Mozart moderne

le 31 janvier 2006

Je redécouvre Mozart.
Wolfgang Amadeus de son prénom, mort il y a deux cent cinquante ans.
Tout le monde en parle. C’est l’événement culturel du moment.

J’ai trouvé un CD best of. Je l’écoute à fond dans la voiture, ça m’emporte, ça m’enlève, je pousse le bouton du volume, le décor parisien disparaît, les bagnoles, la grisaille, je suis presque à Vienne, dans un autre temps…
Je ne suis pas un fan de musique classique, mais il y a vraiment quelque chose de génial dans la manière de composer, d’arranger les instruments.

En lisant Le Monde, je suis tombé sur une citation de Mozart, datée du 11 avril 1787, justement à propos du génie :
« Le vrai génie sans coeur est un non-sens. Amour ! Amour ! Amour ! voilà l’âme du génie. »

Danke schoen (pas sûr de l’orthographe), Wolfgang Amadeus…

Petits délires hivernaux…

le 29 janvier 2006

Il fait froid. Je ne sais plus depuis combien de temps, il fait froid à Paris.
Des semaines.
Sous la pression, les corps se ratatinent, les cerveaux s’engourdissent…
Et encore, ici, on a de la chance. Ailleurs, la neige et le froid font des catastrophes, des morts…
En ce qui me concerne ma petite vie, je suis enrhumé. Depuis au moins quinze jours. Je m’en sors pas. Je me lève le matin avec la tête comme un ballon. Tout le monde se refile le virus. Il s’éclate, le virus, dans les bureaux, dans le métro, dans les restos. Il vous quitte, il revient, il nous tourne autour, ce fils de…

L’hiver me soûle. Je ne suis pas fait pour ça. Mes gênes sont trop métissés par l’orient…
Je rêve d’une belle plage, de la sensation de sel sur ma peau, de la chaleur d’une île, d’une belle eau turquoise des Caraïbes, ou d’une ville lointaine et surprenante, au soleil. Hier, j’ai rêvé d’une cité, comme posée sur l’eau, avec deux tours, face à face, au-dessus d’un bras de mer. Je roule, sous un soleil éclatant, en voiture, sur un pont immense, jeté au-dessus de l’océan…
Cette envie de break hivernal m’énerve, d’autant plus que j’arrive rarement à la mettre en pratique.
J’ai transformé ce petit voyage hivernal en phantasme quasi inatteignable.

L’hiver a, toutefois, parfois, quelques avantages.

On peut avoir un effet de mode sympa. Par exemple, cette mode féminine des bottes. Toutes les jolies Parisiennes portent des bottes. De préférence hautes, jusqu’aux genoux, en cuir noir, assez pointues, avec des talons presque aiguilles… Ça leur donne un sacré style, à nos Parisiennes. Ça rallonge les jambes, ça effile la démarche, avec un côté glamour et sexy en même temps. Elles se lancent à fond, les bottes orgueilleuses, le nez rougi par le froid, et voilà les hommes qui, pour une fois, ne les regardent pas dans les yeux…

Et puis l’hiver, en tout cas tous les deux hivers, il y a la Coupe d’Afrique des nations, où mes petits camarades tunisiens prouvent qu’ils ont vraiment une équipe de foot (avec un entraîneur, certes, un peu space, mais qui s’est remarquablement adapté à la tunisianité…).

Oui, je sais, nous avons un joueur d’origine brésilienne, qui marque la moitié des buts. Mais excusez-moi, cela n’explique pas tout, il y a dix autres bonshommes derrière… Et puis, excusez-moi encore, les jaloux (message adressé à mes potes de Casa..), Santos, il est vraiment un peu tunisien. C’est la Tunisie qui lui a offert un club et une chance il y a quelques années, quand il n’était rien. Et je crois aussi que c’est en Tunisie qu’il a trouvé sa femme. Santos et la Tunisie, c’est une affaire de coeur. Sinon, il ferait mieux de jouer pour le Qatar…

Bref, j’espère qu’on va la gagner cette Coupe d’Afrique des nations.

