South Africa

le 29 mai 2008

Les images sont proprement terrifiantes. Au pays de Nelson Mandela, dans l’une des rares grandes démocraties africaines, les pauvres du ghetto tuent les pauvres venus d’ailleurs, les immigrés « illégaux », des Zimbabwéens, des Mozambiquains, des Malawites… En Afrique du Sud, des frères tuent des frères.

Prés de 50 morts en deux semaines. Plus de 15 000 déplacés, une police débordée et un Etat impuissant qui fait appel à l’armée pour rétablir l’ordre. Des images d’un autre temps, qui rappellent les scènes de guerre civile qui avaient ensanglantés les townships au milieu des années 90. On interpelle l’Afrique du Sud, et on lui rappelle que pendant de nombreuses années, les Sud-Africains ont pu vivre, exilés et protégés, un peu partout sur le continent. À Pretoria, le pouvoir finissant et affaibli de Thabo Mbeki appelle au calme, sans succès. La Coupe du monde de football, c’est dans deux ans, mais aujourd’hui les machettes sont de sortie, et l’horreur est là…

Les « étrangers » sont accusés de tous les maux, mais le fond de l’affaire est tragiquement économique. Les Zimbabwéens, grande majorité des immigrés, sont beaucoup plus éduqués que les miséreux des townships. Ils ont quitté leur pays pour cause de faillite économique, mais ce ne sont pas des analphabètes. Ils trouvent plus facilement du travail, ils trouvent plus facilement à se loger, ils payent leurs loyers. Et ils provoquent la haine d’une population sans espoir, emprisonné dans les ghettos, condamnée par l’apartheid, par l’Histoire et l’économie libérale…

Il y a quelque chose de dangereusement instable en Afrique du Sud. En arrivant à l’aéroport, ce qui frappe d’abord c’est les travaux pour la coupe du monde, les extensions, les marteaux piqueurs, les bataillons d’ouvriers… Ce qui frappe, c’est la lecture d’un entrefilet qui raconte que pour la première fois depuis des années, on observe un mouvement de retour des blancs vers le pays. Ce qui frappe, c’est l’émergence d’un grand capital black avec ses milliardaires, et la middle-class qui va avec. Ce qui frappe, c’est Soweto devenu presque une ville comme les autres avec centres commerciaux et ses touristes. Mais ce qui frappe aussi, c’est la violence presque consubstantielle à la société sud-africaine, « l’hyper-criminalité » sanglante qui s’étale complaisamment à la une des grands journaux. Ce qui frappe surtout, c’est la marginalisation inéluctable et dangereuse de la « sous-classe prolétarienne » désespérée et brutale. Ce qui frappe enfin, c’est la sensation de délitement du politique. La corruption des élites est une réalité, illustrée en particulier par les scandales liés à l’armement. L’ANC s’est affaiblie et le parti est largement gouverné par la base, par la masse, comme l’a prouvé d’ailleurs l’élection du très contesté mais très populaire Jacob Zuma. Les gouvernements locaux sont souvent faibles, gangrenés dit-on par le favoritisme. Aucune opposition constructive n’a émergé depuis la chute de l’apartheid. On parle au contraire d’une résurgence des nationalismes ethniques, en particulier zoulou. Et d’un réveil encore limité mais inquiétant de l’extrême droite blanche.

À quelques mois d’un événement planétaire, l’Afrique du Sud, géant fragile, paraît tanguer comme sur un fil.

3 commentaires pour l'article 'South Africa'

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  1. Commentaire de sacko mohamed, le 14 août 2008 à 21:07

    bonjour

    sincerement cest avec une grande evasion que jai devore votre

    article sur sout africa. je le trouve impecable et irreprochable.

    je vous informe monsieur limam que je suis lun de vos fans inconditionels en guinnee conakry. puise avoir votre numero de telephoNE? voici le mien 22462220266 merci

  2. Commentaire de Bandeirante, le 8 décembre 2008 à 16:00

    Si je savais ecrire, je ne changerai pas un mot a votre article..Tout y est, sauf peut-etre l’enorme deception, la rage presque, qui nous prent les tripes en parcourant recemment ce fabuleux pays ou nous avons , il y a longtemps, au siecle passe,soutenu autant que faire se pouvait les luttes pour la survie et la liberte. Tant de souffrances, tant de morts abjectes, tant d’humanite lumineuse au lendemain de l’election de NM et des parcours des comissions de verite et de pardon, pour de nouveau se sentir au bord du gouffre de l’impuissance. Le vendee Globe vient de passer le Cap sans qu’un article de presse ne fasse escale dans cette poudriere. Merci Zyad pour votre vigilance.

  3. Commentaire de Visiteur du soir, le 15 janvier 2009 à 23:18

    Bonsoir M. Limam,

    Pourquoi votre blog n’est il plus alimenté depuis quelques temps ?

    Cdt,

    Un visiteur du soir.

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