Première et dernière carte postale

le 22 août 2006

Bon, il faudrait que je sorte de mon apnée estivale.
Tout doucement, pour ne pas se faire mal.
Il faudrait que je me détache lentement de cette mer et de ce pays
Que je me laisse porter tout doucement vers Paris…

(Je sais, je sais, elles sont un peu faciles ces rimes…)

J’étais dans la petite ville des Limam tout à l’heure, dans un lieu à la fois si proche et à des années lumière de mon monde à moi. Mes cousins, cousines, mes oncles, mes tantes, ce petit bout de terre où poussent quelques orangers qui m’appartiennent grâce au hasard des histoires familiales et des tragédies de la vie. Je regarde les arbres et je me sens tout à la fois enraciné dans cette terre et si loin d’ici. Je regarde mon oncle, un vieux monsieur qui n’a pas l’air de souffrir de l’inexorabilité du temps qui passe. Je me rappelle qu’il m’a beaucoup aidé quand j’étais un gosse un peu perdu et, en le regardant, je me dis qu’il y a des vies qui ont été vraiment vécues et qui ont un vrai sens. Je l’aime vraiment. Je ne sais pas très bien comment lui dire tout cela.

Hier, j’étais à la plage et j’étais heureux, heureux de ce goût de sel, du vent dans les cheveux, des amis qui sont là et qui rient avec moi. Impression d’un petit bonheur furtif dont il faut jouir avant qu’il ne vous échappe. Sur la plage, le quotidien en français, étonnamment ouvert à la page des annonces de décès. On s’en fiche, on ne regarde pas, nous, ici, on est vivant…

Avant-hier, je regardais Am, le magazine, mon magazine. Et en le feuilletant, je me dis que ça aussi ça vaut la peine. Il faut continuer. En mieux.

J’essaye de ne pas trop regarder la télévision, de lire les journaux, j’essaye de m’extraire de la violence du monde, de la violence et de la bêtise des hommes. Je me fiche de mon égoïsme. J’essaye de me concentrer sur ce qui est bon, ce qui est beau, ce qui a du sens.

Je veux rester surtout sur son sourire et son regard…

Il s’est passé de belles choses pendant ces petites vacances…

La guerre avec des si

le 3 août 2006

Comme d’habitude, et avec un peu d’avance, le post scriptum de JA de la semaine prochaine:

LA GUERRE AVEC DES « SI »

Avec des « si », dit-on, on pourrait mettre Paris en bouteille.
Avec des « si », Israël pourrait gagner la Seconde Guerre du Liban, détruire entièrement l’infrastructure humaine et militaire du Hezbollah, tenir une partie du Sud-Liban, provoquer la constitution d’une force internationale…
Au moment où j’écris ces lignes, tous ces « si » ont l’air très improbables. Et l’équipée guerrière contre le Hezbollah et le Liban souligne surtout les graves défaillances de l’appareil politico-militaire israélien. Une défaillance militaire d’abord, puisque l’une des armées les plus puissantes du monde, soutenue par la logistique américaine, est incapable de réduire au silence une milice de quelques milliers d’hommes, certes motivés, mais sous-équipés. À cent contre un, en quinze jours, en mobilisant ses réservistes, en donnant toute la puissance de feu de son aviation, Israël n’a pas réussi pas à détruire le Hezbollah.
Une défaillance stratégique majeure ensuite, puisque que le Hezbollah, au contraire, a prouvé que l’on pouvait toucher l’intérieur d’Israël par le biais de missiles mêmes rafistolés.
Une défaillance moralen enfin et surtoutn qui fait qu’un État dit démocratique s’arroge le droit de bombarder des quartiers jusqu’au sol, de raser des régions entières, de tuer des civils par centaines, de ruiner un pays…

Tout ça pourquoi ?
Toute cette violence et toute cette douleur pour quel résultat ?

Le Hezbollah sera probablement durablement affaibli en tant qu’organisation, mais les islamistes de tous bords apparaissent comme les grands vainqueurs de l’aventure israélienne. Un peu partout dans le monde arabo-musulman, ils apparaissent comme les seuls capables de s’opposer à « l’impérialisme américain » et au nouveau Moyen-Orient voulu par Washington et Tel-Aviv.

Le rêve des néo-conservateurs américains et des Israéliens de re-dessiner ce fameux nouveau Moyen-Orient relève comme disent les Anglo-Saxons du « wishfull thinking », de la pensée magique. La résistance libanaise n’est pas une fiction. La force des islamistes non plus. L’Irak est un désastre et rien ne prouve que les chiites irakiens ne finissent pas un jour par se retourner contre leurs amis américains. La Syrie a résisté. L’Iran s’impose tous les jours un peu plus comme l’un des maîtres du jeu régional. Et enfin, les Palestiniens sont là, incontournables, malgré plus d’un demi-siècle d’occupation et de répression.

D’une certaine manière, c’est toute la vision israélienne qui est remise en cause par ce nouveau bourbier libanais. La théorie de la dissuasion massive, c’est-à-dire la suprématie absolue d’Israël, sa capacité à écraser n’importe lequel de ses ennemis ne sert à rien. Soixante ans plus tard, six guerres plus tard, Israël est toujours aussi fragile, voire plus fragile. Israël ne peut pas assurer sa sécurité par la force et par les mirages de la supériorité. Le seul chemin, c’est celui de la paix, de la paix véritable, entre égaux, de la paix avec les Palestiniens (y compris le Hamas), avec le Liban (y compris le Hezbollah), avec la Syrie et le reste du monde arabe.

Break apparent

le 3 août 2006

Je suis devant l’écran de l’ordi. Je vais bientôt l’éteindre. Et prendre l’air quelques jours. Prendre la route, littéralement. Descendre vers le sud du pays gaulois. Rejoindre des amis. Avant de traverser la Méditerranée dans quelques jours, retrouver ma plage, mes oranges et mes autres amis.

Mais, bon, je prends l’ordinateur portable avec moi.
Pour rester connecté. À vous, au monde, à mon bureau et aux délires de l’Internet.

À tout à l’heure.