Tanger, au bout du monde

le 27 février 2006

Une ville grise et froide, à la confluence de l’Atlantique et de la Méditerranée.
À la confluence aussi de la pauvreté et de la richesse. À l’horizon, juste de l’autre côté d’un bras de mer à peine large de 14 km, c’est l’Europe, l’Espagne. Ici, c’est l’Afrique.
Nous sommes sur la frontière la plus inégalitaire du monde.
Au-delà de la mer, un revenu moyen de trente mille dollars par an et par habitant, qui a doublé depuis vingt ans. De ce côté-ci, un revenu aux alentours de 3000 dollars. Qui stagne.
Tanger, ville portuaire, de fracture, une sensation d’être au bout du monde. Une ville de dockers, de loubards, de filles d’argent, de gars désespérés prêts à tout pour traverser.
Le mythe, celui de Paul Bowles, celui de la ville internationale s’est évaporé. L’hôtel El Minzeh, ouvert comme un palace en 1930, est devenu un caravansérail toc pour touristes espagnols et américains en mal d’Orient facile. Et quand on regarde les montagnes qui entourent la ville, on pense à ces voyageurs de la misère qui ont traversé le Sahara à pied, pour échouer ici. Impossible de reculer et souvent impossible d’aller plus loin.
Dîner par hasard avec le consul de France, justement à l’hôtel. Le bonhomme n’est pas facile. Il a bourlingué, il est bien à droite, bien réac, conservateur, pas beaucoup d’affinités, ni avec l’Afrique ni avec le Maroc. Sensation de malaise.
Hassan II dit-on n’aimait pas cette ville de rebelles. Mohammed VI lui s’y intéresse. Y vient régulièrement.
Mais pour le moment, la jet-set marocaine préfère les plages de Cabo et de Marina Smir, sur la Méditerranée
Tanger, pour le moment, c’est le port de la détresse.

Un autre monde arabe

le 24 février 2006

Voilà, j’ai de nouveau pris un avion.
Disons que je n’ai pas beaucoup de chances avec le soleil, en ce moment.
Je suis au Maroc, à Casablanca, et il tombe des trombes d’eau…
Je râle. Embouteillages, inondations… Mais je n’avais jamais vu le royaume aussi vert. Et puis les gens sont contents, il y a de l’eau.
Donc, je me tais, j’accepte. Je souris, même. L’eau, c’est vital. C’est une source de vie, de richesses. Je me suis senti stupide avec mes snobismes météo de parisien.

Je pars à Tanger demain, enregistrer une émission de TV5 (Kiosque). Je vous tiens au courant.

En attendant, en avant-première pour les lecteurs du blog, un texte qui ne passera dans Jeune Afrique que la semaine prochaine…
J’étais dans l’avion, je cherchais une idée, je lisais les journaux…
Et puis j’ai eu envie d’écrire ça.
Parce que j’y crois.
Donc :

Un autre monde arabe

On pourrait s’arrêter à ces images là, celles de foules hystériques qui brûlent des ambassades, celles d’intégristes qui travaillent les masses au corps en attendant le grand soir, celles des bidonvilles de la misère qui ceinturent les villes de la bourgeoisie assiégée, celles de gouvernements souvent inefficaces. On pourrait s’arrêter à ces images d’une arabité rétrograde, empêtrée dans son sous-développement, dans ses contradictions, sa violence. On pourrait juste accepter ce raccourci, presque cette caricature, que nous servent souvent, avec complaisance, les grands médias occidentaux.

