettre aux arrêts en 2006, lui imputant un complot en vue d’un coup d’État. Incarcéré pendant cinq mois, il est ensuite libéré. Distant du pouvoir, propriétaire du centre d’affaires White Stone à Bujumbura, il fait partie des voix critiques à l’encontre de Pierre Nkurunziza, qui a entamé en 2015 un troisième mandat non constitutionnel. Menacé de mort par la milice du parti au pouvoir, il ne se rend plus au Sénat en signe de protestation, mais ne s’est pas résolu à l’exil.
 
CAP-VERT
Pedro Pires 83 ans 22/03/01 – 09/09/11 (10 ans, 5 mois, 18 jours)
Lauréat 2011 du prix Mo Ibrahim, cet ex-Premier ministre (1975-1991) et président (1991-2011) du Cabo Verde voyage et donne des conférences. Son Institut Pedro Pires pour le leadership envoie tous les ans une dizaine de jeunes cap-verdiens se former aux États-Unis, deux semaines en été. Apôtre de la démocratie, il a néanmoins « observé » d’un oeil bienveillant, à 83 ans, les élections d’août dernier en Angola.
 
CENTRAFRIQUE
François Bozizé Yangouvonda 71 ans 15/03/03 – 24/03/13 (10 ans, 9 jours)
Tombeur d’Ange-Félix Patassé en 2003, ce général putschiste, élu et réélu (2005, 2011), est renversé en mars 2013 par la rébellion Seleka. Réfugié temporairement à Yaoundé en mars 2013, il quitte la capitale début juin pour Kampala (Ouganda) où il est, depuis, confiné dans une villa sans pouvoir se deplacer depuis près de quatre ans. L'ex-général est sorti de son silence en mars, pour dénoncer un « acharnement » contre sa famille. Son fils, Jean-Francis, est assigné à résidence à Bangui, où il est revenu il y a un an. Et sa compagne, Madeleine Bafatoro, est poursuivie en France par l'administration fiscale.Il vit depuis au Cameroun sous la protection de Paul Biya, malgré un mandat d’arrêt lancé contre lui en 2013 par la justice centrafricaine.
 
Michel Djotodia 68 ans 24/03/13 – 10/01/14 (9 mois, 17 jours)
Porté au pouvoir par la rébellion Seleka en mars 2013, il est le premier chef d’État musulman de Centrafrique. Militaire formé en Union soviétique, il doit quitter son fauteuil en janvier 2014, sous la pression internationale, faute d’avoir su stopper les exactions de la Seleka. Il retourne ensuite au Bénin, où il a déjà vécu en exil entre 2005 et 2012, et coule des jours tranquilles à Cotonou.
 
Alexandre-Ferdinand N’Guendet 45 ans 10/01/14 – 23/01/14 (13 jours)
Président du Conseil national de la transition de 2013 à 2016, il assure un intérim après la démission de M. Djotodia, et avant de passer la main à Catherine Samba-Panza. Il soutient le futur président Faustin-Archange Touadéra au 2nd tour des élections de mars 2016. En mai dernier, il claque la porte de la majorité après qu’une pétition lancée par son mouvement (RPR) en faveur de l’arrestation du leader de la Seleka, Ali Darassa, échoue à convaincre le gouvernement. 
 
Catherine Samba-Panza 63 ans 23/01/14 – 30/03/16 (2 ans, 2 mois, 7 jours)
Juriste de formation, brièvement maire de Bangui en 2013, elle devient présidente de transition en Centrafrique en janvier 2014 car elle n’est affiliée à aucun parti politique. Elle cède son fauteuil en 2016 au président élu Faustin-Archange Touadéra, et vit depuis, à 63 ans, une retraite active. Elle a dirigé en juillet dernier une mission d’observation de l’UA des législatives au Sénégal.
 
COMORES
Hamadi Madi, dit Boléro 52 ans 21/01/02 – 26/05/02 (4 mois, 5 jours)
C’est l’un des artisans de l’Accord de Fomboni (2001) qui conduisit à la rédaction d’une nouvelle Constitution. Il devient Premier ministre puis président par intérim après la démission d’Assoumani. Après l’élection de Sambi (2006), il quitte les Comores pour la France. Revenu en 2008, il est arrêté par les autorités pour avoir emporté en exil du mobilier de l’État. Et devient en 2012 directeur de cabinet du président Dhoinine. Depuis mars 2016, il est secrétaire général de la Commission de l’océan Indien.
 
Ahmed Abdallah Sambi 59 ans 26/05/06 – 26/05/11 (5 ans)
Confortablement élu en 2006 (58 % des voix), il est surnommé l’« Ayatollah » pour avoir étudié la théologie. Mais il est aussi un industriel, dans la literie, la parfumerie et l’embouteillement. Aux élections de 2016, le fondateur du parti Juwa a soutenu son vieil ennemi politique, Azali Assoumani… non sans avoir tenté de concourir lui-même, au mépris de la règle de la « présidence tournante entre les îles de l’Union ».
 
Ikililou Dhoinine 55 ans 26/05/11 – 26/05/16 (5 ans)
Originaire de l’île de Mohéli, le docteur en pharmacie de l’université de Conakry (Guinée) avait été élu dans la confusion en 2011 à la suite d’un compromis avec son prédécesseur Depuis la fin de son mandat en 2016, le propriétaire de La Pharmacie mohélienne et une partie des membres de son ancien gouvernement sont auditionnés par une Commission d’enquête pour une affaire de vente de passeports à des étrangers.
 
Azali Assoumani 1- 58 ans 30/04/99 – 21/01/02 • 26/05/02 – 26/05/06 (6 ans, 8 mois, 22 jours)
Depuis 2001, la Constitution de l’Union des Comores dispose qu’à chaque mandat, le président doit être issu d’une île différente – sur les quatre que comporte le pays. Entre deux élections, Assoumani a donc attendu patiemment son tour. Réélu en 2016, il est actuellement en fonction.
 
RÉPUBLIQUE DU CONGO
Pascal Lissouba 85 ans 31/08/92 – 25/10/97 (5 ans, 1 mois, 24 jours)
La guerre civile, qui l’a opposé à Denis Sassou-Nguesso, a contraint Lissouba à fuir son pays il y a vingt ans. Réfugié à Londres, il est condamné en 1999 par la justice congolaise à trente ans de travaux forcés pour « crime de haute trahison ». Le Parlement de Brazaville l’amnistiera en 2009. L’ex-chef d’État passe l’essentiel de son temps à Paris. Son fils, Jérémy Lissouba, 35 ans, vient de rallier le camp Sassou-Nguesso et se présente aux élections législatives.
 
