juillet 2017
CÔTE D’IVOIRE

Scénarios pour maintenant et... 2020

Par Zyad LIMAM
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Même si 2020 et l’échéance présidentielle, « ce n’est pas maintenant », la classe politique ne pense qu’à cela. Des ambitions multiples qui permettent de mieux lire les enjeux auxquels fait face le pays.  

Certains pourraient le penser affaibli. D’autres, surtout, aimeraient le voir affaibli. La crise militaire, les mutineries, l’ont touché. Le président s’en veut certainement de ne pas avoir maîtrisé tous les paramètres de cette affaire. Des moments ont été critiques. Mais, aujourd’hui, Alassane Dramane Ouattara est bien là, interpellé, mais solide au centre du dispositif. Malgré la conjoncture complexe, en particulier avec la baisse des prix du cacao, les bailleurs de fonds et les partenaires sont présents. Les Jeux de la Francophonie ouvrent à Abidjan dans quelques jours  Un sommet Afrique/Union européenne est prévu dans la capitale début novembre. Et la Côte d’Ivoire a obtenu de haute lutte un siège de membre non permanent au conseil de sécurité des Nations unies. L’opinion, interne et externe, sait à quoi s’en tenir réellement : la stabilité, c’est l’équipe actuelle, dirigée par ADO et son Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. Pour mener le pays jusqu’à 2020, et à la fameuse échéance présidentielle, restaurer les paramètres de sécurité, assurer les grands équilibres de la nation, se battre pour la croissance. On ne voit pas très bien les autres options possibles…

De longues années de luttes et d’opposition et sept ans de pouvoir ont beaucoup appris au président. ADO est en « recherche », il ressent les bouillonnements, les ambitions, il se pose des questions, s’interroge sur le rôle des uns ou des autres. Il écoute aussi, tout en se tenant à ses convictions. Il a confiance en son jugement. Et il sait où il veut aller. Ce qui compte le plus pour le « PR », c’est de marquer l’histoire. Être celui qui aura sorti le pays de l’ornière identitaire. Être celui qui saura éviter le piège des successions tragiques, des passations chaotiques. Aller au-delà d’Houphouët en quelque sorte. Il cherche une unité, un rassemblement autour de valeurs communes.

Dans cette bataille de longue haleine, le président a besoin de « son » équipe, de son carré de fidèles, des gens sur qui il peut compter absolument. Primus inter pares, Amadou Gon Coulibaly, son lieutenant « de trente ans », est devenu son Premier ministre à un moment essentiel du second mandat. Mais pour « la classe politique », tout cela évidemment s’inscrit dans l’échéance présidentielle d’octobre 2020, véritable obsession généralisée. Ça calcule et ça gamberge. On s’imagine que le président a fait ses choix. Que l’affaire est pliée. Que les héritiers sont quasiment en place. Certains alors tentent de s’opposer, de faire valoir leurs droits supposés d’une manière ou d’une autre…

À plus de trois ans de l’échéance, la course est ouverte. Du côté des proches d’ADO, certains regrettent que le « chef » ait annoncé un peu trop tôt, fin 2016 et début 2017, qu’il ne se présenterait pas pour un nouveau mandat en 2020. Une attitude tout à l’honneur du président, mais qui a ouvert la boîte de Pandore des ambitions débridées, multiples, souvent irréalistes.

Ambitions qui se heurtent à une perspective toujours possible. ADO pourrait changer d’avis, être tenté d’allonger son bail au palais. Se représenter. Des personnalités importantes le poussent à continuer : « Après tout, à peine dix ans de pouvoir en Afrique, ce n’est pas grand-chose, pas suffisant en tous les cas pour réformer en profondeur le pays… »

Tout est possible… Le président a certainement son sentiment, sa position, son éthique sur la question. Mais il veut aussi avoir un rôle majeur, sur l’après. Il a certainement un ou deux scénarios bien inscrits. Mais il fait aussi, on l’a dit, de la politique. Les circonstances, les événements, les personnalités pourront l’amener à changer le dispositif. Et puis le « PR » n’est pas tout-puissant. Le pouvoir, la vie, rien ne s’écrit d’avance. Les noms qui circulent en boucle dans les salons abidjanais, dans les journaux, ne sont pas forcément ceux qui s’imposeront un jour. Et puis, le pays a changé. Le système est basé sur des élections, sur une compétition électorale et les urnes. Le peuple aura son mot à dire.

