L’Amérique au cœur du monde
De retour d’un court voyage aux Etats-Unis.
J’y suis allé un peu sur la pointe des pieds, encore marqué par l’ère Bush, ses excès et ses non-sens. J’ai moi-même suffisament écrit, critiqué et dénigré, comme un amoureux déçu. L’Amérique est en crise, c’est clair. Mais il s’y passe quelque chose. Malgré la noirceur du tableau, les nuages lourds, les menaces, les déficits, on sent la créativité et la vitalité de la nation. En marchant, en parlant, en voyageant de Washington à New York, on sent que l’Amérique est encore un pays essentiel, encore la nation au centre du monde.
Elle s’est dotée d’un président jeune, moderne, métis. Un homme qui tente de redéfinir le rapport des Etats-Unis au reste du monde. C’est un président pragmatique, qui ose parler de « guerre juste » en recevant son prix Nobel de la Paix à Oslo. Mais c’est surtout un président « post-impérial », en complète rupture avec l’ère Bush et l’idéologie des néo-conservateurs. Il ne renonce pas aux intérêts du pays (qui le ferait ?). Mais il tente de définir une nouvelle doctrine de la puissance américaine, en s’intégrant au monde. Dans un pays fortement dominé par l’idée d’un « destin manifeste », c’est une révolution.
C’est un président en difficulté, en apprentissage aussi (à peine douze mois d’exercice du pouvoir), confronté à une terrible récession économique, à deux guerres simultanées (Irak et Afghanistan) et à un héritage particulièrement calamiteux. Son camp est divisé, les démocrates ne serrent pas les rangs. Il a sûrement ouvert trop de chantiers à la fois, comme le montre l’enlisement de sa démarche au Moyen-Orient.
Mais il tient. Il sait ce qu’il veut. Il ne panique pas. Il prend le temps, même si l’opinion s’impatiente. Il a besoin d’un « win », d’une victoire, pour se donner de l’air, de la marge de manœuvre. D’où l’importance de la réforme du secteur de la santé. D’où la violence des attaques venues des milieux de la droite pure et dure, bien décidés à tuer la présidence Obama dans ses premiers mois.
On peut dire ce que l’on veut de la décadence américaine, des défauts, des limites du système, de l’émergence des pays émergents, de la Chine supposée toute puissante, des autres Bric.. On pourra dira ce que l’on veut des avantages du modèle européen, on peut imaginer les contours d’un monde multipolaire en train de naître… Mais la réalité s’impose : les Etats-Unis restent l’hyper puissance politique, l’hyper puissance militaire, l’hyper puissance économique, l’hyper puissance intellectuelle et culturelle, le cœur de la recherche, de la nouvelle économie, du green business, des technologies d’avant garde et que sais-je encore…
Les économistes imaginent une reprise portée par les puissances émergentes. Sans être divin ou spécialiste, la réalité est nettement plus simple. Quand l’Amérique sortira de la crise, le reste du monde sortira de la crise. C’est l’entreprise américaine et le consommateur américain qui tracteront la machine comme d’habitude. La aussi, malgré les apparences, les choses bougent. Le pays détruit ses industries condamnées, le capitalisme flingue les plus faibles, le chômage augmente, mais les restructurations sont en marche, sans états d’âme cf la liquidation de l’indutrie automobile du pays) et l’on sent émerger petit à petit l’Amérique économique de demain.
Malgré les métissages culturels, religieux, ethniques, malgré le brassage phénoménal des populations, malgré les différences sociales criantes, les inégalités, la violence, malgré l’abstention, contrairement donc à toutes les apparences et aux clichés habituels, la démocratie américaine est vivante. C’est elle qui porte Barack Obama au pouvoir. Quel autre pays aurait été capable du même leap of faith, du même saut de foi… ?