Et d’ailleurs, pour revenir à mon phantasme de voyage, peut-être, en attendant Saint-Barth’, qu’une petite virée de deux ou trois jours au Caire, en pleine CAN, dans une ville millénaire, immense et débordée, ferait l’affaire…

Séisme politique en Palestine.

le 26 janvier 2006

Les commentateurs n’ont pas tort. C’est une véritable révolution pour le Moyen-Orient et une débâcle politique et morale pour le mouvement qui incarne depuis plus d’un demi-siècle la lutte des Palestiniens: le Fatah

Quatre remarques pour faire suite à ce que j’ai écrit dans le blog précédent.

Les Palestiniens, en votant nombreux, sans violence, dans la transparence, ont voulu prouvé qu’ils existaient, qu’ils étaient un peuple, et que l’on ne peut pas espérer contourner leur volonté collective.

Les Américains et les Israéliens peuvent se mordre les doigts. Leurs ennemis vont se tenir face à eux, légitimés par un scrutin populaire, démocratique et transparent. Mais qu’ont-ils fait, eux, les puissants, pour aider le Fatah, l’Autorité palestinienne et Mahmoud Abbas ? Ils n’ont rien fait. Depuis cinq ans, les Palestiniens n’ont pas obtenu la moindre concession. Au contraire. La répression de la seconde Intifadah a été terrible. Arafat a été tué à petit feu. Le mur a été construit. Le retrait de Gaza a été décidé unilatéralement. Le processus d’Oslo est au point mort. La feuille de route aussi. Tout cela a joué contre une Autorité palestinienne décrédibilisée aux yeux de ses propres citoyens.

Où en est le nouveau Moyen-Orient voulu par GW Bush et les Etats-Unis, au lendemain du 11 septembre 2001 ? Portée par la sympathie et l’emphatie du monde entier au lendemain de ces attaques terribles, l’Amérique aurait pu changer le Moyen-Orient. Résultat, aujourd’hui, le chaos est complet : Irak, Palestine, processus de paix, Syrie, Liban, Iran…

La victoire du Hamas n’est pas une bonne nouvelle. Elle confirme l’opinion des pouvoirs arabes qui pensent que démocratie rime avec islamisme. Elle confirme l’absence de substance des partis politiques traditionnels, corrompus, qui n’ont rien d’autre à proposer que leur maintien au pouvoir. Cela étant dit, comme tous les mouvements islamistes, je ne crois pas que le Hamas soit un parti démocratique. Je crois qu’un pouvoir hamas est une mauvaise nouvelle pour une Palestine ouverte, démocratique, multiconfessionnelle, où les hommes et les femmes vivent dans l’égalité. Enfin, cette victoire est une mauvaise nouvelle pour le processus de paix. Le Hamas est un mouvement religieux et ultranationaliste, qui a eu recours à des attaques contre des civils et qui prône toujours une position irréaliste et amorale : la destruction de l’État d’Israël. Cette victoire du Hamas peut ouvrir la voie à un réveil de la droite nationaliste, et même à une victoire de Bibi Nethanyahou et du Likoud.

Mais voilà, la démocratie exprime l’opinion et le choix d’un peuple. Il va falloir faire avec, et voir où va nous mener cette révolution.

