Never too late
Samedi matin chez l’épicier du coin.
Je paye et comme souvent, c’est un vrai défaut, je tutoie le caissier. Je le connais un tout petit peu, l’habitude du quartier, mais quand même…
Je me rends compte et je m’excuse auprès du jeune homme.
Il me regarde avec un grand sourire, franc, chaleureux, d’uns sincérité blindée : « oh, ne vous inquiétez pas. Ça ne me dérange pas. Vous savez, vous pourriez être mon père… ».
Sourire figé dans la pierre de l’auteur de ses lignes.
Ce grand gaillard, à peine plus jeune que moi, me trouve suffisamment « vieux » pour pouvoir être son père… Le gosse de vingt ans, vingt deux, vingt trois, (quel âge a-t-il d’abord ?), me salue d’un « à bientôt » très générationnel.
Je sors dans la rue.
Outre que je n’ai pas de fils ou de fille…
J’ai (largement) dépassé quarante ans.
Je ne suis plus jeune.
Je suis en train de vieillir.
J’ai largement dépassé la moitié de ma vie théorique.
Ça se voit sur mon visage. Les petites rides. Les cheveux poivre et sel. Ce petit quelque chose de « creusé ».
Ça se voit sur mon visage et moi je ne le vois pas. Je me sens comme il y a vingt ans. Et pourtant je ne suis plus comme il y a vingt ans.
Je vais bientôt avoir cinquante ans…
Cinquante ans ?
Je n’y crois pas.
Je n’ai pas vu passées toutes ces années. De l’eau entre les mains… Une histoire familiale, des événements, du travail, des rencontres, des amis, des amours, des pertes, des deuils, des douleurs, des joies, de l’espoir…
Cette sensation étrange de trouver un sens dans le chaos des choses. Cette sensation oppressante d’être déjà face à un bilan. Cette sensation excitante d’avoir encore du chemin devant soi.
Je rentre et j’écris.
Je prends une feuille de papier. Et j’essaye de poser, noir sur blanc, tout ce que je n’ai pas fait. Ou plutôt tout ce que j’ai encore envie de faire.
Je repense à cette maxime qui donne du sens au passage du temps : « It s never too late to be what you might have been… » : Ce n’est jamais trop tard pour devenir ce que vous auriez pu être.
Et puis celle-là, plus tranchante, mais qui résume tout.
« Life is not a rehearsal » : la vie n’est pas une répétition (de théâtre).

Cher Zyad,
Il y a des chroniques lassantes si elles ne transpiraient pas une sournoise discrimination, certaines terriblement sans intérêts, mais votre chronique est toujours subtile, un encourageant. Une vraie chronique qui tente toujours de mêler doutes, espoir et perspectives. Tiens, pendant j’y couche ces quelques lignes qui certainement va vous chatouiller la pensée, je réfléchissais à l’idée de pouvoir secrètement rétablir le “contact” que j’ai passablement perdu avec vous… Never too late to keep in touch with someone you appreciate. You will be receiving soon some news from me.
Portez-vous bien, et surtout n’oubliez pas que votre prose, ainsi votre sens managérial n’ont pas pris de rides.
Portez-vous bien.
Cordialement, Gilles
Cher Zyad, sans vous donner de leçon sur la vie, sachez simplement qu’avant d’aimer les autres, il faut s’aimer soi même pour justement s’ouvrir aux autres.
Socrate a dit : “Connais toi toi même et tu connaitras l’Univers et les Dieux…”
Si demain, un autre jeune boulanger vous donne l’âge d’être son père, vous serez fier de vos petites rides, fier de vos cheveux poivre et sel qui vous vont à ravir…fier du chemin parcouru avec ses joies et ses peines.
Bise.
ps : N’oubliez pas la phrase de Socrate, elle est d’une grande sagesse.
” Je n’ai pas ton âge ( 33 moi ) mais je comprends ce que tu ressens. C’est à mi-chemin que l’on se retourne pour considérer la route parcourue et quelquefois le regret de ce que l’on n’a pas fait nous saisit. Les enfants que l’on n’a pas eus (est-ce trop tard?) les exploits ratés, les batailles perdues, mais ce qui reste c’est la sensation d’avoir vécu intensément. Et puis tout est encore à construire, le monde est si mal fait qu’on peut encore se passionner pour des causes qui nous semblent justes, pour des livres qu’on lit et qui nous bouleversent, des rigolades entre amis, des enfants que l’on berce et dont l’avenir nous importe et quoi encore, la vie la vie… ………le bien le plus précieux tant qu’on la tient…
Tres jolie confidence !
Zyed ! Hâte-toi…… LENTEMENT
J’ai toujours suivi vos analyses avec interret quand vous etes là à l’emission Kiosque!
Il ne faut pas redouter l’age, bien au contraire il faut surtout l’avoir comme allié….
le Temps……………il ne faut surtout pas qu’il nous échape, surtout pas qu’on en devienne esclave, n’est-ce pas?
Quelquepart, il faut finir par se convaincre que celui qui a vecu son temps, n’a pas besoin de prétendre au temps des autres. mais comme dit le proverbe: “Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait.”
une bonne philosophie que je tiens d’un oncle à moi qui me disait ceci: ” écoute ma fille, il y a des gens qui sont mort mais resteront vivant à jamais, et d’autres qui sont vivant mais personne ne parle d’eux.” n’est ce pas là une philosophie qui defie le temps!?
avec toute mon admiration, Fella.