CÔTE D’IVOIRE
Henri Konan Bédié 83 ans 07/12/93 – 24/12/99 (6 ans, 17 jours)
Étonnant parcours que celui que l’on surnomme d’Abidjan à Daoukro « le sphinx ». Successeur d’Houphouët, le théoricien de « l’ivoirité » est déboulonné par un coup d’État de caporaux le jour de Noël 1999. Et pourtant, il a su rester un acteur majeur du jeu politique. Après deux ans d’exil à Paris, HKB revient à Abidjan en 2001. Il reprend la main sur le PDCI, et est candidat dès 2006 à l’élection présidentielle qui aura lieu en… octobre 2010. Battu au premier tour avec 25 % des voix, il se rallie bon gré, mal gré, et comme prévu, au candidat Alassane Ouattara. Haute personnalité de l’État, HKB est remis en selle en quelque sorte par le nouveau président, qu’il avait pourtant tenté d’exclure de la scène politique. La réconciliation fonctionne à plein régime. Le PDCI ne présente pas de candidat aux élections présidentielles d’octobre 2015. Pourtant, à mesure que se profile l’échéance de 2020, et que les ambitions s’aiguisent, les uns et les autres se demandent si HKB a vraiment renoncé au pouvoir suprême…
 
Laurent Gbagbo 72 ans 26/10/00 – 11/04/11 (10 ans, 5 mois, 16 jours)
En prison, à La Haye, depuis déjà six ans… Évidemment, les choses auraient pu se dérouler autrement. Élu chef de l’État en 2000, le politicien roué (on l’appelait « le boulanger » pour sa capacité à rouler ses adversaires dans la farine) aurait pu accepter les résultats de l’élection présidentielle de 2011. Et se poser en chef de l’opposition, ou se consacrer à une carrière internationale. Entouré par un clan de faucons, dont l’emblème reste son épouse Simone, Gbagbo fait le mauvais choix. Il refuse de quitter le pouvoir, ce qui entraîne une crise politico-militaire fratricide de plusieurs mois. Il est finalement arrêté par les forces proches d’Alassane Ouattara le 11 avril 2011. Le 30 novembre 2011, il est incarcéré auprès de la Cour pénale internationale. Où il reçoit assez régulièrement proches et partisans, y compris sa « seconde épouse » Nady Bamba. Le procès s’est ouvert le 28 janvier 2016, le dossier fait plus de 22 000 pages, les débats pourraient durer près de trois ans. Et la cour a refusé à plusieurs reprises la mise en liberté provisoire.
 
ÉGYPTE
Hosni Moubarak 89 ans 14/10/81 – 11/02/11 (29 ans, 3 mois, 28 jours)
Depuis sa démission forcée le 11 février 2011 après des semaines de manifestations, la vie du raïs est une suite d’audiences et de procès, entrecoupés de séjours à l’hôpital. Acquitté le 2 mars 2017 dans son procès pour « meurtre et tentative de meurtre sur des manifestants », il demeure sous le coup d’autres procédures. Il a ainsi été poursuivi pour corruption en compagnie de ses deux fils, Alaa et Gamal, affaire pour laquelle ils ont été condamnés en janvier 2016 à trois ans de prison chacun et a payé 17,5 millions d’euros à l’État. Un moindre mal pour celui dont la fortune était estimée à 1,2 milliard de dollars en 2014 par la justice égyptienne. Libéré le 24 mars 2017, il vit désormais à Héliopolis, dans la banlieue du Caire, mais reste l’objet d’une autre enquête pour prise illégale d’intérêts et blanchiment.
 
Mohamed Hussein Tantawi Soliman 82 ans11/02/11 – 30/06/12 (1 an, 4 mois, 19 jours)
Le maréchal originaire de Nubie, ministre de la Défense et commandant en chef des forces armées égyptiennes de Moubarak de 1991 à 2012, devient chef de l’État de facto à la démission du raïs. Il assure la transition jusqu’à l’élection de Mohamed Morsi. Le 12 août 2012, il est mis à la retraite par le nouveau président. Réputé secret, il a été chargé, en novembre 2016, par le président Al-Sissi, de rencontrer les leaders de la contestation dans l’État de Nubie (extrême sud) concernant des conflits récurrents sur la terre.
 
Mohamed Morsi 66 ans 30/06/12 – 03/07/13 (1 an, 3 jours)
Premier président démocratiquement élu d’Égypte, ce fils de paysans du delta du Nil est aujourd’hui en prison, et possiblement pour longtemps. Élu le 30 juin 2012 avec 51,73 % au 2d tour, il est « déposé » un peu plus d’un an plus tard par le général Al-Sissi après des manifestations monstres de l’opposition, qui lui reproche de concentrer tous les pouvoirs. L’ancien étudiant en génie civil est alors inculpé pour « espionnage, incitation à la violence et destruction de l’économie », puis pour « assassinats de soldats » et « conspiration avec le Hamas ». Condamné à mort en mai 2015, et à la perpétuité dans un autre procès en juillet 2016, l’ex-directeur de campagne des Frères musulmans pour les législatives de 2010 n’était pourtant pas le premier choix de la confrérie pour la présidentielle de 2012. Ce n’est qu’après l’invalidation de la candidature de Khairat-al-Chater qu’il est désigné candidat du Parti Liberté et Justice. En novembre 2016, sa condamnation à mort a été invalidée par la Cour de cassation.
 
Adli Mansour 71 ans 04/07/13 – 08/06/14 (11 mois, 4 jours)
Président de la Cour constitutionnelle suprême, c’est lui qui assume la charge de président de la République à titre provisoire au lendemain de la destitution de M. Morsi, et ce, en lieu et place du président du Conseil consultatif (issu des Frères musulmans), qui normalement le précède dans l’ordre constitutionnel. À l’élection du général Al-Sissi, l’économiste et haut magistrat retourne à son poste précédent, puis prend sa retraite. En décembre 2016, il refuse le poste de président de la Chambre des représentants.
 
ÉTHIOPIE
Mengistu Haïle Mariam 80 ans 11/02/77 – 21/05/91 (14 ans, 3 mois, 10 jours)
Depuis 1991, « MHM » coule des jours tranquilles au Zimbabwe, où Robert Mugabe lui a offert l’asile politique. L’ancien chef de la junte militaire, responsable de massacres et de famines durant son règne, s’y était en effet réfugié après la chute de son régime. Condamné à mort pour génocide en décembre 2008, il demeure dans une villa de Harare, les autorités du pays refusant toujours de l’extrader.
 
GAMBIE
Sir Dawda Jawara 93 ans 24/04/70 – 22/07/94 (24 ans, 2 mois, 28 jours)
Qui voudrait d’une vie en exil ? Pas le père de l’indépendance gambienne qui a été contraint de quitter son pays après le coup d’État mené par Yahya Jammeh. De retour en 2002, il mène depuis, une existence tranquille à Fajara, à la périphérie de Banjul. En février dernier, il a apporté son soutien au nouveau président, Adama Barrow, démocratiquement élu.
 
Yahya Jammeh 52 ans 22/07/94 – 21/01/17 (22 ans, 5 mois, 30 jours)
L’ancien dictateur, ses grands boubous et son curieux sceptre étaient partis de manière « ubuesque ». Reconnaissant un temps sa défaite contre Adama Barrow, Yahya s’est ensuite accroché à son trône durant un mois et demi, avant que la communauté internationale ne le boute hors du territoire. Il a atterri à Mongomo (Guinée Équatoriale), à 175 km de Bata. Il est logé depuis neuf mois dans un des trois palais présidentiels de son hôte Teodoro Obiang, dont c’est le village natal. Installé en pays fang, en zone forestière, et traité avec égards, il donne des cours d’agriculture en famille aux autochtones du cru. Mais un dossier fourni, composé d’accusations de détournements de fonds colossaux et de violations des droits de l’homme, se constitue à Banjul contre lui. Et son successeur, qui le soupçonne de rêver de déstabiliser son pays, a demandé à son homologue guinéen de bienn vouloir l’en dissuader… À suivre.
 