Commentaire de l’auteur

le 24 janvier 2006

Les lecteurs du blog râlent.
Je n’écris plus assez…
Lecteurs, je vous ai compris…
Non, je rigole.
D’accord, je blog (blog ? blogue ? blogge ?) un peu moins que d’habitude, moins en tous cas qu’au début de cette aventure.
Ce n’est pas par paresse.
Plutôt par une forme d’usure de l’inspiration, de petite fatigue.
D’abord, écrire n’est pas facile. C’est une vraie souffrance, répétée, que d’aligner ces mots pour qu’ils forment un sens et une idée.
Et là, entre le blog, mes papiers pour AM, mes quelques papiers pour JAI, et ce que je fais pour le fameux roman qui verra le jour, peut-être, maybe…., bref, parfois, je m’épuise…

Et puis, c’est lié à la direction éditoriale du blog. Je suis passé, sans trop m’en rendre compte, à une forme de journal assez spontané sur l’actu du monde, des gens, et parfois la mienne, à quelque chose de beaucoup plus éditorialiste. C’est ce que je fais déjà pour AM.
Et puis franchement, on ne peut pas éditorialiser tous les jours…
Donc voilà, il faut que je revienne vers une écriture plus quotidienne, plus spontanée, plus carnet.

Palestine et démocratie

le 24 janvier 2006

Voilà, les Palestiniens votent pour leur Parlement.

Élection surréaliste pour un peuple sans État et sans capitale, pour un peuple occupé depuis près d’un demi-siècle, un peuple dispersé aux quatre coins du monde et du Moyen-Orient.

Élection cauchemardesque où l’occupant rend la tâche de l’occupé pratiquement impossible. À Jérusalem, voter relève de l’exploit héroïque. En Cisjordanie, il faut lire un véritable traité de mille pages pour savoir comment les urnes passent de zone A (souveraineté palestinienne) en zone B (souveraineté partagée), ou passent à travers le mur.

Élection complexe où l’occupant s’inquiète d’une éventuelle victoire de ses ennemis (le Hamas) tout en passant son temps à affaiblir ceux avec qui il pourrait négocier (le Fatah, Mahmoud Abbas, l’Autorité palestinienne…).

Élection philosophique, aussi : l’islamisme militant est-il soluble dans la démocratie ? Que faire du Hamas ? L’interdire d’élection ? Mais alors, est-on encore en démocratie ? Vaut-il mieux marginaliser le Hamas ? Ou l’intégrer au pouvoir ?

Élection à l’image de la situation ubuesque de la Palestine, où la tête de liste du Fatah, Marwan Barghouti, est en prison en Israël. Condamné à la prison à vie pour terrorisme…

Mais malgré tout, élections quand même, relativement libres, relativement transparentes, avec une vraie compétition. Des élections rarissimes dans le monde arabe moderne.

Et ce sont les Palestiniens, occupés, épuisés, divisés, tiers-mondisés, qui mènent cette aventure.

Chapeau !

Côte d’Ivoire, suite et pas encore fin…

le 19 janvier 2006

Les derniers événements de Côte d’Ivoire.
Malgré la tension, je continue à penser que nous sommes en sortie de crise (voir le blog en date du 5 janvier ou le dernier JAI).
Simplement, certains montrent leurs muscles avant l’ultime ligne droite. Le président Gbagbo ne veut pas se retrouver totalement nu, sans pouvoirs, à la merci de ses adversaires, de son nouveau Premier ministre, Charles Konan Banny, et sans avoir, au moins, le contrôle d’une assemblée nationale pourtant défunte.
Alors, il montre sa capacité de nuisance.
Il montre qu’il demeure incontournable et que l’on ne fera pas la paix, ni les élections, sans tenir compte de ses exigences. C’est une tactique qui vaut ce qu’elle vaut. Avec cette stratégie de la rue et de la force, Gbagbo existe, mais il est de plus en plus isolé.
Et de toute façon, sur le fond de la situation, rien ne change.
Un, la majorité des Ivoiriens sont épuisés, fatigués, et ils veulent passer à autre chose.
Deux, la communauté internationale et l’Afrique imposeront le calendrier, électoral ou non, de sortie de crise.
Trois, la très grande majorité des candidats potentiels veulent ces élections, car ils pensent pouvoir les gagner.