En clair, et pour reprendre une expression présidentielle, « 2020, ce n’est pas maintenant ».

 

Tous contre Ado ?

C’est le scénario qui agite le tout-Abidjan.

Une union des forces pour mettre fin à la domination présidentielle, qui viendrait contrecarrer les choix supposés d’ADO dans l’optique 2020.

Puisque la Côte d’Ivoire se gouverne par alliance, il suffirait de changer l’alliance pour atteindre le palais. Le FPI (Front populaire ivoirien) de l’ex-président Gbagbo étant pour le moment largement affaibli, divisé entre « pro-Laurent » et « post-Laurent », il resterait donc deux candidats majeurs, deux mouvances essentielles qui pourraient être tentés de jouer leur carte (un peu) ensemble.

 Le PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) d’Henri Konan Bédié et les amis de Guillaume Soro, regroupés au sein d’un mouvement « soroïste » ou dans une nouvelle mouture des Forces nouvelles (FN)… Encore faudrait-il que des notables PDCI arrivent à s’entendre avec des militants au passé « rebelle ». Encore faudrait-il que « Guillaume » accepte de laisser la place à un président PDCI pour un ou deux mandats (cinq ou dix ans). Encore faudrait-il que les alliés se fassent confiance et que le mariage de la carpe et du lapin soit fonctionnel… Encore faudrait-il surtout que le reste du pays – la sphère d’influence actuelle du RDR (Rassemblement des républicains), démographiquement puissante – accepte la perspective d’être exclu du pouvoir.

Le tous contre Ado, ou son successeur adoubé, pourrait avoir l’effet inverse, analyse ce spécialiste : « Celui de rassembler les troupes, les fidèles du RDR, éparpillés, amollis par les années de pouvoir et remobilisés par la perspective d’un retour de ceux qui, hier, après tout, défendaient peu ou prou le concept d’ivoirité. »

Et, dans tous les cas de figure, ce scénario de la compétition ouverte serait lourd de dangers pour la Côte d’Ivoire.

 

Le cas Guillaume Soro

Depuis les mutineries, le débat tourne autour de l’impétueux Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale (PAN), fondateur des Forces nouvelles, personnage équivoque et central de la rébellion, ex-Premier ministre de Laurent Gbagbo, rallié à Alassane Ouattara. Entre ADO et le jeune combattant audacieux, le courant a longtemps été parfaitement continu. Dans une forme étonnante de complémentarité, entre jeunesse et maturité. Des relations étroites qui auront plus d’une fois sauvé la mise à un Soro aventureux. En particulier lors de ses ennuis judiciaires en France et au Burkina.

Puis la séquence se détériore. Avec la réforme constitutionnelle de fin 2016, le « PAN » perd son poste de dauphin constitutionnel. Il voit son concurrent intime Amadou Gon Coulibaly prendre une large place. Ses relations déjà guère brillantes avec le ministre d’État, ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko, s’assombrissent au gré des articles de presse qui évoquent leur rivalité. Au RDR, on se méfie de cet homme « incontrôlable », qui participe peu à la vie du parti, qui travaille sur son « agenda perso ».

Des proches évoquent un Soro mal aimé, se sentant mis de côté par le PR, prêt à prendre ses revanches. Son rêve présidentiel jamais ouvertement exprimé n’en est pas moins un secret de polichinelle. Et certains estiment qu’on cherche à lui prendre ce à quoi il a « droit », ce qu’on on lui aurait « promis », un destin national, maintenant, en 2020…

L’affaire des mutineries, son rôle supposé, la découverte de caches d’armes chez des proches du « PAN », achèvent de déstabiliser les équilibres précaires. Soro est dans le collimateur, on le soupçonne de vouloir faire dérailler la machine gouvernementale. Ses troupes tentent de faire revivre les FN, montent au créneau quand le chef est attaqué. Son influence dans l’armée est certaine, et pour certains jeunes, c’est un homme, un vrai…