GHANA
Jerry Rawlings 70 ans 31/12/81 – 07/01/01 (19 ans, 7 jours)
À la retraite mais pas inactif : Jerry John Rawlings a toujours un oeil sur le NDC, le parti politique qu’il a fondé en 1992, et dont ont été issus John Atta-Mills et John Mahama, futurs présidents qu’il a… régulièrement critiqués, les accusant de corruption et d’actes contraires à la probité. En revanche, depuis l’élection de Nana Akufo-Addo, Rawlings se montre très discret. Sur la scène internationale, il a notamment été l’envoyé spécial de l’Union africaine en Somalie en 2010.
 
John Agyekum Kufuor 78 ans 07/01/01 – 07/01/09 (8 ans)
L’ancien président a connu des ennuis de santé en 2012. Opéré pour un problème vasculaire, il a refusé d’être soigné en dehors du Ghana, déclarant que le pays possède tous les talents et ressources nécessaires. En novembre 2016, il accepte un traitement médical en Afrique du Sud et, de retour, fait campagne en faveur du National Patriotic Party(NPP). En 2013, il a été nommé par les Nations unies envoyé spécial sur le changement climatique.
 
John Dramani Mahama 58 ans 24/07/12 – 07/01/17 (4 ans, 5 mois, 14 jours)
Après sa défaite, en décembre dernier, face à Nana Akufo-Addo, JDM s’est mué en globe-trotter continental, représentant le groupe d’observation des pays du Commonwealth lors de la campagne présidentielle au Kenya (août 2017), et en tant que chef de mission d’observation de la Cédéao quant à la régularité des élections au Liberia, lors du 1er tour, le mois dernier. A-t-il renoncé à revenir au pouvoir ? Son parti, le NDC, s’organise déjà pour reconquérir le fauteuil présidentiel lors des élections de 2020.
 
GUINÉE
Moussa Dadis Camara 53 ans 24/12/08 – 15/01/10 (1 an, 22 jours)
L’ex-président qui abreuva YouTube de ses frasques et autres interviews farfelues en pyjama, avait dû quitter son pays pour se faire soigner à Rabat, après avoir pris une balle dans la tête le 3 décembre 2009 par son aide de camp. Le 12 janvier 2010, il est transféré à Ouagadougou, où il vit toujours dans une villa de Ouaga 2000, « sous contrôle international ». Il s’est converti au christianisme le 22 août à l’église Notre-Damedes-Apôtres de la Patte d’Oie, où il a épousé le même jour Jeanne Saba. Sans solde de l’armée ni statut d’ancien président, il subsiste grâce aux deniers burkinabè. Et rêve de rentrer chez lui, où il garderait une certaine popularité dans la région de la Guinée forestière. Il attend d’être entendu par la justice de son pays, dans le cadre de l’enquête engagée après le massacre du stade le 28 septembre 2009 (voir p. 52). Pour lequel il promet de raconter « sa vérité ».
 
Sékouba Konaté 53 ans 18/01/10 – 21/12/10 (11 mois, 3 jours)
Numéro 2 du régime de Dadis Camara, le général de mère libanaise et de père guinéen succède à « Dadis » après que celui-ci a fui en exil au Burkina Faso. Le « Tigre » mène alors la transition et organise l’élection présidentielle de 2010 à laquelle il ne participe pas. Dans la foulée, il part à Addis-Abeba (Éthiopie) et devient Haut représentant pour l’Union africaine. Ministre de la Défense lors du massacre du 28 septembre 2009, il n’a toujours pas été entendu par les juges guinéens en charge de l’affaire. Il vit aujourd’hui en France, à Enghien-les-Bains (Val-d’Oise), où il bénéficie d’une carte de séjour de dix ans.
 
GUINÉE-BISSAU
Manuel Serifo Nhamadjo 59 ans 11/05/12 – 23/06/14 (2 ans, 1 mois, 12 jours)
Président de l’Assemblée nationale à deux reprises (2009 et 2012), éliminé au 1er tour des élections de 2012 (18 mars), il est désigné président par intérim le 20 avril, une semaine après un coup d’État militaire. Dans un premier temps, il refuse la charge, avant de l’accepter trois semaines plus tard. Sa présidence est marquée par les accusations américaines de trafic de drogue à l’encontre de plusieurs haut gradés du régime. Resté un commentateur avisé de la politique intérieure dans son pays, il a également été, en janvier 2015, chef de la mission électorale d’observation de l’UA lors des élections au Cap-Vert.
 
KENYA
Daniel Arap Moi 93 ans 22/08/78 – 30/12/02 (24 ans, 4 mois, 8 jours)
Après vingt-quatre ans de règne, Moi a été contraint de renoncer à la présidence. Il partage l’essentiel de son temps dans sa ferme de la ville de Kabarak, à 200 km de Nairobi, où il a fondé une université et une école secondaire. Fervent chrétien, il a continué de donner son avis sur les institutions du pays. Mais, à 93 ans, celui que les Kényans appellent Mzee (« vieux sage ») Moi serait diminué par son grand âge.
 
Mwai Kibaki 85 ans 30/12/02 – 09/04/13 (10 ans, 3 mois, 10 jours)
Au terme de ses deux mandats, Mwai Kibaki a connu des problèmes de santé, raison pour laquelle il s’est montré relativement discret après qu’il a quitté le pouvoir. En août 2016, il a été transporté vers l’Afrique du Sud pour y être soigné à la suite d’un accident vasculaire. Affecté également par le décès de son épouse, Lucy, en avril 2016, il est sorti de son silence au mois de juin, déclarant : « J’ai un problème là – en montrant sa gorge – voilà pourquoi ma voix est si faible. » Il semble aller mieux depuis, se disant prêt à faire campagne aux quatre coins du pays pour soutenir la candidature du président sortant, Uhuru Kenyatta.
 
LIBERIA
Charles Taylor 69 ans 02/08/97 – 11/08/03 (6 ans, 9 jours)
Arrêté par des douaniers nigérians à la frontière camerounaise alors qu’il tente de s’enfuir, l’ex-président déchu, impliqué dans la guerre civile sierraléonaise, est « livré » par Olusegun Obasanjo à la Sierra Leone en mars 2006. Pendant deux ans, l’ancien chef de guerre avait coulé des jours paisibles à Calabar (centre-sud du Nigeria) en vertu d’un accord signé avec l’opposition rebelle sous l’égide de la communauté internationale. Après cinq années de procès devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) à La Haye (Pays-Bas), il a été finalement condamné à cinquante ans de prison pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, sentence confirmée en appel en 2013. Emprisonné depuis dans un lieu tenu secret en Grande-Bretagne, celui qui fut le personnage central d’une des plus sanglantes guerres civiles (environ 400 000 morts) qu’a connu l’Afrique, qui s’est étalée sur près de quinze ans (1989-2003) et a touché trois pays (Sierra Leone, Liberia, Guinée), a récemment refait parler de lui durant la dernière campagne présidentielle libérienne : son ex-femme, Jewel Howard-Taylor, étant la colistière du candidat George Weah.
 
Amos Sawyer 72 ans 22/11/90 – 08/08/93 (2 ans, 8 mois, 17 jours)
Le professeur Amos Sawyer a 50 ans lorsqu’il devient président, par intérim, du gouvernement d’union nationale. Puis, cet universitaire retourne dans le monde académique, notamment au département des sciences politiques de l’université de Bloomington (Indiana, États-Unis). Président du conseil d’administration de l’African Centre for Development et de la Commission libérienne de gouvernance, il a soutenu Sirleaf Johnson lors de ses deux élections.
 