Ne l’abandonne pas !

le 11 janvier 2006

Je dois rendre hommage à la ténacité d’une personne du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) à Abidjan. Alexandra connaît visiblement son boulot. Elle voulait un papier sur le blog, elle n’a pas lâché son journaliste…
Elle a eu raison.
Et j’aurais dû le faire plus tôt.

Il s’agit de soutenir une belle initiative, la sortie d’un album deux titres du chanteur ivoirien Fadal Dey, alias Ibrahim Koné, c’est-à-dire l’autre reggae man du pays en dehors d’Alpha Blondy et de Tiken Jah.

Le CD est sorti en décembre dernier, dans le cadre de la journée mondiale de la lutte contre le sida. Le chanteur a travaillé gracieusement et c’est le PNUD qui a produit l’album. Les deux titres s’intitulent « Ne l’abandonne pas » et « La Lucha continua ». L’ensemble constitue un appel courageux pour que l’Afrique ne se détourne pas de ses séropositifs, ne les jette pas dans le ghetto. Je dis courageux, parce que beaucoup de musiciens préfèrent éviter le sujet. Les fans n’aiment pas ces histoires de sida, le sida ne fait pas vendre, il effraye, il tue…
Et donc merci à Fadal Dey de s’être engagé.

Si je fais la promotion de ce travail, ce n’est pas uniquement grâce à la persévérance de notre amie du PNUD-Abidjan.

C’est aussi un moyen de rappeler à nous tous que le sida en Afrique c’est plus de 25 millions de séropositifs. Que la plupart de ces séropositifs n’ont aucun moyen d’accéder aux soins ou aux trithérapies. Que la très grande majorité de ces séropositifs sont donc condamnés à mourir. La plupart sont aussi rejetés par des sociétés qui refusent d’admettre la terrible réalité de cette maladie.

Chaque année, en Afrique, on dénombre trois millions d’infections supplémentaires.

Chaque année, en Afrique, plus de deux millions de personnes meurent du sida.

Il faut répéter ces chiffres, penser à chacune de ces vies brisées, se battre chacun à son échelle, pour freiner, ralentir ce cataclysme silencieux.

Prisonniers et maîtres du monde

le 10 janvier 2006

Comme certains d’entres vous ont pu le constater, nous avons un léger souci avec le blog.
Un élément mystérieux, un bug, un quelque chose d’indéfinissable, un cour circuit numérique, un « blip », bref, un truc qu’on ne connaît pas a décidé de ne plus laisser apparaître les post du début janvier.
Aux yeux du monde extérieur, mon blog s’est arrêté fin décembre.
Sauf, si ce texte passe.
Ce qui n’est pas sûr.
Mais je ne le saurai qu’en essayant.
En attendant, Sébastien, notre webmaster, s’arrache les cheveux…
Laisse-moi réfléchir me dit-il, je ne comprends pas ce qui se passe.
Pointe d’énervement dans sa voix.
Et puis tous ces gens qui me dérangent…
Ok, ok.

Et encore, là, il ne s’agit que d’un tout petit site.
Maintenant, imaginez l’aéroport de Roissy, ou celui de New York, où le système qui contrôle l’approvisionnement en électricité de la France, ou bien encore le système qui gère les paiements par cartes de crédit, ou celui qui gère les virements et les paiements internationaux, ou bien encore le réseau qui fait fonctionner votre téléphone portable…
L’humanité est devenue totalement dépendante à l’informatique. Entièrement « accro », sous drogue. Toute notre civilisation industrielle est désormais appuyée sur une succession de 1 et de 0, une succession binaire, immatérielle, mystérieuse, qui court à travers des millions de kilomètres de câbles, d’ordinateurs reliés les uns aux autres, et qui fait tourner le monde …
Le moindre bug, le moindre dérèglement, la moindre panne, et tout le bataclan risque de s’arrêter.
Lorsque j’étais aux Etats-Unis, à la fin des années quatre-vingt, il y avait déjà un cours à Harvard qui s’appelait « Les Grands Systèmes ». Pour le prof, la définition d’un grand système était un système inventé par les hommes, mais dont le contrôle finit par leur échapper.
Exemple typique de « grand système » : le trafic aérien. Personne ne peut aujourd’hui modifier un des paramètres du flux aérien quotidien sans créer de véritables réactions en chaînes qui ne sont pas contrôlables…
Je ne veux pas faire dans la science-fiction (les aficionados se rappelleront au cinéma la série des Terminator…), mais la révolution numérique est venue accroître encore plus la puissance des grands systèmes.
La civilisation numérique va faire de nous à la fois les prisonniers et les maîtres du monde moderne.