La justice est relativement indépendante, incarnée par une cour suprême intouchable. Le Congrès existe. Il représente réellement les intérêts multiples et divergents des populations, des lobbies, des états… Les médias sont omniprésents. Les commentateurs de droite ou de gauche sont des vedettes que l’on écoute avec attention. Le débat politique, économique, social, moral, religieux est permanent. C’est cette vivacité, ce chaos organisé, cette multiplicité qui rend le pays si difficile à gouverner. Mais c’est ce qui fait paradoxalement son unicité, son union.
On pourra dire ce que l’on veut de l’affaiblissement réel de la puissance américaine, rien aujourd’hui et pour les années à venir ne peut se faire contre eux ou sans eux : climat, commerce mondial, subvention agricole, stabilisation du Moyen-Orient, paix en Palestine, les Nations Unies, la réforme de la finance, le G20, G2, G4, etc, etc. Ils sont au cœur de tous les problèmes et au cœur de toutes les solutions.
Peut-être suis-je devenu trop optimiste. Peut-être que l’Amérique s’effondrera progressivement sous le poids de sa dette, gangrené par les intérêts économiques, par les raidissements idéologiques, par les fractures sociales, ethniques. Peut-être qu’Obama échouera. Mais je ne suis pas sûr que ce sera une bonne nouvelle pour le reste de l’humanité, livrée à une globalisation sans véritable centre et soumise aux appétits de puissances moyennes et concurrentes.

Voici les commentaires que me suscite votre article :
1. Vous y êtes allé avec des représentations (au sens psychologiques) avec un jugement préconçu sur la “décadence” des USA ; décadence qu’on essaye de nous ingurgiter depuis notre enfance sur les USA ; sans doute décadence de nos modèles « africains » qu’on reporte sur les USA (comme De la Fontaine qui le reportait sur les animaux).
Les USA est une puissance qui sait se remettre en cause et sait être en perpétuelle autocritique sur son modèle ; d’autres nations, d’autres cultures ne savent pas se remettre en cause parce qu’ils pensent qu’ils sont un modèle éthique irréprochable (ou parce qu’il n’ ya pas de liberté d’expression).
2. Après BUSH, si on est pragmatique et si on a le sens politique et pragmatique , n’importe quel autre dirigeant Américain se doit être en rupture avec le modèle instauré par BUSH ; Si OBAMA n’avait pas triomphé, il y aurait eu une autre OBAMA qui doit restaurer l’image dégradée laissée BUSH auprès du monde ; OBAMA, fatalement, est peut être celui qui incarne le mieux la réalité d’un mode métissé, multiculturel, multiethnique, ouvert…
Après OBAMA il y aura une autre rupture. La quelle ?
Thats all ! Thanks
Tu t’es donc réconcilié avec les Etats Unis comme beaucoup de gens et d’Américains surtout.
J’étais là-bas depuis peu, Obama venait d’être élu, et cela avait donné des ailes à tout le monde, Brad Pitt dans Larry King Live :”Man i’m so proud to be american again”, mon ami Yasser réanimateur tunisien a U of M (university of Michigan) et diplômé de la fac de Sousse qui me dit : Obama est élu president et moi je serai bientot le patron de la réanimation!! L’événement avait rendu le pays accueillant, very welcomy.
Je suis allée trois fois aux Etats Unis, cela a été grandiose à chaque fois, à 15 ans, je me souviens du concert de Guns’n'roses, le groupe était impressionnant, le public aussi, je n’avais jamais imaginé autant de monde, tous étaient les uns sur les autres, et ce nuage de fumée au dessus du stade qui faisait que nous nous sentions tous “bien”…
La deuxième fois, c’était pendant mes études, immense privilège de faire deux stages as a visiting student a Hopkins, la première université de médecine du pays, j’ai compris à l’occasion de ce sejour qu’aux Etats Unis, tout est possible, tout est envisageable, les profs demandaient aux etudiants le sujet de leurs recherches, ce qui les intéressait, même en medecine on pouvait laisser libre cours à son imagination. De nouvelles molécules étaient inventées, à l’essai, des théories, on considérait tout, j’ai serré la main de Watson ( la configurations de l’ADN en double helice) et le Prf Sigelman ( le scanner CT) me donnait des astuces pour apprendre facilement les divisions bronchiques.