On pourrait s’arrêter à ces images parce qu’elles ne sont pas entièrement fausses. Mais elles masquent une autre réalité, que l’on ne peut pas encore mesurer avec des statistiques. Ou des reportages formatés. Comme le reste du monde, même avec retard, le monde arabe est entré dans la modernité. Ce n’est que le tout début du cycle, d’une immense évolution, il y aura des échecs, probablement de la violence, mais la tendance est irréversible. Je l’ai senti, malgré les images, les caricatures, les islamistes, la guerre en Irak et en Palestine, malgré la tentation du repli, lors de mes derniers voyages, au Maghreb, en Egypte, dans les pays du Golfe. On sent des populations ouvertes aux bouleversements de la planète, à l’Internet, au savoir, qui ont envie d’élire, d’écrire, de participer. Ils sont arabes, nationalistes, mais ils ont en marre d’être pauvres. Ils ont en marre qu’on leur raconte n’importe quoi. On rencontre de multitudes de gens, jeunes ou moins jeunes, riches et moins riches, qui veulent plus de démocratie, plus d’état de droit, plus de justice. Qui veulent que leurs enfants soient éduquées, soignées. Avec ou sans le voile, l’idée de l’égalité homme/femme progresse. Des juges, des journalistes prennent des risques. L’idée économique, celle de l’impératif du développement et de la croissance, s’impose. Des entreprises, des patrons veulent entrer dans la globalisation. Après tout, une société de Dubaï tente d’acheter des ports aux Etats-Unis. Après tout, la télévision Al-Jazira n’est pas uniquement celle de l’internationale islamiste. On peut tout y entendre, dans un exercice assez incroyable de liberté d’expression. Et en Egypte, les journaux dénoncent l’incurie de l’administration et du pouvoir. Et le Maghreb survit, progresse, il s’enrichit. Et un peu partout, de Casablanca à Amman, en passant par Tunis, une nouvelle génération, qui surfe sur le net, qui blogue, qui veut voyager, tente elle aussi d’échapper aux pesanteurs…

Et les Islamistes alors ? Ils représentent une sensibilité incontournable. Mais ils subiront la même évolution, s’ils veulent participer au pouvoir, à la société, et d’une manière générale au monde de demain. Beaucoup d’entre eux se sont déjà désolidarisée du benladenisme et de la révolution djihadiste. Le Hamas palestinien devra répondre à l’exigence de ses électeurs tout en se faisant accepter par la communauté internationale. Si tout va bien, sous l’effet conjugué de la croissance économique, des évolutions sociales et de la mondialisation, les islamistes devront d’une manière ou d’une autre se « turquifier » pour exister.

Je sais, tout cela peut sembler surréalistiquement optimiste. Mais je suis sûr que les Arabes ne sont pas condamnés à la décadence éternelle. Ils peuvent reprendre leur chemin, tout en étant différents, tout en assumant leurs spécificités culturelles, religieuses, politiques. Ils peuvent être modernes tout en ayant une opinion et un engagement sur la Palestine et l’Irak…

Un dimanche à Paris

le 19 février 2006

Les nuages touchent presque le sol. Une pluie froide glace le décor.
Un léger mal de crâne, souvenir du dîner très arrosé d’hier soir, chez un de mes meilleurs amis, presque un frère.

Je me lève, à deux à l’heure.
Je zappe la télévision.
Je fais semblant de ranger le désordre ambiant de mon chez-moi.
J’essaye de lire. De la presse sérieuse.
Je me dis que ce serait bien d’écrire le papier que je dois écrire, pour éviter un bouclage infernal demain et mardi.
Non, finalement la télé c’est pas mal.
Non, finalement la télé m’emmerde.
Je sors.
Sensation d’un frigidaire qui fuit. Depuis quand dure l’hiver ?
Je roule en voiture. Je fais le tour des librairies ouvertes le dimanche, la Hune, à Saint-Germain-des-Prés et chez Smith, rue de Rivoli.
Je mets la musique à fond dans la voiture.
Des trucs cool, dance, qui font voyager à bas prix.
« It’s the love generation… »
Bob Sainclar (comment s’écrit le nom d’un DJ ?)

Et puis là, sur le pont Alexandre III, puis place de la Concorde, spectacle de cette nouvelle tradition parisienne, les convois de mariages et les couples qui se font photographier devant l’obélisque ou devant la Seine. Je crois que ce sont les Chinois de Paris qui ont lancé cela, et maintenant tout le monde s’y met.