Côte d’Ivoire, la paix par épuisement

le 5 janvier 2006

J’ai une partie de moi-même attaché à la Côte d’Ivoire, à Abidjan.
Je n’y suis pas retourné depuis près de cinq ans.

Mon premier voyage au sud du Sahara, j’avais quinze ans peut être, c’était à Abidjan, invité par un ami de mon père, Serge Guetta. Je me rappelle de sa grande maison de Cocody, de l’ambiance débridée et chic de la ville, de la lagune où brillait les gratte-ciels de l’âge d’or du cacaco, de la piscine de l’Ivoire, de la patinoire aussi et de la fille de l’ambassadeur de France dont j’étais tombé complètement gaga. Elle était magnifique, un peu froide, elle ne me regardait pas beaucoup, mais je crois que j’avais réussi à l’amener au ciné (encore à l’hôtel Ivoire…).
Je suis retourné plusieurs fois en Côte d’Ivoire.
J’ai même été amoureux une deuxième fois, avec plus de succès, quelques années plus tard, d’une remarquable jeune femme libano-ivoirienne.
J’ai connu Abidjan sous l’émeute, en 1992 je crois, traversant la ville à pied, sans me rendre compte vraiment des dangers.
J’ai connu Houphouët, qui m’a reçu une fois, déjà très vieil homme, dans son hôtel particulier de la rue Masserand, à Paris.
J’étais très ami avec Alassane Outtara, dont je pense que c’est l’un des Ivoiriens les plus brillants de sa génération.
J’ai vu deux ou trois fois Bédié, trop tranquille, inconscient des dangers et des orages.
J’ai connu Abidjan lors du coup d’État de Noël, ville comme libérée, un peu hagarde et ivre, me précipitant dans le bureau provisoire du chef de la junte. On a fait ce un scoop ce jour-là pour AM, en trouvant les trois sous-officiers qui avaient monté l’affaire…
J’ai revu le général Gueï, plus tard, aveuglé par le pouvoir, lors d’un déjeuner surréaliste au palais de Yamoussoukro, celui d’Houphouët, en 2000.
J’ai discuté, une fois, mais assez longuement, avec Gbagbo, qui ne me porte pas dans son coeur semble-t-il, lors d’un sommet à Dakar.
J’ai aussi un ami très proche qui vit à Abidjan et que je ne vois pas assez souvent.

Bref, j’ai la Côte d’Ivoire au coeur.
Et pour la première fois depuis des années, je crois que l’on peut faire preuve, raisonnablement, d’optimiste. La crise va se dénouer, d’une manière ou d’une autre dans les 12-18 mois.
Pourquoi ?

Un, les partenaires occidentaux, les bailleurs de fonds, la France, les Etats-Unis… n’iront pas beaucoup plus loin que leur délai d’un an pour l’organisation d’une élection. Les élections auront donc lieu, avec les principaux candidats. Et si elles n’ont pas lieu, on peut s’attendre à un choc institutionnel type « coup d’Etat », à un « renversement à la mauritanienne » du régime qui viendrait de toute façon changer la donne.

Mais je crois que les élections auront lieu et que la Côte d’Ivoire echappera à un énième putsch :

Les Ivoiriens, quel que soit leur camp, sont fatigués. Ils ont besoin de paix.

