Un Vietnam en Irak

le 19 octobre 2006

G.W. Bush a reconnu hier, du bout des lèvres, lors d’une interview télévisée, que la guerre en Irak pouvait s’apparenter peut être, de loin, éventuellement, à la guerre du Vietnam…

Quelques chiffres donc sur ce Vietnam moyen-oriental, des chiffres à la mesure du désastre (retrouvés dans l’excellent Paris Match de cette semaine):

2776 soldats américains tués, à ce jour (le 19 octobre), après 1300 jours et quelques de combats.

Prés de 20 000 soldats américains blessés (chiffre impressionnant, près de 15% du contingent US !).

236 soldats tués, venus d’autres nations de la « coalition », dont 119 britanniques.

6 000 soldats irakiens tués, dont un tiers au cours des neuf derniers mois.

50 000 morts dans les rangs des insurgés /rebelles/terroristes…

2800 attaques terroristes/attentats en 2004.
Plus de 11 000 en 2005. Et la courbe est ascendante.

Entre 100 000 et 600 000 victimes civiles « collatérales » selon les études…

La guerre aura coûté plus de 300 milliards d’euros aux Etats-Unis depuis 2003.

NB : à titre de comparaison même inadaptée (époque différente, condition de combat différente, rapport de forces différent…), les Etats-Unis ont perdu plus de 55 000 hommes au Vietnam.

Visa pour la France

le 19 octobre 2006

Dîner parisien hier avec un ami venu d’Afrique sub-saharienne.
On parle de choses et d’autres.
Du rôle de la France en Afrique, de la concurrence des Chinois, etc., etc.
Les Français sont inquiets. Ils se font tailler des croupières par nos amis chinois.
Mon ami me dit qu’en Afrique, la France est irrémédiablement larguée. C’est une question d’attitude. Les Africains supportent de moins en moins le comportement gaulois, mélange de pingrerie, de cynisme, d’absence de vison politique, de francocentrisme étriqué…
Le pire, me dit-il, ce sont les visas. La politique des visas fait plus de mal que tout le reste. Parce qu’elle touche au symbole et à la dignité.
Il me dit : « Les consulats de France en Afrique sont des lieux d’humiliations permanentes. Il faut faire la queue des heures. L’accueil est désastreux, glacial, méprisant. On vous fait aller et revenir pour le moindre justificatif. Même quand les dossiers sont complets, avec toutes les pièces nécessaires, tous les tampons, tous les justificatifs, l’argent du voyage, le billet aller et retour, les visas sont refusés neuf fois sur dix. Évidemment, on ne rembourse pas les frais de dossier. Des jeunes qui ont des bourses en bonne et due forme ne peuvent plus partir étudier. Les gens vont ailleurs. En Afrique du sud, au Canada par exemple…. C’est même plus facile aujourd’hui pour un Africain d’aller aux Etats-Unis qu’en France… ».
Mon ami me regarde l’air inquiet : « Un jour, il y aura un drame dans l’un de ces consulats. Un type va juste péter les plombs, pour un papier de trop, une remarque de trop, une humiliation de trop… »

Américains, réveillez vous !

le 12 octobre 2006

Pour reprendre une bonne habitude, voici en avant-première le Post Scriptum de la semaine prochaine de JA (non édité).
C’est en quelque sorte un cri du coeur d’un ex-enfant de l’Amérique.
Donc:

Américains, réveillez-vous !

Certains d’entre vous le savent.
J’ai fait une partie de mes études aux Etats-Unis, et je n’ai jamais caché une forme d’admiration, teintée de crainte, pour le dynamisme, la puissance, l’intelligence de ce pays.
Je n’ai jamais caché mon affection, mêlée d’incompréhension, pour les Américains, des travailleurs, des bâtisseurs, des obstinés, des optimistes.
L’Amérique est une très grande nation. Et avec tous ses défauts, l’argent, le clientélisme, les lobbys, c’est aussi une grande démocratie.
En voie d’extinction.
D’où ma consternation. Ma tristesse, même.
Depuis 2000, un pouvoir (très mal élu), nourri par un flux purement idéologique et vaguement religieux, dévoie la démocratie américaine sans que les Américains, ni leurs médias, traumatisés par le 11 septembre, n’aient trouvé la force ou le courage de le remettre à sa place. Les Américains sont comme paralysés, comme sous l’ombre menaçante de Ben Laden et d’une « armée » de djihadistes sanguinaires. Et ils ne voient plus le vrai visage des hommes et des femmes qui les gouvernent, au nom de la liberté et de la civilisation, depuis plus de six ans.

Voilà un pouvoir qui nous impose à tous (Américains et non Américains) une guerre absurde et entêtée contre « le mal », alors que le monde sombre sous le poids des inégalités béantes, d’une globalisation sauvage, des fractures religieuses et culturelles.

Voilà un pouvoir qui a menti sciemment sur les raisons de la guerre en Irak. Un pouvoir responsable de la mort de 100 000 à 600 000 irakiens (selon les études…). Un pouvoir responsable des abus d’Abu Graïb, un pouvoir qui justifie, à mots à peine couverts, l’usage de la torture et des tribunaux d’exception. Un pouvoir dont les équipées militaires ont conduit à la dislocation de l’Irak et de l’Afghanistan, deux pays au bord de la guerre civile. Un pouvoir dont les propres officiers pensent (une fois à la retraite) qu’il a rendu le monde beaucoup plus instable et beaucoup plus dangereux.