Les grandes limousines se garent. Des couples en tenue de gala, smoking, robe blanche, sourient, face aux embruns et dans la tempête, le vent souffle, la pluie inonde tout, mais eux, ils sont heureux, il pourrait faire moins quinze que cela ne changerait rien…

C’est comme un petit rayon de soleil qui éclaire la capitale…

Le blog de l’émigrant

le 16 février 2006

Il y a un nouveau concept en France, c’est celui « d’immigration choisie ».
On ne subit plus (sous-entendu la horde des pauvres qui se bousculent à nos frontières…).
On fait une sélection (genre boîte de nuits jet-set). On va prendre ceux dont on a besoin, qui sont intelligents, qui ont fait des études. Et juste pour un certain temps. Et les autres, qu’ils restent (crèvent) chez eux.

Celui à qui l’on aura accordé l’immense privilège de venir travailler en Gauloisie, devra prouver qu’il sait parler la France, qu’il ne veut pas être polygame, et que non, vraiment, il va pas mettre le feu aux banlieues avec les autres racailles…

C’est du Nicolas Sarkozy, inspiré par les thèses américaines de la droite conservatrice. Un peu caricaturé, je le reconnais.

D’une certaine manière, j’aime bien Sarko, il a du tempérament, de l’ambition, de la force, de l’énergie et de la résistance. C’est un battant, et c’est devenu une qualité assez rare dans la classe politique française, momifiée dans les privilèges et les certitudes.

Mais à force de volontarisme, Sarko simplifie tout.

Un, l’immigration choisie est une calamité pour les pays en développement. Porté à son extrême, le concept consiste à draîner les pays pauvres de leurs faibles ressources humaines. Et à laisser les « analphabètes » se débrouiller entre eux, dans le désert. Les pays pauvres n’ont pas besoin d’exporter leurs travailleurs qualifiés ou leurs étudiants les plus doués, au contraire. Ils en ont tragiquement besoin. Par contre, ils ont une force de travail peu ou pas qualifiée qui est prête à tout pour passer les frontières de l’Occident.

Deux, sur cette question, les Américains conservateurs sont des hypocrites. Il entre, chaque année aux États-Unis, autant ou presque d’immigrants légaux que d’immigrants illégaux. Ce n’est pas entièrement par hasard. Ces immigrants illégaux font les sales boulots agricoles ou manufacturiers. Par leur nombre, ils maintiennent la pression vers le bas sur les salaires, au grand profit des entreprises américaines. Tout le monde s’y retrouve…

Trois, tout cela ne répond pas à la question démographique. On estime que l’Europe devra « importer » une cinquantaine de millions de personnes dans les 25/30 ans à venir, pour maintenir sa démographie, et l’équilibre entre les actifs et les inactifs. S’il faut « choisir » cinquante millions de personnes…

Quatre, j’aimerais que l’on m’explique comment on peut à la fois défendre la mondialisation, l’ouverture des marchés, la disparition des frontières pour les marchandises et les capitaux, la multiplication des sources de savoir, de l’Internet à la télévision par satellite, tout en disant à la grande majorité de la population de la planète : « Désolé, mais vous, vous devez rester derrière les murs prisons de votre pauvreté. Impossible de sortir, vous pouvez juste regarder le progrès… »

L’immigration choisie, c’est de la poudre aux yeux pour électeurs traumatisés. L’émigration et un phénomène vieux comme l’histoire du monde. Les hommes ont de tout temps cherché à vivre mieux. Aujourd’hui, les pauvres savent : ils savent ce qu’ils peuvent obtenir ailleurs. Ils n’ont qu’une seule vie, et rien ne les empêchera de tenter de passer murs et frontières.

Sur cette question, émigration-immigration, nous ne sommes qu’au début d’une très grande affaire pour la planète.

Critiques…

le 15 février 2006

Je suis sensible à deux critiques.

La première, c’est que je ne m’occupe pas assez de mon blog, que je n’écris plus assez. On en a déjà parlé. C’est vrai et faux à la fois. J’écris différemment, moins spontanément qu’au début, de manière plus éditorialisante et donc la production diminue.

Donc, correction. J’essaye de revenir à une attitude plus directe.

Mais, parfois, je n’ai rien à dire. Sorry. Je suis vide, sec, pas une idée qui tienne la route, pas une sensation à faire partager… Juste envie d’aller me boire un verre (ou deux ou trois) et de regarder un match de foot à la télévision.

