septembre 2017
Musique

Pierre Kwenders, l'orfèvre afrofuturiste

Par Sophie Rosemont
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Lingala, anglais, hip hop, rumba… Grâce à ce Congolais canadien d’adoption, le sens de l’entertainment africain rencontre la culture urbaine nord-américaine.

À 31 ans, c’est l’un des musiciens les plus passionnants de la diaspora africaine. Né à Kinshasa, il vit au Canada depuis l’adolescence. C’est dans une église québécoise prisée par la communauté congolaise qu’il pousse pour la première fois la chansonnette. Révélation : il sera chanteur. Quelques années plus tard, il décide de ne pas donner suite à ses études de comptable et commence à enregistrer EP sur EP. Il fonde le collectif artistique montréalais Moonshine, collabore régulièrement avec Win Butler, leader d’Arcade Fire – dont il a récemment assuré les premières parties.

Dans son premier album, Le Dernier Empereur bantou (2014), il introduisait sa musique à la fois nourrie de la pop actuelle occidentale et des grands noms tels Papa Wemba ou Koffi Olomidé. Avec ce deuxième effort baptisé Makanda at the End of Space, the Beginning of Time, Pierre Kwenders affirme, dès les premières minutes, qu’il est capable de beaucoup. Jonglant entre français, anglais, shona ou encore lingala, ce chanteur polyglotte joue aussi la carte des variations avec un son résolument éclectique. On y entend de la rumba congolaise, du hip hop actuel, du folk ancestral, du R’n’B des années 90, de la disco seventies…

Alternant ritournelles lancinantes (« Makanda », « Rendez-vous », « Zonga ») et titres plus remuants (« La La Love », « Sexus Plexus Nexus », formidable tube), Makanda reste cohérent grâce à la production avisée de Tendai Baba Maraire. Moitié du duo de rap indie américain Shabazz Palaces, ce dernier a su en faire un disque synthétique sans excès, utilisant généreusement les claviers électroniques et les beat machines sans négliger les instruments organiques – notamment les cuivres, irrésistibles. Reconstituant l’ambiance des soirées de Kinshasa, le clip de « Sexus Plexus Nexus » témoigne du désir de Kwenders de transmettre toute la sensualité d’un pays sachant célébrer l’amour malgré les troubles sociaux et politiques. Ce que partagent avec lui ses invités comme la chanteuse zaïroise Tanyaradzwa, les rappeurs Fly Guy Dai et Palaceer Lazaro (autres membres de Shabbazz Palaces) ou l’iconique chanteuse funk SassyBlack.

 

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