Les cadres, les chefs de la rébellion et des forces nouvelles, le premier d’entre eux en particulier, ont envie de réintégrer la vie politique et diplomatique du pays, prendre des postes, se préparer à un destin…

Enfin, les trois principaux candidats de la future présidentielle, Laurent Gbagbo, Henry Konan Bédié et Alassane Ouattara sont tous trois persuadés de pouvoir l’emporter à la quasi régulière. C’est ce qu’ils disent, en tous les cas, à leurs visiteurs, à leurs proches.

Bref, la paix peut se faire, parce que les principaux acteurs majeurs de la crise ont compris qu’ils n’ont plus grand-chose à gagner d’une situation de semi-guerre civile.

Sharon et l’histoire déja écrite…

le 4 janvier 2006

Je ne reviens pas sur le passé. Ni sur ce que pensent beaucoup d’entre nous d’Ariel Sharon. Je m’intéresse juste, pour une fois, à la politique intérieure israélienne.

Beaucoup d’observateurs estiment que les élections israéliennes, prévues en mars prochain, sont d’ores et déjà pliées en faveur de l’actuel Premier ministre Ariel Sharon. Ils n’ont pas entièrement tort. Sharon a prouvé que c’était un homme politique particulièrement habile. C’est un général comme les Israéliens les aiment, un homme à poigne, qui a su céder l’accessoire (Gaza) pour garder l’essentiel (Jérusalem et la Cisjordanie), qui a su détruire et diviser ses ennemis travaillistes (défection de Shimon Pérès), qui a su détruire son propre parti (le Likoud) pour devenir le seul roi en son royaume.

Ceci étant dit…

Sharon est de santé très fragile. C’est un monsieur qui approche les 80 ans. Il a déjà eu, au cours des dernières semaines, un « léger » accident cardio-vasculaire, plus une « petite » opération du coeur… À son age, rien n’est « léger ». Personne n’est à l’abri.

Sa candidature risque d’être fortement plombée par un scandale de pots-de-vin lié au financement de sa dernière campagne électorale. Son propre fils, Omri, risque d’aller en prison. Le scandale est tel qu’il pourrait emporter cette nouvelle campagne, surtout si le candidat paraît de santé fragile. Pour ceux que cela intéresse, allez sur Google, section actualités et tapez, « sharon », « scandale ».

Enfin, le nouveau leader travailliste, Amir Peretz, n’est pas encore totalement entré en campagne. D’après le patron d’un grand quotidien de gauche de Tel-Aviv, voilà le futur Premier ministre. Et il ne faudra pas le sous-estimer. C’est un homme qui va parler au petit peuple d’Israël, aux démunis, aux victimes de la crise économique, qui sont beaucoup plus nombreuses que l’on croit. Son discours de gauche va bien au-delà des Sépharades. Il parle au monde ouvrier ashkénaze, aux Falashas, aux « Russes » revenus du miracle de l’Alia.

Cet homme, qui pourrait être le premier Sépharade à devenir Premier ministre d’Israël, né de surcroît dans le monde arabe, pourrait révolutionner l’approche du problème israélo-palestinien. En tous les cas, aujourd’hui, c’est le seul homme qui parle encore d’une paix globale.

Bref, pour Sharon, ou pour qui que cela soit, l’histoire n’est jamais écrite d’avance.

Juste pour finir, une anecdote que l’on raconte dans les milieux branchés de gauche israéliens. Cela se passe dans un salon, justement. Deux grands observateurs de la vie politique israélienne discutent.
Le premier : Nous avons besoin de l’Amérique. Nous avons besoin d’elle pour garantir notre sécurité. Amir Peretz ne parle pas l’anglais. Si il est élu, comment pourra-t-il parler avec G W Bush ?
Le second : ce n’est pas grave. Bush non plus ne parle pas l’anglais…