Les murs sont faits pour tomber

le 15 novembre 2009

Quelques remarques sur la chute du mur de Berlin, dont on a fêté la semaine dernière le vingtième anniversaire.

À l’époque, tout jeune journaliste, à peine rentré de mes études américaines, je n’ai pas mesuré l’ampleur de l’événement. L’histoire immédiate ne m’a pas frappé. « Trop énorme »… Pour nous, l’URSS, le bloc soviétique, le pacte de Varsovie, la démocratie populaire, tout celait devait durer l’éternité… En une nuit, l’empire a été balayé.
Je n’ai pas écrit, d’ailleurs, ni papier, ni édito… Je me rappelle juste qu’avec des amis, on s’était dit que ce serait bien d’aller boire une bière à Berlin. L’histoire par le petit bout de la lorgnette…

Le système était invivable. Économiquement condamné. (Un empire où le papier toilette était un luxe…) Et politiquement intenable. Le mur était censé isoler les habitants de Berlin-Ouest. En réalité, c’était toute l’Allemagne de l’Est, toute l’Europe de l’Est qui était enfermée.

La chute du mur a signé la mort de l’URSS et du communisme (théorie planétaire qui n’aura finalement survécu que moins d’un siècle). Elle a donné naissance à une Europe unifiée de l’Atlantique à la frontière russe, un ensemble unique au monde de plus de 300 millions d’habitants, un espace presque miraculeux d’économie libérale, de démocratie et de protection sociale.

La Russie a mal vécu tout cela. L’hyper puissance s’est déglinguée, tiers-mondisée. L’empire a volé en éclats donnant naissance à de multiple micro autocraties, sans parler des guerres sanglantes de Tchétchénie. Le président Medvedev l’a dit récemment : « Nous sommes une nation archaïque, arriérée, un pays d’alcooliques ». ( Je caricature à peine).

Je pense à ces autres murs de la honte, à ceux qui sillonnent encore Bagdad pour séparer les communautés. Je pense à Chypre. Et puis surtout je pense à ce mur dit de sécurité, plaie ouverte en terre de Palestine. Double prison pour les Palestiniens et les Israéliens.

Et puis, il y a les murs invisibles. La chute du mur de Berlin a ouvert un peu partout dans le monde des espaces de liberté. En Europe de l’Est, en Asie, en Amérique latine, en Afrique subsaharienne. En terre d’Islam. Un peu partout, sauf dans le monde arabe, insensible aux vents de l’histoire, enfermé dans sa logique conservatrice et autoritaire.

Historiquement, archéologiquement, physiquement, les murs sont destinés à tomber. Il suffit parfois d’un moment, d’une nuit particulière, comme celle du 9 novembre 1989.

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