avril 2016
Une image, une histoire

Bagdad, 9 avril 2003
LA CHUTE DE SADDAM HUSSEIN

Par Belkacem Bahlouli
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ARRACHÉE DE SON SOCLE À L’AIDE D’UN CHAR, LA STATUE DU RAÏS TRÔNANT SUR LA PLACE FERDAOUS, en plein centre de la capitale irakienne, symbolisait le pouvoir absolu du dictateur. Ce jour-là, les troupes de la coalition menée par les États-Unis entrent dans Bagdad et renversent le leader baassiste en place depuis 1979.

HUIT ANNÉES DE GUERRE contre l’Iran et une coalition mondiale menée par les États-Unis à la suite de l’invasion du Koweït en 1990 n’auront pas eu raison de Saddam Hussein. Il aura fallu attendre l’opération Liberté irakienne, organisée par les États-Unis de George W. Bush, dont le principal objectif était de chasser Saddam Hussein et le parti Baas du pouvoir. Une invasion justi?  ée par la CIA et le Pentagone sous le fallacieux prétexte que le régime faisait tourner des usines de fabrication d’armes de destruction massive et soutenait l’organisation terroriste Al-Qaida. Déclenchée le 19 mars 2003, cette opération mènera à la ?  n du régime baassiste le 9 avril, avec la prise de Bagdad, la fuite du dictateur et sa capture après une cavale de huit mois. Il sera arrêté dans la nuit du 13 au 14 décembre 2003 à Tikrit, sa ville natale, par l’armée américaine. Ce 9 avril, le peuple irakien assisté de Marines américains renverse, à l’aide d’un char, la statue du raïs. Cette sculpture de douze mètres de haut, trônant place Ferdaous (« paradis », en arabe), en plein cœur de la capitale irakienne, avait été inaugurée le 28 avril 2002, le jour du 65e anniversaire du maître du pays. Culte de la personnalité oblige, cette ef?  gie le montrait conquérant et mieux, vainqueur. La veille encore, alors que les forces de la coalition patrouillaient déjà dans Bagdad, Mohamed Saïd al-Sahhaf, le porte-parole du régime, disait à qui voulait l’entendre : « Il n’y a pas de troupes étrangères ici et les soldats américains se suicident par centaines aux portes de la ville… » La réalité était tout autre. Depuis le début de l’offensive terrestre dans la capitale irakienne, déclenchée le 4 avril, qui avait suivi le pilonnage de la ville lancé dès le 20 mars, l’armée irakienne avait refusé le combat. Un an plus tard, un tribunal spécial irakien jugera les responsables baassistes, répertoriés par un fameux de jeu de cartes dont l’as de pique, Saddam Hussein, sera inculpé de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre le 1er juillet 2004 et condamné à mort le 5 novembre 2005. Livré le 30 décembre 2006 aux forces irakiennes par les autorités américaines qui le détenaient, il sera exécuté le jour même par pendaison dans la base militaire de Kadhimiya, dans la banlieue de Bagdad, dans une sordide mise en scène, où le dictateur déchu refusera d’avoir la tête cagoulée. La guerre n’est pas pour autant terminée. S’ensuivra une décennie de troubles, d’attentats et de reconfigurations politiques, qui ne prendront pas fin qu’après le retrait des troupes américaines en 2011.

Au regard de l’histoire, la chute du raïs n’aura été que le long préambule de la situation sanglante dans laquelle se trouve l’Irak aujourd’hui. Démembré, avec une partie de son territoire échappant à tout contrôle, ce pays est gangrené par un jihadisme nihiliste d’une violence sans limites. Les mêmes qui décomposeront par rebond le pays voisin, la Syrie – déjà en proie à une guerre civile depuis le printemps arabe –, avant d’embraser la totalité de la région.

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