MADAGASCAR
Didier Ratsiraka 80 ans 15/06/75 – 27/03/93 • 09/02/97 – 05/07/02 (23 ans, 2 mois, 8 jours)
Élu président à deux reprises, « Deba », ancien commandant de marine, s’exile en France en 2002 alors qu’il est en conflit avec Marc Ravalomanana au sujet des résultats des élections. L’« Amiral rouge » rentre définitivement au pays en 2013 afin de se présenter de nouveau à l’élection présidentielle, mais sa candidature est rejetée. Depuis 2009 et le putsch d’Andry Rajoelina, il participe aux négociations en vue d’un gouvernement consensuel et transitoire, projet toujours inabouti. D’après certains médias malgaches, il cherche actuellement un candidat pour porter les couleurs de son parti (Arema) à l’élection de 2018.
 
Albert Zafy 90 ans 27/03/93 – 05/09/96 (3 ans, 5 mois, 9 jours)
Après trois ans et demi de présidence chaotique, « l’homme au chapeau de paille », en conflit ouvert avec son Premier ministre, est destitué en 1996 à la suite de l’adoption par l’Assemblée nationale d’une motion d’empêchement. Arrivé troisième aux élections de 2001, il devient un farouche opposant du nouveau président, Marc Ravalomanana, mais refuse de soutenir le putsch de 2009 contre ce dernier. Impliqué lui aussi depuis 2009 dans les négociations pour un gouvernement de transition, il serait, d’après le site NewsMada, en réanimation dans une polyclinique d’Antananarivo depuis le 11 octobre dernier.
 
Marc Ravalomanana 67 ans 06/05/02 – 17/03/09 (6 ans, 10 mois, 11 jours)
« Dada », fondateur du fleuron de l’agroalimentaire malgache Tiko, est contraint à la démission après un coup de force le 17 mars 2009, deux ans après sa réélection (dès le 1er tour avec 54,79 %). Parti en exil en Afrique du Sud, l’ancien maire d’Antananarivo (1999-2002) revient sur la Grande Île en 2014, où il est arrêté pour la mort, le 7 février 2009, d’une trentaine de partisans d’Andry Rajoelina. Relâché, il devient en 2015 conseiller spécial de sa femme, Lalao, élue maire de la capitale. L’enfant des Hauts Plateaux a d’ores et déjà annoncé qu’il serait candidat à l’élection présidentielle de 2018.
 
MALAWI
Bakili Muluzi 74 ans 21/05/94 – 24/05/04 (10 ans, 3 jours)
Premier président démocratiquement élu du Malawi, réélu en 1999, le fondateur de l’United Democratic Front (UDF) a tenté d’amender la Constitution en 2002 pour pouvoir se présenter à un troisième mandat, mais recula devant le pouvoir législatif et l’ampleur des manifestations. En conflit avec son successeur, Bingu wa Mutharika, il est arrêté par deux fois, en 2008 et en 2009, pour corruption : accusé d’avoir détourné 12 millions de dollars de fonds provenant de l’aide internationale, il n’a toujours pas été jugé. Depuis 2012, l’UDF est présidé par son fils, Atulepe Muluzi. 
 
Joyce Banda 67 ans 07/04/12 – 31/05/14 (2 ans, 1 mois, 24 jours)
Vice-présidente de la République de 2009 à 2012, l’enfant du Nyasaland succède à Bingu wa Mutharika le lendemain de son décès. Candidate à l’élection de 2014, elle perd face à Peter Mutharika (le fils), non sans avoir tenté d’annuler les résultats en invoquant des irrégularités. Femme d’affaires, activiste, philanthrope multirécompensée à l’international, elle s’est exilée de son propre chef en 2014 aux États-Unis, où elle réside toujours. Accusée de corruption et de blanchiment d’argent par la justice de son pays, elle a annoncé être candidate à l’élection présidentielle de 2019.
 
MALI
Moussa Traoré 81 ans 19/11/68 – 26/03/91 (22 ans, 4 mois, 7 jours)
Tombeur de Modibo Keïta en 1968, cet ancien lieutenant a lui-même été renversé en 1991, après la répression sanglante d’émeutes étudiantes contre sa dictature. Condamné à mort en 1993 au Mali, il voit sa peine commuée en prison à vie en 1997, avant d’être gracié par le président Alpha Oumar Konaré, au nom de la réconciliation nationale. Ce fervent musulman, âgé de 81 ans, coule, depuis, des jours tranquilles à Bamako, dans une villa offerte par l’État.
 
Alpha Oumar Konaré 71 ans 08/06/92 – 08/06/02 (10 ans)
Après deux quinquennats, le premier président élu du Mali a ensuite présidé la commission de l’Union africaine (UA) de 2003 à 2008. Celle-ci l’a nommé président du Groupe de haut niveau pour l’Égypte en 2013 et 2014, puis haut représentant pour le Soudan du Sud en 2015. À 71 ans, membre du Haut Conseil de la francophonie, il vit à Bamako, en famille et en retrait, mutique sur la situation du pays, contrairement à son épouse, l’écrivaine et historienne Adame Ba Konaré.
 
Amadou Toumani Touré 68 ans 08/06/02 – 22/03/12 (9 ans, 9 mois, 14 jours)
Depuis sa chute en mars 2012, cet ancien président du Mali vit en exil à Dakar. À 68 ans, hébergé avec sa famille dans une résidence d’État au Plateau, le centre-ville, il se fait très discret. Tombeur de Moussa Traoré, il est à la fois l’homme qui a permis l’avènement de la démocratie chez lui en organisant une transition express en 1991, et celui qui l’a vue s’effondrer vingt ans plus tard, lui-même balayé par un coup d’État. Un procès pour haute trahison est envisagé contre lui au Mali, pour avoir laissé le Nord aux mains de groupes armés, sans donner aux militaires les moyens de riposter. Ces poursuites risquent cependant de virer au grand déballage sur le trafic présumé de cocaïne qui passe depuis les années 2000 par le Mali. Le procès n’a pas encore été soumis au vote des députés.
 
Amadou Haya Sanogo 46 ans 22/03/12 – 12/04/12 (21 jours)
Ce capitaine putschiste qui a présidé le Comité national pour le redressement de la démocratie (CNRD) au Mali, du 22 mars au 12 avril 2012, est assigné à résidence dans une base militaire à Sélingué (120 km au sud de Bamako). Il se trouve en procès depuis fin novembre 2016, pour l’exécution sommaire d’au moins 26 bérets rouges ayant tenté un contre-coup d’État en mai 2012. 
 
Dioncounda Traoré 75 ans 12/04/12 – 04/09/13 (1 an, 4 mois, 23 jours)
À 75 ans, l’ex-président de l’Assemblée nationale du Mali et chef d’État par intérim de mars 2012 à août 2013 vit dans le quartier moderne ACI 2000 à Bamako, où un bureau ainsi que du personnel lui sont octroyés par l’État. Il a dû laisser la villa gouvernementale qu’il s’était attribuée par décret lors de son bref passage au pouvoir. Blessé en mai 2012 par des manifestants au Palais présidentiel, il reste un symbole de la fragilité de l’État malien. 
 
