Une nuit à Marrakech

le 6 décembre 2009

Je pourrais vous raconter  la beauté et la majesté de cette ville, l’ocre et la lumière, le soleil d’hiver éblouissant, les palmiers dans le paysage, la Mamounia, palace restauré et majestueux, les hôtels de luxe qui poussent  comme des champignons, les golfs qui mangent la plaine (et qui pompent l’eau aussi rare), et les lotissements  construits à l’emporte pièce à l’époque de l’argent facile, et là, aujourd’hui , les villas vides, immobiles, bâtiments et projets frappés par la crise…

Je vous parlerais surtout du festival du film de Marrakech, neuvième édition. Festival assez particulier, éclectique, à la programmation ouverte sur le monde, sur les cinémas d’ailleurs. Un festival, paillettes et glamour, avec quelques stars, beaucoup  de happy few, d’amis du Maroc et un festival populaire aussi avec les fameuses projections publiques sur la place Jemaa el Fnaa.  Les Marocains d’en bas suivent mi-curieux, mi-goguenards, et de l’extérieur, le faste de la cérémonie d’ouverture. Les stars venues d’ailleurs, d’Hollywood, de Madrid, de Londres, de Paris, de Rome, de Téhéran ( Abbas Kyarostami le président du jury est iranien), ils ne les connaissent pas toujours. Mais ils adorent voir passer leurs héros populaires, leurs chanteurs, leurs acteurs sur le tapis rouge. Ça, c’est leur festival à eux…

Festival remarquablement organisé. Franchement de niveau international. Tout est fluide ou presque. Ça à de la gueule, de l’ampleur. Reflet de cette ambition marocaine de jouer dans la cour des grands. Evidemment, beaucoup de prestataires sont étrangers. Evidemment beaucoup de travailleurs de second rang sont marocains. Mais après tout, seul, peut-être, le résultat compte.

Belle soirée d’ouverture donc.

Ali Baddou, star franco-marocaine de Canal Plus, le master of ceremony, en fait un chouia trop, mais il a de la classe, de l’élégance.

Le film présenté hors compétition est plombant, un drame allemand (John Rabbe), un peu mélo, pas mal fait, dont l’action se situe en hiver 1937, en Chine, lors du siège sanglant de Nanking par les troupes japonaise. Ça meurt, ça massacre, ça saigne, ça décapite, mais le héros s’en sort presque bien. Le public est un peu sonné. On aurait préféré un bon Spielberg…

On se précipite vers le diner officiel. Certains happy few ont le privilège d’être reçus avant et quelques instants par le Prince Moulay Rachid. Ils le font savoir avec l’air naturel de ne rien dire. Les autres passent par les portiques de sécurité. Merci d’éteindre vos téléphones… Evidement,  les plans de tables donnent des indications plus ou moins cruelles de votre position dans les tablettes du protocole marocain. Tout le monde est là, les femmes sont belles,  les caftans sont  sexy, les décolletés profonds, certaines assument le voile, Victoria Abril est toujours aussi drôle, simple, séduisante. Cecilia (ex Sarkozy) est là. Parade de vanités, des belles choses, de sensations vraies et de sourires forcés. Et devant, la table première, avec le prince Moulay Rachid, relax, et les invités de première, première, première division.

Le diner (excellent) est (vite) fini. On s’éparpille. On cherche la fête VIP. On se perd une ou deux fois dans des boites peuplées de filles et de garçons pas très clairs. On trouve le lounge discret ou ça se passe. On passe l’entrée avec un air de producteur venu incognito. Ça danse sur des vieux tubes. Alcool  is free. Elia Suleiman, le réalisateur palestinien, est là avec son air décontracté, tranquille, intelligent. Sa chérie à côté de lui, moulée d’une grande robe rouge, sensuelle à damner un prêtre. C’est Yaz, la chanteuse très à la mode du moment (l’album s’appelle Arabology). Victoria danse. Melissa Toscan du Plantier à l’air souriante et lointaine. Des coréens, des thaïlandais (le festival s’intéresse cette année au cinéma de ces deux  pays d’Asie) ont l’air complètement paumé. La nuit avance, et on se ressemble tous un peu, stars, demi stars et inconnus. Tous un peu glam, un peu pathétique, assez humains…

On s’éparpille à nouveau dans la nuit étoilée, éclairée par une lune sans nuages. Ça tangue sec. Inauguration de la nouvelle boite à la mode, ça se bouscule entre jeunes jet-setters marocains devant la porte. Dans une autre boite, parait-il, bagarre générale dans le carré VIP. Les taxis marrakchis nous font naviguer. Escale finale à la Mamounia. On cherche le fantôme de Winston Churchill au bar. Casino. One last drink. Maybe another one… On se prend à rêver, de cinéma, de belles histoires, de rencontres surprenantes.

Le jour se lève. Il faut rentrer.

Le festival de la vie, du cinéma et du reste continue.

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