Sarkozy, père et fils…
Quelques remarques sur l’affaire Jean Sarkozy qui défraie la chronique gauloise depuis deux semaines.
Un, être « le fils de… », l’enfant d’un père ou d’une mère célèbre, connu, puissant, important, powerfull, n’a rien d’un cadeau. Il faut se construire envers et contre tout, contre l’image envahissante du modèle paternel (ou maternel), assumer le nom, assumer les erreurs, les excès, le narcissisme, l’ego trip du géniteur, prendre les coups qui lui sont destinés aussi…
Deux, « être le fils de… » n’empêche personne de vouloir être quelqu’un. Être le fils de n’empêche personne d’avoir de l’ambition. Pour schématiser, ce n’est pas parce que le père est président que l’on ne peut pas être président.
Trois, le népotisme est un réflexe naturel, humain. Qui ne veut pas aider ses enfants ? Qui dans les tréfonds de son âme ne garde pas profondément inscrit la multi millénaire culture du clan ? Encore une fois, ce n’est pas forcément un cadeau pour le fils ou la fille, projeté parfois trop vite, trop tôt et le plus souvent sans véritable défense, sur le devant de la scène.
Certains fils de ou fille de se comportent de manière amorale. Voraces, ils encaissent et accumulent. Ils sont dans le passe-droits et l’excès. Ceux-là n’ont qu’un problème à gérer : la durée de vie du géniteur.
En matière de « népotisme », au fond, tout est une question de mesure et d’équilibre. Dans tout acte « népotique », le talent, la capacité, le mérite doivent trouver leur place.
Dans le cas d’espèce, je suis sûr que Jean Sarkozy est un garçon intelligent, ambitieux, plein d’avenir. Mais en voulant nommer son fils (23 ans, étudiant…) à la présidence du plus grand quartier d’affaires d’Europe, le père clairement manque de mesure et d’équilibre.
On n’est plus dans le « népotisme ». On est dans le « fait du Prince », dans une forme d’absolutisme républicain. On est aussi dans une forme de calcul (le contrôle du Conseil général des Hauts-de-Seine, département le plus riche de France) qui ne fait pas honneur à la démocratie.
Mathématique des Nobels
J’ai lu un chiffre assez stupéfiant dans la presse de cette semaine.
Cette année, les États-Unis ont “raflé” onze prix Nobel sur treize… Ça en dit long sur le déclin supposé de l’intelligence américaine. Ça en dit long sur le déclin supposé de l’empire. Ça en dit long sur la capacité des États-Unis de maintenir une véritable recherche fondamentale dans tous les domaines. Ça en dit long sur la capacité américaine à intégrer des talents venus d’ailleurs, et d’en faire des citoyens…
Épuisés, en pleine crise morale et financière, avec un déficit budgétaire de 1400 milliards de dollars, confrontés à deux guerres impopulaires, les États-Unis restent le centre du monde.
Par ailleurs :
320 prix Nobel sur les 700 et quelques décernés sont américains. Disons, pour simplifier, un peu moins de la moitié.
La Russie / URSS n’a plus rien gagné depuis le prix Nobel de la paix de Mikhaïl Gorbatchev en 1990. La Russie / URSS a gagné en tout 19 prix.
La Chine a décroché 6 distinctions.
Les Français ont obtenu une soixantaine de prix. Les Allemands 103 et les Anglais 116, deux fois plus. L’Italie n’a remporté que 20 Nobel.
Et le Japon 16.
Au cœur du monde
Me voici à Istanbul.
Inscrit pour participer aux assemblées annuelles du Fonds Monétaire Internationale et de la banque Mondiale (6 et 7 octobre).
Le palais des Congrès est un vaste cube de béton, sur six étages, assez chic. Une bonne dizaine de milliers de banquiers, gouverneurs, ministres, haut fonctionnaires, aventuriers, affairistes, journalistes, observateurs se croisent dans la ville et dans les escalators du palais des congrès.
On est au cœur de la planète finance.
Dans l’un des cœurs aussi du monde émergent, la Turquie, carrefour entre l’Orient et l’occident, soixante dix millions d’habitants, laboratoire économique et démocratique.
Les banquiers parlent peu, ou alors totalement « off the record ». On leur promet la discrétion, on les attrape sur des coins de tables, au détour d’un couloir.
Voici donc quelques petites phrases, attrapées au vol, lors d’entretiens semi clandestins, petites phrases, où se glissent parfois mes propres remarques. Petites phrases qui donnent un peu de sens au monde économique dans lequel nous vivons.
« Le sens de l’urgence s’estompe. Les gens ont la sensation que la crise est passée. Ils ont envie de revenir à la normal. Back as usual, comme disent les Anglais. On le sent dans tous les dossiers en cours. Le climat, la refonte du FMI, de la Banque mondiale, l’effort de régulation internationale, une nouvelle architecture… Tout ça, c’est fini. Le capitalisme a survécu. Le capitalisme veut rester le capitalisme… ».