MAURICE 3
Sir Anerood Jugnauth 87 ans 19/12/82 – 05/07/95 • 22/12/00 – 30/09/03 • 17/12/14 – 23/01/17 (17 ans, 5 mois)
Premier ministre de 1982 à 1995 et de 2000 à 2003, Anerood Jugnauth ne s’est jamais éloigné du pouvoir : président de la République – un poste largement honorifique – entre 2003 et 2012, puis de nouveau Premier ministre (2014-2017), il a démissionné en janvier dernier. Son propre fils, Pravind Jugnauth, jusque-là ministre des Finances, lui a succédé au poste de chef de gouvernement. Jugnauth junior a alors nommé Jugnauth senior ministre de la Défense.
 
Navinchandra Ramgoolam 70 ans 22/12/95 – 17/09/00 • 03/07/05 – 17/12/14 (14 ans, 2 mois, 9 jours)
Chef du Parti travailliste mauricien, Premier ministre de 1995 à 2000 et de 2005 à 2014, Navin Ramgoolam, battu à l’élection de décembre 2014, a été interpellé en février 2015, soupçonné de détournement de fonds et d’entraves à la justice. À son domicile, les enquêteurs trouvent plus de 100 000 euros en liquide. Ramgoolam conteste la légalité de ces perquisitions et demande la restitution des biens saisis.
 
Paul Raymond Bérenger 72 ans 30/09/03 – 05/07/05 (1 an, 9 mois, 5 jours)
Paul Bérenger fut, entre 2003 et 2005, le premier Blanc à diriger un pays africain depuis la fin du colonialisme. Ancien de Mai 68 en France, dirigeant du Mouvement militant mauricien, cette figure de la gauche mauricienne fut chef de file de l’opposition jusqu’à sa démission, en 2013, pour raisons de santé. 
 
MAURITANIE
Mohamed Mahmoud Ould Ahmed Louly 75 ans 03/06/79 – 04/01/80 (7 mois, 1 jour)
Lorsqu’il succède à Mustapha Ould Mohamed Saleck, les prérogatives du président de la République sont rognées et le pouvoir est transféré au Premier ministre, Mohamed Khouna Ould Haïdallah. Sept mois plus tard, une restructuration du Comité militaire de salut national (CMSN) écarte Ould Louly. Depuis, il mène une vie discrète et ne s’est plus exprimé publiquement. Ses proches évoquent un récent état de santé très fragile.
 
Mohamed Khouna Ould Haïdallah 78 ans 04/01/80 – 12/12/84 (4 ans, 11 mois, 8 jours)
Renversé en 1984 par un putsch, il est revenu en 2007 pour se présenter à l’élection présidentielle. Come-back raté : il n’a recueilli que 1,73 % des voix. Ses trois fils sont incarcérés pour divers délits, notamment trafic de stupéfiants, agression et violences. Leur père dénonce une « instrumentalisation de la justice ». 
 
Maaouiya Ould Sid Ahmed Taya 75 ans  12/12/84 – 03/08/05(20 ans, 7 mois, 22 jours)
En août 2005, l’avion du président Ould Taya quittait la Mauritanie pour assister aux funérailles du roi Fahd d’Arabie saoudite. Renversé par un putsch militaire durant son absence, Ould Taya n’a jamais remis les pieds en Mauritanie. Depuis, il vit en toute discrétion avec sa famille au Qatar et n’accorde aucune interview.
 
Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi 79 ans 19/04/07 – 06/08/08 (1 an, 3 mois, 18 jours)
Seul président civil de Mauritanie depuis Mokhtar Ould Daddah, il n’aura passé que quinze mois au pouvoir, avant d’être renversé en août 2008 par l’ex-chef de la garde présidentielle et actuel chef de l’État, Mohamed Ould Abdelaziz. Il est sorti de son silence en mars dernier, pour dénoncer, dans une lettre ouverte, « la violation de la Constitution » par son tombeur. Il vit à Lemden, à 250 km de Nouakchott, où, en figure respectée à l’étranger, il a reçu au mois d’août la visite médiatisée de l’ambassadrice d’Allemagne.
 
MOZAMBIQUE
Joaquim Alberto Chissano 77 ans 19/10/86 – 02/02/05 (18 ans, 3 mois, 14 jours)
Successeur en 1986 de Samora Machel, père de l’Indépendance, à la présidence de la République, il a mis un terme à la guerre civile au Mozambique en négociant la paix en 1992. Chef du Front de libération du Mozambique (Frelimo), élu en 1994, il s’est retiré en 2004 sans briguer le troisième mandat que la Constitution lui autorisait. En 2007, il est le premier à recevoir le prix Mo Ibrahim pour la gouvernance. À 77 ans, cet adepte de la méditation transcendantale ne coule toujours pas des jours tranquilles à Maputo, dans la villa luxueuse que l’État lui loue à vie. Envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU en Ouganda et au Soudan en 2006, il a ensuite été chargé par l’UA de l’épineux dossier du Sahara occidental, mais son autorité n’est pas reconnue par le Maroc, qui le juge trop proche du Front Polisario.
 
Armando Emílio Guebuza 74 ans 02/02/05 – 15/01/15 (9 ans, 11 mois, 13 jours)
La justice mozambicaine s’intéresse de près à l’ancien président, surnommé « Guebusiness ». Homme d’affaires prospère, Armando Guebuza aurait profité de ses deux mandats pour faire fructifier les intérêts des sociétés familiales, et emprunté 2 milliards de dollars en toute opacité. Face au scandale, le FMI a interrompu son aide, et conditionné le retour de celle-ci à la réalisation d’un audit indépendant. C.G.
 
NAMIBIE
Sam Nujoma 88 ans 21/03/90 – 21/03/05 (15 ans)
Vétéran du combat indépendantiste, premier président de la République de Namibie, compagnon de lutte de Nelson Mandela et de Robert Mugabe, Sam Nujoma a quitté le pouvoir en 2005, non sans désigner son successeur, Hifikepunye Pohamba. Eminemment respecté en Namibie, il est, de par la loi, « président fondateur » et « père de la nation ». Il s’exprime régulièrement, faisant notamment des discours devant l’Union africaine (UA).
 
Hifikepunye Pohamba 82 ans 21/03/05 – 21/03/15 (10 ans)
Élu puis réélu, le successeur de Sam Nujoma a effectué deux mandats, puis s’est retiré sans s’éterniser. Attitude rare qui lui a valu le prix Mo Ibrahim 2015, récompensant les chefs d’État ayant renforcé la démocratie. Président de la SWAPO (Organisation du peuple du Sud-Ouest africain, parti aussi dominant que l’est l’ANC en Afrique du Sud), l’ancien révolutionnaire n’est pas avare de déclarations publiques. Il a ainsi récemment condamné le racisme antichinois.
 
NIGER
Mahamane Ousmane 67 ans 16/04/93 – 27/01/96 (2 ans, 9 mois, 11 jours)
Premier président démocratiquement élu du Niger, il est renversé en 1996 par le colonel Maïnassara. Aux élections législatives de 2004, son parti (CDS) obtient 17 sièges, ce qui lui permet de décrocher la présidence de l’Assemblée nationale (2004-2009). Ousmane préside le Comité interparlementaire sur les droits de l’homme de l’UEMOA (depuis 2004), ainsi que le Parlement de la Cédéao (depuis 2006).
 