Parfois aussi, je suis en forme et j’ai envie de faire autre chose que d’écrire, Pas envie d’allumer l’ordi, d’aligner les mots, de trouver leur logique, leur cohérence….

Parce qu’écrire, un blog, un article, une lettre, un livre, une encyclopédie, écrire quoi que cela soit, c’est une vraie petite souffrance, un acte d’accouchement répété (je sais, lapsus volontaire).

Deux, je ne réponds jamais aux commentaires qui m’interpellent. C’est vrai. Ce n’est pas une question de piédestal (comme j’ai lu quelque part dans un commentaire récent). Je ne vois pas bien comment je pourrais faire autrement. Question de temps et d’énergie. Si je réponds à l’un pourquoi pas à l’autre ? Mon idée, c’est de ne pas être l’unique auteur de cet espace. Je veux que vous soyez les co-auteurs, que vous réagissiez les uns par rapport aux autres. Et je trouve que cela marche plutôt bien.

Mais, je vais essayer. Voir ce que cela donne. De répondre. Parfois…

Ah, au fait, un message pour Nouvelle : non, je ne suis pas « cintré » au point d’aller chercher des adresses IP au coeur du serveur pour savoir qui se cache derrière les pseudos. Je n’ai aucune idée d’ailleurs de comment on « entre » dans un « serveur », (ça me fait penser à Stanley Kubrick, 2001 l’odyssée de l’espace), ni comment on trace une adresse IP… Non franchement, tout ça pour moi, c’est de l’algèbre, du grec, et j’ai toujours été nullissime dans les deux matières…

Et en plus, je trouve beaucoup plus fun (j’allais dire plus sexy) d’essayer de découvrir tout seul les gens que je connais cachés derrière leurs pseudos (et qui laissent quelques indices).

Amours, toujours

le 14 février 2006

On roule, et parfois le regard s’arrête sur une affiche.

Sur les murs de Paris, de la pub, des femmes superbes, très dénudées, dans des positions très suggestives, mais toujours classy, pas vulgaire. C’est très sexy, érotisant, c’est fait pour vendre des culottes, des soutiens-gorge, des dessous chic et très sexy. Et probablement assez cher…

Bon évidemment, c’est la Saint-Valentin.
La Saint-Valentin, fête des amoureux.
Et donc, d’une certaine manière, la fête du cadeau suggéré qui vous mène dans une boutique, la carte bleue à la main…
La Saint-Valentin, jolie fête du capitalisme, comme la fête des mères et celle des pères.

Bon, c’est pas très grave. C’est l’époque.
Disons que ça devrait être la Saint-Valentin tous les jours.
Love pour tout le monde, 365 jours par an.

Impressions cairotes (suite)

le 12 février 2006

Il y a cette ville immense, polluée, sale, chaotique, peuplée de 17, 18, 19, 20 millions d’habitants, personne ne sait. Cette circulation non stop, jour et nuit, sans feu rouge, ni feu vert, tous les klaxons bloqués, cette masse de gens à pied, en voiture, à dos d’âne, en carrioles, cette mégalopole, où tout semble vieux, lézardé, déglingué, à part, peut être, une/deux tours, deux ou trois nouveaux hôtels de luxe pour accueillir la masse des visiteurs fortunés.

Le Caire est à l’image de l’Egypte : immense, fière, paralysée, comme engoncé dans son histoire, incapable de changer, fataliste et pauvre, très pauvre.
Les salaires ici dépassent rarement, pour l’immense majorité des gens, 100 euros par mois.
Il faut rouler en voiture pour mesurer l’immensité de cette cité, son côté désespéré, invivable.
Il faut marcher à pied pour sentir l’identité de la ville, écouter les interminables palabres, la musique, la chaleur des gens, mesurer la détresse et la misère. Il faut marcher à pied pour voir que le voile couvre la plupart des femmes, mais qu’a tous les ponts, dans tous les jardins, on roucoule, on se touche les mains, on se séduit les yeux dans les yeux et que l’on s’embrasserait presque…

Je voudrais aussi vous parler des pyramides, véritables défis des humains à la mort et au temps. Je voudrais aussi vous parler du visage d’or immobile de Toutankhamon, de la momie de Ramsès II, figée dans l’éternité, corps asséché, pathétique et immortel.
Je voudrais vous parler de ce musée du Caire, gigantesque, magnifique et phénoménal capharnaüm, où rien ne semble avoir changé depuis un siècle…

J’arrête. Ce clavier oriental me rend hystérique…
Sorry pour les quarante-deux mille fautes que je corrigerais en rentrant.