« Guillaume est un combattant, il impose un rapport de force, une forme de crainte, on se méfie de lui », résume un observateur avisé. « Il a été la cible de tentative d’assassinat. Il a survécu. Il croit en son destin. Le problème, c’est son image. Pour de nombreux Ivoiriens, Soro reste un homme imprévisible, dangereux, un homme de combat, de coups. Il ne rassure pas, il est impulsif. Et son audience en dehors de son territoire est limitée. Pour les gens de l’ouest, du FPI, une bonne partie du PDCI et des Baoulés, il est avant tout l’homme de la rébellion. »

Toute la question est là. GS est un homme d’action… Mais à l’intérieur de la sphère présidentielle, sa marge de manœuvre est contrainte. À l’extérieur, son audience a ses limites réelles. Dans une élection ouverte, GS aurait probablement bien du mal à rassembler. En clair, Guillaume a-t-il une place, un rôle constructif à jouer dans une Côte d’Ivoire pacifiée dont il ne serait pas le chef ?

 

Les ambiguïtés d’Henri Konan Bédié

En apparence, tout va presque bien. Le duo fonctionne. En 2010 (au second tour) et en 2016, les troupes du PDCI, menées par le leader inamovible Henri Konan Bédié, se sont ralliées plus ou moins franchement à la candidature d’Alassane. Malgré les ambitions des uns et des autres, l’alliance a tenu, à une période cruciale pour le pays, celle de la reconstruction, de la réconciliation. Les enfants d’Houphouët se sont retrouvés pour le bien de la Côte d’Ivoire. ADO a investi dans le duo, multipliant les marques protocolaires, écoutant les doléances, y répondant le plus souvent. Rarement président en exercice n’aura témoigné autant d’attention à l’égard de l’un de ses prédécesseurs, qui par ailleurs, rappelons-le, fit tout ce qu’il put pour l’écarter du chemin vers le pouvoir.

« HKB », 83 ans, ancien chef de l’État, débarqué par un coup d’État quasi improvisé en 1999, cultive, lui, son image de grand frère, de président honoris causa, de sphinx à la parole rare mais qui porte. Il a de la mémoire, la dent dure aussi disent certains.

Les choses évidemment se déglinguent, là aussi, avec la perspective de 2020. HKB, poussé par la base et les cadres ambitieux du parti, entend bien se rendre incontournable et jouer un rôle déterminant dans la succession présumée d’ADO. D’interviews en confessions plus ou moins privées, HKB cajole Guillaume Soro et martèle que le prochain président de la République sera issu des rangs du PDCI. Et que, de toute façon, il s’agit d’une « promesse » (le fameux « pacte de Daoukro » interprété diversement par les uns et les autres).

On imagine que du côté de la présidence, ces sorties ne sont pas toujours appréciées. Et que par moments l’ambiance devient fraîche. Même si les ponts ne sont pas rompus. On sait que le « grand frère » parle avant tout à ses militants, on se doute aussi que, pour survivre, le PDCI a besoin de visibilité, de concourir, mais on aimerait plus de discrétion et de solidarité à trois ans de l’échéance.

Reste à savoir si HKB et ses troupes ont les moyens de leur politique. Hors du pouvoir exécutif depuis des années (depuis 1999…), les ressources du parti sont limitées. Pour la majorité des Ivoiriens, le référent traditionnel, le personnage Houphouët-Boigny, est une figure lointaine, historique certes, mais qui ne mobilisera pas des électeurs concernés par des préoccupations contemporaines. Pour beaucoup, le projet actuel se résume à un « Baoulo-centrisme » originel : « Le pouvoir traditionnellement est à nous, il doit donc nous revenir. » Une approche que la démographie politique et sociologique du pays d’aujourd’hui rendrait hasardeuse.

Enfin, pour exister, pour se donner une chance au cas où, le parti a besoin d’un candidat, avec une force d’attraction nationale. Et qui serait donc, de facto, le successeur d’HKB… Et sans que le processus de sélection n’entraîne une lutte des chefs destructrice pour un parti historique certes, mais  lui aussi touché par le temps, justement.