Mamadou Tandja 79 ans 22/12/99 – 18/02/10 (10 ans, 1 mois, 27 jours)
Tandja avait, en 2009, organisé un référendum anticonstitutionnel pour prolonger son mandat. Renversé par Salou Djibo en 2010, il reste à la tête du Mouvement national pour la société de développement (MNSD). En 2013, il a accusé ses successeurs du vol de 400 milliards de francs CFA. La Cour de cassation a dès lors levé son immunité, le plaçant sous la menace de poursuites judiciaires. Depuis, l’ex-président se fait discret. 
 
Salou Djibo 52 ans 22/02/10 – 07/04/11 (1 an, 1 mois, 16 jours)
Chose promise, chose due : l’ancien putschiste du « Conseil suprême pour la restauration de la démocratie » a assuré la transition aux civils et remis le pouvoir au président élu Issoufou. Très respecté, le général a lancé sa fondation pour la paix et la démocratie (Fonsad), et pris la direction d’une « task force » de la Cédéao ayant pour objectif la libéralisation des échanges. Il vit entre Abuja et Ouagadougou, où réside sa seconde épouse.
 
NIGERIA
Yakubu Gowon 83 ans 01/08/66 – 09/07/75 (8 ans, 11 mois, 8 jours)
Renversé par un coup d’État en 1975, le général déchu s’est exilé en Grande- Bretagne jusqu’en 1983. De retour au pays, il a dirigé les assurances IGI jusqu’à l’an dernier. Il a également été observateur des élections au Ghana en 2008. Dans un livre paru à Abuja cet été, il raconte par le détail son putsch victorieux de 1966.
 
Shehu Usman Shagari 92 ans 01/10/79 – 31/12/83 (4 ans, 3 mois)
Élu en 1979 après un régime militaire, sa réélection en 1983 est contestée. Le 31 décembre de la même année, il est renversé par le général Buhari, qui met fin à la Deuxième République du Nigeria. Détenu jusqu’en 1986, Shehu Shagari est depuis interdit de toute activité politique. 
 
Muhammadu Buhari 1 74 ans 31/12/83 – 27/08/85 (1 an, 7 mois, 27 jours)
Général putschiste, il fut lui-même renversé par un coup d’État vingt mois plus tard. Après avoir concouru sans succès aux élections présidentielles de 2003, 2007 et 2011, il l’emporte face à Goodluck Jonathan en 2015. Devenu président élu, Buhari déclare « assumer la responsabilité de ce qui s’est passé lors de (son) régime militaire ». Et se définit désormais comme « un démocrate converti ».
 
Ibrahim Babangida 76 ans 27/08/85 – 27/08/93 (8 ans)
Ancien chef de la junte (1985-1993), « IBB » a tenté à deux reprises de sortir de sa retraite dorée de Minna (au nord-ouest d’Abuja), en annonçant en fanfare sa candidature à la présidence de la République. Las ! à chaque fois, le Parti démocratique du peuple (PDP) lui a préféré un rival : d’abord Umaru Yar’Adua en 2007, puis Goodluck Jonathan en 2011.
 
Ernest Adegunle Oladeinde Shonekan 81 ans 26/08/93 – 17/11/93 (2 mois, 22 jours)
Il n’est resté que trois mois président par intérim, avant d’être renversé par Sani Abacha. Avocat et industriel, il a depuis fait carrière dans plusieurs conseils d’administration. Après avoir présidé Unilever Nigeria, il dirige désormais la filiale locale de l’armateur danois Maersk.
 
Abdulsalami Abubakar 75 ans 05/06/98 – 29/05/99 (11 mois, 24 jours)
Succédant à Sani Abacha, il a transféré le pouvoir au président élu Olusejun Obasanjo. En 2003, l’ancien général a présidé, avec succès, les pourparlers de paix d’Accra qui ont mis fin à la guerre civile libérienne. Il profite désormais d’une retraite dorée. Sa villa de Minna est située juste en face de celle de « IBB ». En 2015, des photos de sa salle de bains, au luxe extravagant, ont fuité dans la presse nigériane.
 
Olusegun Obasanjo 80 ans 29/05/99 – 29/05/07 (8 ans)
Obasanjo est sûrement le plus actif des anciens dirigeants : ne pouvant se représenter après ses deux mandats, il enchaîne depuis les conférences internationales, l’écriture de livres, et est l’envoyé spécial de l’Union africaine et des Nations unies, dans le cadre de la résolution de la crise congolaise, notamment. En mars dernier, il a inauguré un complexe culturel à Abeokuta, sa ville natale, comprenant notamment hôtel de luxe, musée, théâtre, jardin zoologique, ainsi qu’une bibliothèque qui rend hommage à son parcours personnel et politique. Un projet pharaonique s’étendant sur 32 ha, financé en partie par Aliko Dangote – l’homme le plus riche d’Afrique – pour le remercier des nombreux services rendus, pendant et après sa présidence.
 
Goodluck Jonathan 59 ans 06/05/10 – 29/05/15 (5 ans, 23 jours)
Défait par Muhammadu Buhari il y a deux ans, l’ex-chef d’État serait en train de rédiger ses Mémoires et de créer la Fondation Goodluck Jonathan pour la gouvernance et la démocratie, engagée en faveur d’actions humanitaires. Depuis son départ, il fait profil bas : son épouse, Patience, ainsi que des proches sont soupçonnés de multiples escroqueries et d’enrichissement illicite.
 
RWANDA
Pasteur Bizimungu 68 ans 19/07/94 – 23/03/00 (5 ans, 8 mois, 4 jours)
Président du Rwanda après le génocide des Tutsis, en 1994, ce Hutu qui a rejoint le Front patriotique rwandais (FPR, au pouvoir) dès 1990 est un symbole de la réconciliation nationale. Il démissionne en 2000 à la suite de désaccords avec son vice-président, Paul Kagame, qui lui succède. Son parti d’opposition, lancé en 2001, est interdit. Il est condamné à quinze ans de prison ferme en 2004 pour atteinte à la sécurité de l’État, avant d’être libéré en 2007 sur grâce présidentielle. Il vit depuis au Rwanda, mais a renoncé à toute activité politique.
 
SãO TOMÉ-ET-PRÍNCIPE
Manuel Pinto da Costa 80 ans 12/07/75 – 04/03/91 • 03/09/11 – 03/09/16 (20 ans, 7 mois, 20 jours)
Après sa défaite lors des premières élections libres en 1991, l’ancien leader indépendantiste, prosoviétique formé en Allemagne de l’Est, avait annoncé son retrait de la vie politique. Il s’est néanmoins présenté, sans succès, aux présidentielles de 1996 et de 2001. En 2011, il l’emporte. Mais, faute de majorité absolue, il doit nommer au poste de Premier ministre… Patrice Trovoada, fils de son vieil ennemi Miguel Trovoada, ancien Premier ministre puis président.
 
Leonel Mário d’Alva 82/83 ans 04/03/91 – 03/04/91 (30 jours)
Président par intérim d’un mois en 1991, Leonel Mário d’Alva a ensuite présidé l’Assemblée nationale (1991-1994), puis le Parti de Convergence démocratique – Groupe de réflexion (PCD-GR, centre gauche).
 
Miguel Trovoada 80 ans 03/04/91 – 15/08/95 • 22/08/95 – 03/09/01 (10 ans, 4 mois, 25 jours)
Ex-Premier ministre de Pinto da Costa, embastillé pendant deux ans, Miguel Trovoada est élu en 1991, puis réélu en 1996, après une brève interruption de son mandat en août 1995 en raison d’un coup d’État. Il préside depuis 2009 la Commission du Golfe de Guinée, organisme de la coopération régionale. En 2014, Ban Ki-moon le nomme chef du bureau des Nations unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau.
 
