Sarko sur la route (sinueuse) du pouvoir

le 16 janvier 2007

Quelques remarques sur le discours d’intronisation de notre ami Nicolas Sarkozy, dimanche, au congrès de l’UMP.

L’homme sait parler politique. Il sait « entretenir » la foule. Il a une forme de charisme indéniable. Il a « changé », dit-il (plusieurs fois), il est moins raide, il s’est « transcendé », il mute, en quelque sorte, face à l’importance du défi. Il s’élève. C’est un beau discours, écrit, presque lyrique. Il parle de Kennedy, de De Gaulle…
Il y a probablement de la franchise dans tout cela. Sarkozy est un homme intelligent, plus émotif qu’on ne le croit, plus charnel, en quelque sorte, plus humain que son image médiatique pourrait le laisser penser. Il tente de rassembler, de toucher cette stature si complexe à atteindre d’homme d’Etat. Et puis cette sensation aussi que Sarko incarnerait un véritable changement de génération, une rupture moderniste, même de droite.
J’avoue, j’ai presque été séduit…
Et puis non, finalement.
D’abord, ce décor énorme, imposant, glacial, qui écrase. Comme un symbole de l’appétit sans borne du parti qu’il dirige.
Le score aussi, plus de 98% des militants pour sa candidature, ce n’est jamais très bon, ces chiffres staliniens…
Et puis, l’assistance, avec tous les barons de l’UMP au premier rang, cette sensation que ceux qui gouvernent la France depuis des lustres sont tous là, aux aguets, déjà prêts à ratatiner les nouveaux, à se partager les postes, les ministères, et les prébendes. Quelques femmes, rares, reléguées au second rang.
Et puis Sarko lui-même, candidat de rupture, qui pourtant circule dans les années du pouvoir depuis plus de vingt ans.
Sarko, surtout, toujours très à droite.
Je comprends les appels à la responsabilité, à l’audace, j’approuve de faire « gagner » la France qui travaille, les critiques sur le tout-Etat, sur les trente-cinq heures, sur la fiscalité étouffante…
Mais rien ou presque sur la complexité sociale de la France justement. Si peu de choses sur la grande inquiétude des populations les plus fragiles. Rien sur l’angoisse des petits salariés. Un message à la limite du paternalisme autoritaire à l’adresse des jeunes.
Rien sur les cités, sur le karcher, sur l’intégration si difficile.
À cela, on doit ajouter ses positions sur l’immigration (choisie ou interdite), son européanisme frileux, son regard dogmatique sur l’Afrique et le monde arabo-méditerranéen, ses références un peu trop fréquentes à l’extrémisme religieux, ses sympathies pour les milieux de la droite israélienne, ses tentations atlantistes, son refus réaffirmé de l’entrée de la Turquie en Europe…

Sarkozy a du talent.
Il veut être président, il ne rêve que de cela. Il ne fait que cela depuis des années. Il a su dézinguer les chiraquiens, « dessouder » le beau Villepin, marginaliser le président, prendre le contrôle de son parti.
Sarkozy sait ce qu’il veut, sait ce qu’il fera.
Il peut gagner.
Mais je n’aime pas et je ne crois pas à la France qu’il nous propose.

Un blues planétaire

le 8 janvier 2007

Je suis plutôt d’une nature optimiste.
Mais là, j’ai un petit coup de barre…
Je ne sais pas si c’est la pluie, le plafond bas, le mois de janvier (parisien), la lecture des journaux, le zappage de la télévision…
Mais ce matin, coincé dans les embouteillages, je me suis dit : « On est mal barré… Le genre humain est mal barré, cette planète est mal barrée. Tout se déglingue de manière presque inexorable… ».
Trop de choses qui ne vont pas…
L’hyper pollution et le réchauffement climatique
La surconsommation
La faim et le manque d’eau
L’hyper violence
L’hyper égoïsme
L’hyper confessionnalisme
L’hyper inégalitarisme et la multiplication des pauvres
G.W Bush
La toute puissance du capitalisme et des marchés
L’affaiblissement des états
L’affaiblissement des libertés et de la démocratie
La multiplication des conflits
L’Irak, la Palestine, la Corée du Nord, l’Iran, le Cachemire…
El Qaida
La prolifération nucléaire
Les épidémies, le sida, la malaria, le cancer…

Ce qui me frappe, c’est cette sensation « d’inexorabilité », de dislocation lente, cette sensation d’accumulation de facteurs négatifs. Que la machine s’est emballée. Que le monde est devenu trop complexe pour être maîtrisé. Ce qui me frappe, c’est que rien, ni personne, aucun Etat, aucun collectif de responsables, de chefs, de présidents ne semble voir l’ampleur de cette tempête, qu’aucune décision ne se prend pour inverser les tendances ( exemple flagrant, le climat) et que n’émerge aucune notion de communauté humaine.
Pour le moment, le genre humain, suréquipé, surarmé, « sur technologisé » est bloqué à l’âge du chacun pour soi.