L’énigme Amadou Gon 

C’est l’homme dont tout le monde parle. Le numéro deux du PR. Entre les deux leaders, il y a quelque chose de quasi filial. Entre eux, comme on l’a écrit dans ce magazine, pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes. La nomination d’« AGC » au poste de Premier ministre pour piloter la seconde partie du mandat était attendue, logique. Elle aura surtout ancré l’idée que l’héritier a été choisi…

Mutineries, grèves, tensions sociales… Le PM s’est retrouvé dès les premiers jours au cœur de la tempête. Un rude apprentissage de l’exécutif. Le fils de Korhogo a dû aussi forcer sa nature, accepter de prendre la lumière, le premier rang, se pousser à communiquer, à faire de la télé, à donner des interviews. Processus normal qui ne fait qu’alimenter plus encore les rumeurs sur son rôle supposé en 2020. Et l’opposition quasi ouverte de certains poids lourds de la scène politique.

AGC tente de prendre tout cela avec une certaine distance, en se concentrant sur son rôle. Dans un portrait publié dans AM no 368, il répondait ainsi à la question sur de possibles ambitions de se hisser au tout premier plan :

« Je suis d’abord le Premier ministre d’Alassane Ouattara. Le mandat court jusqu’en 2020. Ce sont des années pleines qu’il faut mettre à profit, pour tous. Cette équipe a été soudée par un combat. Par une fidélité à un homme. Elle doit rester en cohésion pour assurer la réussite du président. Les dissensions ne seraient pas acceptables. Pour le reste, on verra plus tard. Et puis, moi, de toute façon, je ne calcule pas. Jamais. Ce n’est pas mon éducation, ni ma nature. Ma vie a été le produit des événements et des circonstances. C’est ça le destin, le vrai. Plus que les grandes décisions. Si je n’avais pas rencontré Alassane Ouattara en 1990, mon chemin aurait certainement été très différent. Alors, je m’investis, dans ce que j’ai à faire. Dans ce qui est devant moi. »

Certes.

Mais Amadou Gon a-t-il un agenda personnel ?

Ce qui est sûr, c’est qu’il veut réussir à son poste de Premier ministre. Et il sait qu’il faudra s’imposer. Il sait qu’il devra s’exposer.

Ce qui est sûr, aussi, c’est qu’AGC est avant tout fidèle à ADO. C’est l’alpha et l’oméga de son action. Son approche sera fonction des orientations du président. Ce qui est sûr enfin, c’est que « le fidèle lieutenant » n’aime pas qu’on lui marche sur les pieds, qu’on le torpille « en douce ». Le PM a un passé de militant, de combattant, il a appris à s’imposer dans les marigots de la politique et gagner ses galons.

Si « on le cherche », il ne se laissera pas faire.

 

Le défi économique (et ses conséquences)

On raconte qu’un conseiller de Bill Clinton, se lançant dans la campagne pour prendre la présidence à un George W. Bush auréolé de sa victoire dans le Golfe, aurait dit, pour résumer la stratégie de victoire : « It’s the economy, stupid. » « C’est l’économie, idiot ! ». Un peu comme en Côte d’Ivoire. Ici, on peut faire tous les discours politiques que l’on voudra, il faut que l’économie, le développement, le pouvoir d’achat suivent, ou plutôt, précèdent. Depuis 2011, le pays a emprunté le chemin d’une croissance élevée. Mais la pauvreté et les inégalités restent importantes.

L’étape du « rattrapage » rapide est passée. Il faut maintenir des taux élevés sur une longue durée. Et s’axer sur le structurel : la gouvernance, la lutte contre la corruption, l’éducation, la modernisation des mentalités, l’entrepreneuriat et le social, et, in fine, la réduction des inégalités. Il faut réconcilier le pays neuf et ambitieux avec le pays précaire et fragile. L’émergence doit donc descendre vers le plus grand nombre, ouvrir les portes de la création d’entreprise, stimuler l’artisanat, l’innovation, les nouveaux secteurs – technologie, tourisme, service… Cette ambition doit permettre de répondre à l’immense défi que pose la jeunesse. 70 % de la population a moins de 30 ans.