Fradique de Menezes 75 ans 03/09/01 – 16/07/03 • 23/07/03 – 03/09/11 (9 ans, 11 mois, 24 jours)
Après deux mandats, l’ex-président n’a pas coupé les ponts avec la politique. Issu de l’Action démocratique indépendante, le Santoméen a été pressenti en 2016, mais sans succès, au poste de Premier ministre.
 
Fernando Pereira 55 ans 16/07/03 – 26/07/03 (10 jours)
En juillet 2003, le major Fernando Pereira, dit « Cobo », profite d’un déplacement du président de Menezes au Nigeria pour fomenter un putsch « contre la misère ». En échange d’une amnistie, il remet le pouvoir aux autorités légitimes. « Cobo » a fini sa carrière comme chef de la sécurité à l’aéroport international de São Tomé-et-Príncipe.
 
SÉNÉGAL
Abdou Diouf 82 ans 01/01/81 – 01/04/00 (19 ans, 3 mois)
Président du Sénégal de 1981 à 2000, Abdou Diouf vit depuis trois ans une retraite paisible à Paris. Il a quitté en 2014 son poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qu’il occupait depuis 2003, et publié dans la foulée ses mémoires (Seuil, Paris, 2014). Celles-ci lui ont valu des critiques au Sénégal, où on ne le voit guère. Il s’abstient d’en commenter la gestion des affaires. Ses quatre enfants, à qui il a conseillé de ne pas faire de politique, sont actifs dans le secteur privé à Dakar. Ils sont allés remercier Macky Sall, lorsque celui-ci a baptisé « Abdou Diouf » le nouveau Centre international de conférences de Diamniadio, près de Dakar. Il a fait part de son souhait d’être enterré avec son épouse, Élisabeth, dans un cimetière mixte (musulman et chrétien) de la ville de Ziguinchor, en Casamance.
 
Abdoulaye Wade 91 ans 01/04/00 – 02/04/12 (12 ans, 1 jour)
L’infatigable « Guorgui » (« le Vieux » en wolof) bat toujours la campagne, à 91 ans. Président de 2000 à 2012, il est rentré en juillet au Sénégal pour les législatives, afin de soutenir la coalition de l’opposition, se faire élire député et démissionner aussitôt de son mandat. Il réside à Versailles avec sa femme Viviane depuis sa défaite de mars 2012 face à Macky Sall, son ancien Premier ministre. En semiretraite, il fait des retours fracassants au Sénégal. En 2015, il était venu soutenir son fils Karim Wade, ancien de ses ministres, en procès pour enrichissement illicite. Après la condamnation de ce dernier à six ans de prison, le « Vieux » a fait pression et obtenu en juin 2016 sa libération. Exilé au Qatar, Karim Wade est donné comme présidentiable en 2019. En attendant, son « renard » de père s’est rapproché de Khalifa Sall, maire de Dakar emprisonné et autre challenger possible de Macky Sall en 2019.
 
SEYCHELLES
France-Albert René 81 ans 05/06/77 – 16/04/04 (26 ans, 10 mois, 11 jours)
L’ancien homme fort socialiste des Seychelles couve une retraite tranquille depuis sa démission en 2004. Une biographie tout à la gloire de « Papa René » est parue en 2010. Patron de la société para-étatique Islands Development Company (IDC), son beau-fils Glenny Savy est l’un des hommes les plus puissants de l’archipel, qui abrite désormais deux fois plus de sociétés offshore que d’habitants.
 
James Alix Michel 73 ans 16/04/04 – 16/10/16 (12 ans, 6 mois)
Après sa défaite aux législatives de septembre 2016, James Alix Michel a démissionné de la présidence, mais tient encore les rênes du parti Lepep (« le peuple », en créole). Il a aussi lancé la Fondation James Michel, afin de promouvoir « l’économie bleue », le développement durable des États insulaires face au réchauffement. Il participe à des conférences régionales, notamment en Asie et dans le Pacifique.
 
SIERRA LEONE
Valentine Strasser 50 ans 29/04/92 – 16/01/96 (3 ans, 8 mois, 15 jours)
Il est rare qu’un ancien chef d’État reprenne ses études, encore plus rare qu’il les abandonne et retourne dans son pays pour y créer une école. C’est pourtant ce que fait le capitaine Valentine Strasser, qui fut le plus jeune chef d’État du monde (26 ans) après son élection en 1992 : il a ouvert une école d’informatique – à destination des défavorisés – à Allen Town. Mais, entre le manque d’ordinateurs et les fréquentes coupures d’électricité, le projet relève du parcours du combattant. « J’ai demandé l’aide du gouvernement mais on ne voit rien arriver. » Strasser est aussi, sans doute, le seul ex-chef d’État à ne pas posséder de voiture.
 
SOUDAN
Abdel Rahman Swar al-Dahab 84 ans 06/04/85 – 06/05/86 (1 an, 1 mois)
L’ancien général putschiste a présidé, de 1987 à 2012 (au moins) l’Organisation de l’appel islamique (Islamic Call Organization). Basée à Khartoum, cette association caritative et prosélyte est proche des Frères musulmans. 
 
SWAZILAND
Ntombi Indovukazi 67 ans 18/08/83 – 25/04/86 (2 ans, 8 mois, 7 jours)
Régente du Swaziland jusqu’à la majorité de son fils, l’actuel roi Mswati III, Ntombi est redevenue reine mère (« Ndlo Vukati » : « Grande Éléphante » en langue swati). Comme le prévoit la Constitution du royaume, elle peut de nouveau être régente en cas de vacance du pouvoir. À noter qu’en 1985, l’artiste américain Andy Warhol l’a immortalisée en incluant son portrait dans sa série Reigning Queens, aux côtés d’Elizabeth II.
 
TANZANIE
Ali Hassan Mwinyi 92 ans 05/11/85 – 23/11/95 (10 ans, 18 jours)
L’ancien président vit une retraite paisible à Dar es-Salaam. En 2016, il a été mandaté par la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE, organisation de coopération rassemblant six pays de la région) pour observer le déroulement de la présidentielle en Ouganda. Deux de ses enfants ayant été emportés par la malaria, il a aussi participé à un spot télévisé de prévention contre le paludisme.
 
Benjamin William Mkapa 78 ans 23/11/95 – 21/12/05 (10 ans, 28 jours)
Il est sorti de sa retraite en mars 2016, lorsqu’il a été nommé facilitateur dans la crise burundaise. En décembre de la même année, il a scandalisé l’opposition à Pierre Nkurunziza en qualifiant de « légitime » le troisième mandat présidentiel de l’homme fort de Bujumbura.
 
Jakaya Mrisho Kikwete 66 ans 21/12/05 – 05/11/15 (1 an)
À peine avait-il quitté le bureau présidentiel que Jakaya Kikwete remontait en selle. En janvier 2016, l’Union africaine le nomme haut représentant pour la Libye avec mission de parvenir à une solution pacifique aux conflits qui minent les camps politiques du pays. Son combat de prédilection reste cependant la lutte contre la faim, la pauvreté et pour l’éducation, en particulier des jeunes Africaines, raison pour laquelle Ban Ki-moon, alors secrétaire général des Nations unies, le nomme fin 2016 parmi les 29 dirigeants du réseau SUN qui lutte contre la malnutrition.
 