Un message du Caire

le 11 février 2006

Désolé d’avoir disparu… Je suis au Caire, ville folle, immense, en ébullition, apres la victoire des Egyptiens en Coupe d’Afrique des nations. Mon ordi est en panne. Les claviers du business center de l’hôtel sont en arabe, les touches ne correspondent à rien, en ce qui me concerne. De là où je suis, j’entends le souffle de la mégalopole, bref, un autre monde…
Je reprends la parole lundi, je vous raconterai.

Les caricatures et le chaos

le 6 février 2006

J’étais en Tunisie ce week-end. J’ai vu des gens qui ne sont pas des allumés, des agités.

Mais tous ont été choqués par l’affaire des caricatures du prophète. Cette histoire me laisse stupéfait. Elle est à l’image de notre époque : chaotique. Elle échappe à la raison. Elle ne profite qu’aux extrêmes de tous les bords.

Je suis journaliste, éditeur, je gère la censure tous les jours. Comment peut-on invoquer le concept de liberté de la presse dans cette affaire ? Comment des intellectuels, des défenseurs de la liberté d’informer peuvent-ils se mettre du côté de ces caricatures ? J’ai vu ces dessins. Ils sont stupides, agressifs, l’un d’entre eux représente le prophète Mohammed comme une sorte de terroriste avec une bombe sur la tête. Ces dessins s’attaquent au sacré et défigurent l’islam. Le simple bon sens aurait été de ne pas les publier. Que l’on caricature le cheikh bidule ou l’ayatollah machin, soit. Ou le rabbin truc, ou l’archevêque chose. OK. Mais où est la liberté et l’intelligence dans le fait de s’attaquer au prophète des musulmans. Où serait l’intelligence de s’attaquer à la personne du Christ, ou à celle de Moïse, ou à celle d’Abraham ? On peut et on doit réfléchir à leurs vies, à leurs rôles, à leurs importance politique et religieuse, mais pourquoi défigurer le sacré ?

Il n’y a pas de liberté absolue. Toute liberté s’arrête où commence celle des autres. Admettons que ces dessins soient des « caricatures ». Ces caricatures offensent au plus profond de leur croyance un milliard d’êtres humains. Pourquoi exiger de ces gens, des musulmans du monde, qu’ils aient le même regard sur la religion, sur la laïcité, sur le sacré, que les Européens, ou plutôt que quelques Européens ?

Et puis, franchement, d’où vient cette affaire ? D’un petit pays, le Danemark, certes officiellement très libéral, mais où les partis d’extrême droite font des scores énormes que personne ne trouve scandaleux. Un petit pays où la peur de l’étranger, de l’islam, des autres, se traduit par une législation sur l’immigration quasiment stalinienne. Un(e) citoyen(ne) danois(e) qui épouse un(e) étrangèr(e) doit quasiment aller vivre ailleurs…

Et puis, franchement, à qui profite toute cette histoire ? Pourquoi une telle violence dans la réaction ? En quoi des foules surexcitées qui brûlent des consulats et des drapeaux, qui saccagent tout sur leur passage, en quoi ces foules représentent-elles cet islam moderne et tolérant que l’on cherche à défendre ? À qui profite toute ce chaos, sinon aux islamistes et aux derniers tenants du national-baassisme ratatinés par l’histoire ? Où sont-ils ces bonnes consciences quand des soi-disants musulmans enlèvent et tuent des civils, font sauter des voitures piégées, ou se transforment en bombes humaines au nom de Dieu ?

Qui paye les pots cassés de cette « caricature » ? Comme d’habitude, les démocrates, les modernistes, ceux qui veulent que le monde arabo-musulman échappe enfin à ces cercles vicieux de la violence.