novembre 2017
Portrait

Nadia El Bouga s’attaque aux mille et un tabous

Par Fouzia MAROUF
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Féministe et musulmane, cette sexologue et sage-femme se décrit comme un OVNI, un « objet voilé non identifié ». Voix phare de Beur FM, elle milite pour un érotisme décomplexé. 

Il y a soixante façons d’exprimer l’amour en arabe. Abou Nawas1 décrit quatorze états amoureux : la passion, le flirt, la fusion […] J’invite les auditeurs à se questionner sur leur amour… » Mardi 18 octobre. Il est midi sur les ondes de Beur FM, la voix est lente et soyeuse, ponctuée au passage de rires cristallins. À l’antenne, les auditeurs se succèdent. C’est le tour d’un homme, Mohamed. Il appelle l’animatrice pour savoir comment qualifier un « amour égoïste ». Sa partenaire est-elle trop narcissique ?

Libératrice pour certaines, subversive pour d’autres, la chronique sulfureuse de Nadia El Bouga dévoile chaque semaine, au fil du magazine À votre santé, co-animé par Philippe Robichon, les méandres insondables de la sexualité. Nadia y répond sans détours ni langue de bois, disséquant ce qui relève des tabous pour beaucoup : perte de désir, panne sexuelle, vaginisme… La chronique et la personnalité d’El Bouga connaissent un tel succès depuis trois ans que, désormais, cet érotisme décomplexé se poursuit en librairies, avec la parution de La Sexualité dévoilée. L’animatrice est légitime : elle est d’abord sexologue et sage-femme. Philippe Robichon, son partenaire de studio, dit avoir été conquis dès leur première rencontre par sa « liberté de ton ». « Elle ira très loin, tout chez elle respire l’ouverture aux autres. » L’animateur est d’autant plus enthousiaste qu’au départ, il l’avait simplement invitée à participer à l’une de ses émissions. « J’ai aussi d’emblée été séduit par sa tessiture vocale, souligne Robichon. La radio permet de ne se concentrer que sur sa voix. » Sous-entendu, non pas son voile. 

Car il n’y a pas que la chronique « hot » de Nadia, 40 ans, qui fait sensation : c’est surtout de découvrir qu’elle porte un voile qui en surprend plus d’un. Au point, parfois, de choquer. À ses débuts, alors qu’elle ponctue ses conseils d’érotisme brûlant, certains collègues s’en offusquent dans les couloirs de la radio : « Comment peux-tu dire ça au sein de la communauté ? », lui assène un jour l’un d’entre eux. « Il faut appeler un chat un chat ! », réplique-t-elle sans ambages à ses détracteurs. Elle dit avoir d’abord été perçue comme une provocatrice. Mais hors de question de renoncer aux droits de la femme, libre de « dire son plaisir ». Et que l’on ne se fie cependant pas à ses airs poupins et sa douceur apparente.

Nadia El Bouga, d’origine berbère – culture où la femme tient une place centrale dans le couple et jouit d’une rare autonomie au point de choisir son futur époux – a de qui de tenir. Son arrière-grand-mère trouvait naturel, par exemple, d’aller prier avec les hommes à la mosquée de leur village natalde l’Atlas. Quant à sa tante, Aïcha Sakmassi, elle est notamment connue au Maroc pour avoir créé à Agadir l’association « Voix de femmes » et une maison d’hébergement destinée aux femmes battues.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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