TCHAD
Goukouni Weddeye 74 ans 23/03/79 – 29/04/79 • 03/09/79 – 07/06/82 (2 ans, 10 mois, 10 jours)
Renversé par Hissène Habré, l’ancien chef du GUNT (gouvernement d’union nationale et de transition) a, avec l’appui du colonel Kadhafi, combattu les armées tchadienne et française (opération Épervier), jusqu’à sa défaite et son exil à Alger en 1987. Rentré au Tchad en 2009, il vit désormais à N’Djamena, dans une maison louée par les autorités. Invité à Dakar pour témoigner lors du procès d’Hissène Habré, il a décliné l’invitation, expliquant ne garder « aucune rancune ».
 
Hissène Habré 75 ans 07/06/82 – 01/12/90 (8 ans, 5 mois, 24 jours)
Renversé par Idriss Déby en 1990, il s’était exilé au Sénégal. Il est le premier chef d’État jugé devant un tribunal d’un autre pays pour violations des droits de l’homme. En avril dernier, les Chambres extraordinaires africaines (CEA) ont confirmé en appel la condamnation à perpétuité de l’ancien dictateur, âgé de 75 ans, pour « crimes de guerre », « crimes contre l’humanité » et « actes de tortures ». Le bilan humain de son règne est évalué à 40 000 morts.
 
TUNISIE
Zine el-Abidine Ben Ali 81 ans 07/11/87 – 14/01/11 (23 ans, 2 mois, 7 jours)
L’histoire retient que, lorsqu’il a fui la Tunisie le 14 janvier 2011, le président en a oublié ses lunettes dans sa précipitation. Depuis, l’ancien dirigeant vit un exil doré en Arabie Saoudite dans une somptueuse demeure sur les rives de la mer Rouge à Jeddah, mise à disposition par les autorités du royaume. à 80 ans, Zine el-Abidine Ben Ali est libre de ses mouvements, mais est tenu à un devoir de réserve à l’égard de ses hôtes. Condamné à la prison à vie par la justice tunisienne, celui qui est sous le coup d’un mandat d’arrêt international profite de l’hospitalité des Ibn Saoud, qui par tradition n’extradent pas les ressortissants musulmans. Il reçoit néanmoins des Tunisiens de passage, suit de près les événements en Tunisie et est en contact régulier via Skype avec des proches ainsi que ses filles aînées restées à Tunis. Depuis 2011, il n’est jamais apparu en public et répond par l’entremise de ses avocats quand des fuites dans les médias imposent des démentis ou des précisions. En 2013, un cliché le montrant souriant et en pyjama avec son fils Mohamed a été publié sur les réseaux sociaux, mais le compte a été aussitôt supprimé. Un an plus tôt, il pose avec son épouse Leïla pour démentir les rumeurs de divorce, mais consacre son temps essentiellement à la rédaction de ses Mémoires.
 
Fouad Mebazaâ 84 ans 15/01/11 – 13/12/11 (10 mois, 28 jours)
Président de la Chambre des députés, il devient, en application de l’article 57 de la Constitution, président par intérim le 14 janvier 2011, et il quitte ses fonctions en décembre de la même année pour retrouver ses habitudes et sa villa de Carthage qu’il préférait au Palais. Tous les samedis, il reçoit selon un rituel immuable et serre des mains en se rendant le dimanche chez Abdelkrim, son barbier de Marsa Plage. Présent lors des fêtes officielles, cet ancien apparatchik de 84 ans n’est sorti de son silence que pour répondre à ses détracteurs, qui lui reprochaient de percevoir une retraite mensuelle de 30 000 dinars au titre de son passage à Carthage.
 
Moncef Marzouki 72 ans 13/12/11 – 31/12/14 (3 ans, 18 jours)
Sa défaite à la présidentielle de 2014 a été amère. Après un temps de silence, celui qui avait été désigné par les constituants n’a jamais accepté de ne pas avoir été plébiscité par les urnes. Il a depuis quitté le Congrès pour la République (CPR), parti qui lui avait permis d’accéder à Carthage, pour fonder la formation de Harak al-Irada. À 72 ans, il retourne dans le circuit politique et fait de la chaîne Al Jazeera une tribune privilégiée pour critiquer avec virulence la politique menée en Tunisie, et se faire quelques nouveaux ennemis. Mais celui que les Tunisiens surnommaient « tartour » – l’insignifiant – peut encore compter sur des appuis dans le sud du pays, alors que de moins en moins de fidèles lui rendent visite à Hammam Sousse, où il réside quand il est au pays.
 
ZAMBIE
Kenneth Kaunda 93 ans 24/10/64 – 02/11/91 (27 ans, 9 jours)
Avec Dawda Jawara (Gambie), c’est le seul « père de l’indépendance » encore de ce monde. Une fois battu aux élections de 1991 après vingt-sept ans de règne par le syndicaliste Frederick Chiluba, les polémiques avec son successeur s’enveniment. Au point que Kaunda est déchu de sa nationalité en 1997, un jugement qu’il parviendra à faire annuler en 2000. En dépit de son âge avancé, les observateurs sont estomaqués par son intervention aux funérailles de Nelson Mandela en décembre 2013 où, vif et alerte, il livre un discours de quinze minutes délivré d’une traite, sans notes et d’une rare qualité. Mais, à 93 ans, il effectue parfois des séjours à l’hôpital de Lusaka, séjours qui relancent des rumeurs régulières sur son décès. G.O.D.
 
Rupiah Banda 80 ans 19/08/08 – 23/09/11 (3 ans, 1 mois, 4 jours)
Actif sur Facebook, l’ancien président donne régulièrement de ses nouvelles, qu’il s’agisse de ses déplacements à l’étranger, de ses rencontres avec d’autres dirigeants, voire de sa passion pour l’équipe nationale de football dont il est un fervent fan. Poursuivi pour corruption et blanchiment d’argent en 2013, il a depuis été relaxé. Et soutient désormais le président actuel, Edgar Lungu.
 
Guy Lindsay Scott 73 ans 29/10/14 – 25/01/15 (2 mois, 27 jours)
Un CDD de moins de trois mois… Vice-président de Michael Sata, il assure l’intérim après le décès de ce dernier dans un hôpital de Londres. Premier président blanc d’un pays d’Afrique subsaharienne depuis Frederik de Klerk, mais il ne peut cependant se présenter à la magistrature suprême en raison de ses ascendances anglaise et écossaise. Toujours actif en politique, ses relations avec Edgar Lungu, l’actuel président et membre comme lui du Front patriotique sont exécrables.
 
1. Azali Assoumani et Muhammadu Buhari sont les exceptions de cette liste : tous deux ont quitté le pouvoir, mais sont actuellement à la tête de leur État. Assoumani l’avait laissé en 2006 en raison de la Constitution des Comores qui stipule une présidence tournante. Quant au militaire Buhari, qui avait quitté la présidence en 1985, il y est revenu par les urnes.
2. L’âge exact d’Amadou Haya Sanogo est inconnu et parfois sujet à caution : nombre de ses adversaires prétendent que, plus jeune, il l’aurait falsifié pour pouvoir être enrôlé dans l’armée.
3. À Maurice, le pouvoir réel est entre les mains du premier ministre, le président n’ayant qu’une fonction symbolique.

 

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