« Ce sont les États qui ont sauvé le capitalisme. Mais le capitalisme n’a pas beaucoup de mémoire, ni de gratitude. »
« Le monde fait face à deux immenses problèmes, et personne n’arrive à en mesurer l’ampleur, à en mesurer la réelle importance, la signification : la crise climatique et la grande pauvreté de la moitié de l’humanité. L’un plus l’autre, ça fera mal… »
« Étrange destin que celui du FMI. Il y a deux, trois ans, l’organisation semblait moribonde, désuète, dépassée par l’histoire. Aujourd’hui, le Fonds est l’élément central autour duquel se structurent la sortie de crise et les nouvelles règles du jeu internationales. Cela étant dit, les bureaucrates de Washington ont de la chance. Ils n’ont rien vu venir. Oualou. Nada. La crise mondiale, l’effondrement des banques, la fin du monde, ils ont découvert ça au journal de 20 heures… »
« Le FMI a été très fort pour imposer une loi d’airain aux pays pauvres, l’ajustement structurel, etc, etc. Avec la crise d’aujourd’hui, on s’aperçoit du risque systémique que font peser les pays riches sur l’économie mondiale. Pour que les choses s’améliorent, il faudrait que le FMI surveille aussi les puissants. Ça va pas être facile… »
« Le débat sur la répartition des pouvoirs au sein du FMI et de la Banque n’est pas prêt de se calmer. On demande aux pays émergents (disposant en général de colossaux surplus budgétaires) de mettre leur argent dans la caisse. Réponse de ceux-ci : « no taxation without representation ». En clair, on veut bien payer, mais nous voulons un réel pouvoir sur les institutions. Évidemment, les Européens, plombés par les déficits, ne sont pas très chauds. Les Américains s’amusent presque. Ils préféreraient dealer avec la Chine et le Brésil, qu’avec les leçons de morales de la France et de l’Allemagne… »
« Dominique Strauss Kahn croyait être dans un placard. Il se retrouve dans la lumière. Et pourtant, on ne l’entend pas assez, on ne le sent pas assez. Et il a l’air de profondément s’ennuyer… »
« Les pays émergents sont en train de changer la face du monde. Petit à petit, ils font la preuve de leur puissance financière. Évidemment, à un moment ou un autre, les intérêts de ces nouveaux géants seront fortement divergents, peut être antagonistes… »
« Ces grands pays émergents ne font pas grand-chose pour aider les pays pauvres. Par leur taille, ils écrasent cette concurrence. Et leurs marchés ne sont pas plus ouverts que ceux des pays riches… »
« Le G20 est un club de riches ou de presque riches. Globalement, ils se fichent des pauvres. Lors du sommet de Londres, Gordon Brown a tenté de placer la question de la pauvreté au sommet de l’agenda. À Pittsburgh, on a fait dans la cosmétique parfaite. On a mis les pauvres en haut du communiqué final, bien en évidence. Mais dans la réalité, on en a parlé à peine cinq minutes… »
« Le plus triste dans tout ça, c’est que beaucoup de pays pauvres, en particulier en Afrique, ont mis de l’ordre dans leurs économies, ont essayé d’appliquer des politiques de croissance, de restaurer leurs équilibres budgétaires, d’investir malgré tout dans le social. Et les voilà de nouveau frappés de plein fouet par une crise venue d’ailleurs. Et tout le monde s’en fiche… »
« En 2010, le monde comptera 100 millions de pauvres de plus. C’est la première fois depuis des années que la pauvreté globale augmentera au lieu de reculer. »
« Le plus étrange, malgré ce sombre tableau, c’est que l’Afrique a mieux résisté à la crise que prévu. En particulier l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Est. Et, selon les pays, l’Afrique de l’Ouest. L’Afrique centrale, balkanisée, peu intégrée, mal gouvernée, stagne. L’Afrique du sud a été touchée de plein fouet. La croissance globale du Continent devrait rebondir aux alentours de 4% l’année prochaine. La plupart des pays a bénéficié de la chute du cours des produits pétroliers. Et de la bonne tenue des produits d’exportation traditionnels, ainsi que des produits miniers. »
« L’urbanisation n’a pas que des mauvais côtés. En Afrique, elle a permis le développement d’un secteur commercial formel et l’envol de nouveaux secteurs d’activités, comme la téléphonie mobile et les fournisseurs d’accès à Internet. »
« L’Afrique est un Continent d’avenir. Tout le monde le sait. Mais personne ne pose sérieusement, et à l’échelle globale, la question du développement. Pas la question de l’aide ou de l’aumône. La question du développement, du financement de la croissance, des infrastructures. Personne ne propose une véritable insertion du Continent dans les grands plans de sortie de crise. Pourtant, c’est l’occasion rêvée. »
« Une idée comme ça… Les carnets de commandes des grandes entreprises occidentales ont besoin d’être dopés. Les pays pauvres ont besoin de tout, en particulier en termes d’infrastructures. Les financements existent dans les super fonds souverains, dans les pays du Golfe, dans les grands pays émergents… Il y aurait quelque chose à inventer pour que la machine se mette en route. »
« Le business nouveau est porteur pour l’Afrique : clairement l’Agriculture, la terre, l’agro industrie… »
« Conclusion, deux grandes idées pour demain. La bataille pour un écosystème planétaire meilleur. Et la bataille pour le développement de l’autre moitié de l’humanité ».
NB : évidemment, j’aurais pu vous parler d’Istanbul, ville magique, immense, surpeuplée, embouteillée, séduisante. J’aurais pu vous parler de ces minarets qui découpent le paysage de la cité et lui donnent cette incroyable profondeur historique. De la mosquée Bleue ou de celle de Soliman le magnifique. De Topkapi. Et des tours, des hôtels de luxes, qui vous parlent d’aujourd’hui et de demain. J’aurais pu vous parler de ces restaurants et de ces bars, tout le long du Bosphore, où les nuits filent vite. J’aurais pu vous parler plus longtemps de ce pays étrange, déchiré entre ses natures, orientale, occidentale, des portes sur le Moyen-Orient et sur l’Europe. J’aurai pu vous parler de ce pays émergent où peu de gens parlent autre chose que le Turc, de cette démocratie naissante où s’affrontent dans l’ombre, généraux, gauchistes, extrême droitistes, islamistes, ultralaïcs… J’aurais pu vous dire que quand on est là, face au Bosphore, sous le grand pont entre l’Europe et l’Asie, on a envie d’y croire à la renaissance de la Turquie.