La dynamique, le rythme de travail, les idées…..J’ai travaillé intensément pendant trois mois, et je suis partie le dernier jour avec la ferme intention de revenir travailler là bas, bon d’accord c’est Hopkins ce ne sera pas pour tout de suite, mais … un jour peut être.
Et l’année dernière, je suis restée le temps de mon internship un an, c’était le monde du travail, là aussi les responsabilites, les techniques tres osées, là bas l’ “Echmo” est quotidienne, technique qui consiste à pratiquement éteindre toutes les fonctions du patient, le tuer en quelque sorte, le refroidir, pour le réparer tranquillement avant de tout remettre en marche, le remplir à nouveau et le réchauffer.
Vu avec mon regard d’algérienne, aux Etats Unis on ose , tout est possible. Les gens, des unités fonctionnelles très efficaces, qui commencent a 6h du matin et qui finissent a 19h , tous les jours, des gens très sérieux, mais très relaxes, très détendus, personne ne se prend vraiment au serieux mais tout le monde est très serieux. Tout le monde est très optimiste, l’esprit positif est une mentalite, et il ya aussi l’ exigence, on demande le meilleur la bas, même envers leurs president.
Vus d’ Algérie, les states c’est ce grand pays si difficile d’accès, qu’on essaie d’imaginer, même quand on a travaille d’arrache pied pour être à niveau, on le regarde de loin, on attend le match USA- Algerie a la coupe du monde, et on espere….
L’Amérique vue d’ailleurs a une double image, celle de la grande nation qui entretient le rêve et celle du conquérant …
La vitesse par laquelle avance ce pays étonnera toujours, cet esprit créatif, ce dynamisme qu’on ne retrouve que chez les ricains. L’image hollywoodienne nous galvanise, nous séduit, la vie à l’américaine qui n’a pas rêvé un jour de ça…. L’Amérique a toujours fait son cinéma comme dirait le Limam.
En même temps on ne peut parler d’Amérique sans tester sa politique étrangère, au terme de sa première présidence Obama a pris l’audacieuse décision d’envoyer plus de soldats en Afghanistan, il a eu le courage d’avouer que c”est une guerre juste. Juste ???
Quant est-ce qu’une guerre a été juste ? on retrouve même dans ses propos un petit ère de bush ‘le mal’ … Obama risque d’être le troisième président démocrate assombri par une guerre, il le sait mais il persiste et signe. Il a hérité d un contexte de politique étrangère difficile : L’érosion du principe de non prolifération nucléaire avec la Corée du Nord et l’Iran et la détérioration du processus de paix au Moyen Orient, la crise économique, deux guerres difficiles …. Le défis du plan de santé, Obama devra affronter tout ça. Comment réconcilier l’Amérique avec le reste du monde ?
A Prague , au Caire, a Accra , aux Nations Unies il apporte ‘une image positive’ , il parle d’islam, de paix , de gouvernance …etc. Obama a quelques chose de bluffant : on peut le critiquer mais c est un Homme qu on ne peut pas hair ! il est clair qu’il a au moins réussi a ressusciter un peu du rêve américain ! il a la tête du gendre idéal ….Oups ! A moins qu il ne nous surprenne pas comme Tiger woods ; )
Restons sérieux , le véritable test pour lui est certes l’Afghanistan, pourra-t-il mener une stratégie de puissance intelligente qui fonctionnera ?
De sa place dans le monde : Oui l Amérique est au cœur du monde et oui rien ne peut se faire sans ce pays ….
Je finirai par cette citation d Andy Warhol : « Chacun a son Amérique à soi, et puis des morceaux d’une Amérique imaginaire qu’on croit être là mais qu’on ne voit pas. »