Je sais, on s’en est est toujours sorti. Et c’est encore jouable. On peut y croire, mais on aimerait vraiment sentir les prémices du début d’un engagement collectif.

By the way, pour ceux que la futurologie intéresse, je leur conseille de lire le dernier livre de Jacques Attali, « Une brève histoire de l’avenir ». C’est fascinant, déprimant et encourageant à la fois : À la fin, dans un peu moins d’un siècle, il est possible que « l’hyper démocratie » triomphe de « l’hyper conflit »…

Tuer Saddam

le 3 janvier 2007

Saddam Hussein était un dictateur, un chef de clan sans foi ni loi, un pur produit de la violence orientale et irakienne et ses mains étaient tachées du sang de siens. Il a régné près de trente ans par le sabre, il a mené son pays à la ruine, à la guerre, à l’invasion. Et je suis consterné quand je vois des foules, manipulées souvent par des islamistes, transformer le dictateur en héros de la cause arabe, du nationalisme…
Saddam est mort avec un courage indéniable, sans ciller, mais si Saddam est un héros de la cause arabe, c’est que les Arabes ont atteint le fond…

Ceci étant dit, cette exécution est consternante.

Je suis contre la peine de mort. Par principe, par conviction et parce que je crois que le chemin vers la civilisation, c’est justement de renoncer à tuer pour punir. Quel que soit le cas. L’exécution de Saddam Hussein, comme toutes les exécutions, est un déni d’humanité.

Surtout quand l’exécution elle-même relève d’un rituel macabre de vengeance et de haine, d’une mise à mort filmée, complaisamment diffusée sur l’Internet, un jour de fête religieuse, dans la précipitation, un massacre « bâclé », moyenâgeux, des cris dans la salle, des insultes, aucune dignité, un spectacle sinistre à l’image de ce qu’est devenu l’Irak, un pays de violence, de chaos et d’humiliations

Exécuter Saddam, c’est aussi clore une fois pour toute l’enquête sur son règne, sur les complicités, les amitiés, les programmes militaires, nucléaires, sur tous les dossiers où l’ex-maître de Bagdad a joué un rôle déterminant. Tuer Saddam, c’est en quelque sorte, fermer la porte à la justice et éteindre la lumière sur le passé.

Il fallait tuer Saddam, probablement pour sauver ce qui peut l’être encore du nouveau pouvoir irakien. Tuer Saddam pour donner des gages à la majorité chiite. Tuer Saddam, parce que l’Orient est encore et toujours gouverné par la loi du talion.

Mais de cette mort sur ordonnance, rien de bon ne sortira pour l’Irak, pour la justice et pour la région.

George Bush, dit-on, dormait du sommeil du juste au moment où le bourreau serrait le noeud coulant. Face à une telle débâcle, on se demande bien comment.

Aux premières heures de 2007

le 1 janvier 2007

Tout d’abord, une très bonne année à tous.

Je vous souhaite du bonheur, des émotions, des découvertes, des grandes et des petites amours, des succès, et puis surtout la santé (sans laquelle tout le reste est illusoire).

Je nous souhaite aussi collectivement, gens du Sud, plus de démocratie, moins de corruption, plus d’espoir, plus de progrès et de croissance.

Ensuite, il est fort probable que certains de vos commentaires récents ont été « zappés » par le grand mystère de l’Internet.
Un, le blog a été, malgré les trois fameuses petites lettres, violemment spammé (plus de 800 messages pirates qui ont totalement saturé la boîte d’accueil en quelques jours).
Deux, je me suis trouvé pendant quatre jours dans une zone coupée de l’Internet par le tremblement de terre de Taiwan (j’y reviendrai et je vous raconterai mes aventures asiatiques).
Donc impossible d’écrire, impossible d’accéder à la boite d’accueil, la coupure à 100 %…

Je reviendrai aussi sur l’exécution consternante de Saddam Hussein et sur la mise en scène macabre qui l’a accompagnée (consternante, parce que je suis contre la peine de mort. Par conviction).

Mais pour le moment, j’atterris et je reprends mon souffle et je croise les doigts, pour que l’année qui s’ouvre nous donne de nouveau espoir en l’avenir.