La conjoncture, liée à la baisse des cours du cacao, est venue souligner que la reconstruction économique du pays, l’émergence, n’est pas à l’abri du retournement. Mais le pays reste attractif, les investissements suivent, la campagne Eurobond 2017 a permis de lever près de 2 milliards de dollars sur les marchés. La mise en route du grand projet de la centrale de Soubré ouvre de vastes perspectives en termes d’énergie. Il y a un véritable projet Côte d’Ivoire, la possibilité de s’imposer comme une nation émergente, de diversifier les ressources et les activités, de créer une richesse commune et mieux partagée. Mais c’est une œuvre de très longue haleine. Une ambition quasi générationnelle qui demande unité et gouvernance.

 

Ce que veulent vraiment les Ivoiriens

Les sondages, les enquêtes disent souvent la même chose. Ce qui compte le plus pour les Ivoiriens, c’est le maintien de la paix. La volonté de ne pas retomber dans la violence, les divisions, les errements du passé. D’assurer la stabilité pour les  générations à venir. La crise militaire de début 2017 est venue rappeler que les comptes de l’histoire ne sont pas entièrement soldés. Malgré les immenses progrès des dernières années, le pays reste fragile, l’ethnicité, les fidélités claniques, les fraternités d’uniformes sont encore prégnantes. On l’a vu récemment, des armes circulent dans le pays. Les Ivoiriens, dans leur très grande majorité, quels que soient leurs backgrounds ethniques, culturels, veulent passer à autre chose. Pour reprendre la formule d’un visiteur assidu du pays : « Solder les erreurs du passé et maîtriser autant que possible les paramètres du futur. » Par réalisme, par pragmatisme, par sens des priorités, les Ivoiriens veulent vivre ensemble. Ils savent que l’unité offre une perspective et que les autres chemins peuvent mener au chaos. Ils attendent un discours politique nouveau qui réponde réellement à cette demande.

 

Une autre manière de fairede la politique ?

Le pouvoir, la présidence, le graal… Les appareils constitués, les militants, les bases, les cadres, que ce soit au RDR, au PDCI, au FPI (dans les versions pro-Gbagbo ou -post-Gbagbo), dans les proches de Forces nouvelles qui cherchent à se rassembler, ailleurs, tous veulent jouer leurs cartes, en se basant souvent sur le logiciel ancien, largement inspirés par les réflexes identitaires, les bases ethnico-régionales. C’est le passé revisité. Malgré les dangers. Une approche mécanique supposée répondre aux réflexes d’un pays bien compartimenté.

Bien sûr, la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui reste profondément modelée par les identités ethniques : le nord, le sud, l’est, l’ouest, les chrétiens, les musulmans, les animistes, les allogènes, les autochtones… Mais on l’a vu, le pays a besoin d’unité. Il faudra bien que les « patrons », les états-majors trouvent un accord sur le ticket présidentiel de 2020. Un ticket qui puisse rassembler largement. Qui génère un « score ».  Et puis, surtout, la société change, elle n’est pas immobile, figée. Croissance économique, démographie, urbanisation, modes de vie, technologies, jeunesse, bouleversent les codes sociaux et le mode patriarcal traditionnel.

Une classe moyenne est en train de naître. Les gens se marient au-delà de leurs terroirs. Abidjan et les grandes villes servent de creuset à l’émergence de cette nouvelle identité « pan-ivoirienne ».  Il est certainement temps d’aller un peu loin, de dépasser les lectures ethniques, de rassembler ceux qui le souhaitent autour de principes et de valeurs, de redonner du sens au mot houphouëtisme, que les uns et les autres invoquent souvent sans vraiment vouloir en appliquer les préceptes.

Personne n’est naïf, mais il y a vraiment une forte demande de modernité. Une des pistes envisageables serait la réunification de la grande famille houphouëtiste. Autour de valeurs communes : démocratie, unité, développement. C’est le projet ambitieux du RHDP, la formation du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix. L’idée portée contre vents et marées par Alassane Dramane Ouattara. La mise en place s’annonce ardue, exacerbée par les ambitions 2020, mais elle aurait le mérite de forcer le futur, de dépasser les contraintes ethniques et identitaires. Il y a une part de politique as usual, décrit cet Ivoirien très bien informé, « mais, in fine, les cartes sont entre les mains du président ».  Ce sera à lui donc de lancer la machine, de provoquer l’adhésion, le mouvement, de déclencher un big bang dans l’univers politique ivoirien.

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