Un pouvoir aussi qui espionne ses propres citoyens, écoute leurs conversations téléphoniques à très large échelle. Un pouvoir qui a réduit le Congrès à une simple chambre d’enregistrement. Qui intimide les journaux et les tribunaux. Un pouvoir qui accapare entre les mains de quelques hommes toute la puissance du pays. Un pouvoir qui a fait voter tout récemment une loi absolument liberticide sur « les ennemis combattants » qui permet aux Etats-Unis d’arrêter qui ils veulent, quand ils veulent et où ils veulent, sans justifications et sans recours. Un pouvoir aussi qui se fiche de l’environnement, qui refuse de limiter l’appétit et l’ambition des grands lobbys industriels. Un pouvoir qui rêve de construire un mur fortifié de 1000 kilomètres le long de sa frontière sud, face au Mexique. Qui baisse les impôts des riches, et laisse les pauvres à la rue. Un pouvoir responsable du déficit le plus abyssale de l’histoire des Etats-Unis…
Au secours !
Américains, réveillez vous ! Vous êtes l’Amérique.
Secouez cette chape de peur et d’intimidation.
Vous méritez (et nous méritons) mieux que cela.

Lionel, Sarko et Ségolène…

le 6 octobre 2006

Quelques remarques du vendredi.
Sur la France et les Gaulois.

Un, je me suis trompé sur Lionel Jospin.
Je pensais qu’il pouvait revenir. Mais cet homme ne sait décidemment pas parler aux Français. Trop crispé. Raide. Trop focalisé sur les principes et la morale. Trop hésitant aussi, trop torturé, pas assez sûr de la force de son destin : « Un jour, j’y vais, un jour, j’y vais pas, un jour, je quitte, un jour, je reviens… »
Peut-être trop vieux aussi, trop de cheveux blancs, trop marqué par le temps, trop associé à hier, à Mitterrand, à Chirac. « Has been » pour reprendre une expression qui a souvent fait rage à Jeune Afrique.
Mais je continue à penser que sur un plan purement intellectuel, cet homme se situe à un certain nombre de coudées au-dessus du lot.

Deux, je trouve Sarkozy inquiétant.
Le coté Bonapartiste et populiste, le coté grande gueule.
Il y a quelque chose d’excessif chez cet homme. Il s’attaque à tout et à tout le monde. Tout est « nul », tous les autres sont « nuls » (y compris les magistrats) et lui, semble-t-il, il a tout compris (grâce à l’intervention du Saint Esprit…). Il plane. Il domine. Il parle beaucoup, promet beaucoup, dit beaucoup de conneries aussi. Exemple : « Ceux qui sont contre moi sont contre l’opinion publique ». Eh bien, quelle formidable modestie. Me voici contre l’opinion publique française. Je passe sur les remarques à la hache sur un Zapatero ou un Poutine. Il y a quelque chose de déréglé et de sur confiant en même temps, un côté sur-vitaminé, un peu « dopé », troublant. Et puis, aussi, qu’a-t-il fait, notre super ministre ? Sur l’immigration, sur les banlieues, sur la criminalité, sur la réorganisation de la police, sur tous ces dossiers la situation se déglingue. Les lois et les textes et les effets d’annonces s’empilent, mais les malaises s’installent et les crises s’accentuent.

Phrase terrible lue à son propos dans le Parisien, il y a quelques semaines et signé Emmanuel Todd (le sociologue fondateur de l’idée de « fracture sociale ») : « Les gens oublient que cet homme n’a jamais été capable de se faire élire ailleurs qu’à Neuilly… »

Trois, il y a Ségolène.
Ah… Ségolène Royal…
Excusez-moi (pour le machisme supposé de ce qui va suivre), mais il y a quelque chose d’extrêmement séduisant, de sexy, chez cette femme. Cette manière élégante et glaciale de dézinguer ses adversaires. De liquider avec le sourire les grands barons prétentieux du PS. Cette élégance bourgeoise, tout juste rehaussée d’une pointe à peine visible d’audace. Cette ambition froide, déterminée. Ce regard clair et si dur à la fois. Ces jolies chaussures à talons hauts, cet érotisme calculé, mis en scène, qui fascine les Français.
Il y a un vrai phénomène Ségolène. C’est une femme, elle est jeune, elle incarne une rupture symbolique, une image différente du pouvoir, elle « parle » aux gens, ils se sentent proche d’elle. Elle court-circuite les relais établis, les conformismes…
Mais on aimerait juste que Ségolène nous parle vraiment, au delà du feeling, qu’elle nous parle de contenu, de vision. Qu’elle nous donne une idée de ce qu’elle pense de l’Europe, des relations Nord-Sud, de l’Afrique, des trente-cinq heures, de la modernisation économique, de G.W. Bush, de Guantanamo, des banlieues, des immigrés, etc, etc…
Ségolène ne parle pas.
Pour le moment, on ne voit qu’une formidable ambition, une remarquable machine politique, mais on ne voit pas la chef, la présidente, la leader…