Littérature

Alain Mabanckou
L’identité du mouvement

Par CATHERINE FAYE - Publié en
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SÉBASTIEN MICKE

En livrant sa vision de L’AMÉRIQUE, le Franco-Congolais se distingue dans la prochaine rentrée littéraire.

« QUI SUIS-JE AU FOND ? Vous n’aurez pas de réponse dans mes deux passeports congolais et français. Suis-je un “Congaulois”, comme dirait le grand poète congolais Tchicaya U Tam’si ? Suis-je un “binational”, pour coller à l’air du temps ? En réalité, en 1530, année de la création du Collège de France […], je n’existais pas en tant qu’être humain. » Dans sa leçon inaugurale, lors de son entrée au Collège de France en 2016, Alain Mabanckou ne mâche pas ses mots. Sa verve triomphe ; son combat pour une mise en lumière de l’identité artistique africaine s’ancre avec humour et fermeté. Installé aux États-Unis depuis une quinzaine d’années, l’auteur de Mémoires de porcépic (pour lequel il a reçu le prix Renaudot en 2006) et de Petit Piment (2015) enseigne la littérature francophone à l’université de Californie à Los Angeles. Le rêve américain est aujourd’hui aussi son histoire. Dans cet ouvrage, il dessine son Amérique, entre imaginaire et réel. Un portrait, presque un autoportrait : opulence de Santa Monica, conditions de vie des minorités, guerre des gangs, politique, musique. Petite et grande histoire se mêlent aux désespoirs et aux joies d’un peuple kaléidoscope auquel il donne la voix. Pour autant, en évoquant l’Amérique, Mabanckou ne déserte pas le Congo, qu’il « trimballe nuit et jour, à l’instar de la tortue Kalala qui traîne sa carapace sans en ressentir le poids, soucieuse de la protéger contre vents et marées, parce qu’elle est son ultime demeure ».