février 2020

Capital Portraits de fortunes

Par Cédric GOUVERNEUR
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Issus d’une grande famille ou parfois partis du bas de l’échelle, ils ont souvent des projets encore plus grands. Et ne sont pas, comme tout le monde, à l’abri d’un revers…Focus sur 10 personnalités de ce club très select des milliardaires.

Issad Rebrab, le révolutionnaire Agroalimentaire, sidérurgie, presse : 4,4 milliards de dollars (Algérie)

LORS DES MANIFESTATIONS monstres contre un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, Issad Rebrab, 75 ans, a battu le pavé, un drapeau algérien sur les épaules ! Le fondateur du conglomérat Cevital n’a jamais caché son hostilité au régime, qu’il accuse par ailleurs de contrecarrer systématiquement ses projets d’expansion (deux importants marchés, le rachat d’une usine Michelin et la construction d’un nouveau port près d’Alger lui ont ainsi échappé). « Le pouvoir craint que je me lance en politique », a-t-il déclaré en avril 2019 au journal économique français Les Échos. Peu après cette interview, Rebrab était incarcéré… À son procès, le 31 décembre, il a été condamné à six mois de prison ferme pour « faux et usage de faux », puis libéré. Les autorités algériennes jugent-elles son groupe trop puissant et l’homme, trop charismatique ? Celui que l’on surnomme parfois le Berlusconi algérien a en effet diversifié ses activités dans l’électronique, l’électroménager et l’agroalimentaire, mais aussi dans la presse, avec Liberté, un quotidien fondé en 1992 où œuvre notamment le caricaturiste Ali Dilem. Cevital serait le premier employeur privé du pays, avec 18 000 salariés. Rebrab cultive de bonnes relations avec la France, où son groupe a sauvé de la faillite deux usines (le fabricant de fenêtres Oxxo et celui d’électroménager Fagor-Brandt) et projette d’en ouvrir une troisième, dans les Ardennes.

Les frères Sawiris, la relève Construction, tourisme, télécoms, mines : 12 milliards de dollars (Égypte)

LES TROIS FILS d’Onsi Sawiris (né en 1930), qui dans les années 1970 avait fondé Orascom Construction Industries (OCI), ont pris la relève. Le groupe a diversifié ses activités dans les télécoms, le tourisme, mais aussi les engrais, la prospection minière… L’aîné de cette famille copte, Naguib (né en 1954), a développé Orascom Telecom, revendu en 2011 à une compagnie russe. À la tête d’un pactole estimé à 3 milliards de dollars, Naguib a fondé en 2011 le Parti des Égyptiens libres, qui regroupe les libéraux et de nombreux coptes. Samih (né en 1957) est quant à lui à la tête d’Orascom Development Holding, qui œuvre dans le secteur du tourisme (durement touché depuis la révolution de 2011). Le cadet, Nassef (né en 1961), est l’homme le plus riche d’Égypte, avec une fortune évaluée à 8 milliards de dollars : directeur général d’OCI, il est également actionnaire du cimentier Lafarge Holcim (5 %) et de l’équipementier sportif Adidas (7 %). Société de droit néerlandais cotée à la Bourse d’Amsterdam, le groupe OCI produit des engrais aux États-Unis et détient des participations dans des mines d’or en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso (Endeavour Mining), au Ghana (Golden Star Resources) et jusqu’en Australie (Evolution Mining).

Patrice Motsepe, le clairvoyant Mines : 2,6 milliards de dollars (Afrique du Sud)

ISSU D’UNE FAMILLE PRINCIÈRE TSWANE, Patrice Motsepe est le Noir le plus riche d’Afrique du Sud, où le capital est en majorité aux mains de Blancs. Né en 1962 à Soweto, il grandit 

dans une petite ville au nord de Pretoria, où son père, syndicaliste, a été exilé par le régime. Spécialiste du droit minier, il se met en 1994 au service du Congrès national africain, conseillant le gouvernement de Nelson Mandela dans la gestion des ressources du sous-sol. En 1997, alors que le cours de l’or est au plus bas, il achète un puits qui se révélera profitable… Ses investissements lui permettent de créer, dans les années 2000, le conglomérat African Rainbow Mineral, qui dispose de mines en Afrique du Sud, au Zimbabwe, en Zambie et en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Il a aussi investi dans les assurances (groupe Sanlam) et acheté le Mamelodi Sundowns FC, un club de football de Pretoria. Il est le beaufrère du président Cyril Ramaphosa (lui-même milliardaire) et de Jeff Radebe, ministre de l’Énergie de tous les gouvernements depuis 1994.

Nicky Oppenheimer, l’héritier Diamants : 7,7 milliards de dollars (Afrique du Sud)

CE N’EST PAS LUI FAIRE INJURE que de dire que l’ex-président de De Beers, de la Diamond Trading Co et du holding Anglo American a eu un destin tout tracé : né en 1945, Nicky Oppenheimer est le fils du diamantaire Harry Oppenheimer et le petit-fils d’Ernest Oppenheimer, juif allemand émigré, fondateur du holding. Bizarrement surnommé le Cubain (pour sa barbe, pas pour ses idées politiques), il affiche une relative simplicité : il joue du tambour avec les mineurs… et pilote lui-même son hélicoptère. En 1997, devant la Commission vérité et réconciliation, supposée solder les comptes des décennies d’apartheid, Nicky Oppenheimer et deux autres dirigeants de De Beers ont voulu faire amende honorable, reconnaissant « des occasions ratées » et « des erreurs »… En 2011, il a revendu ses 40 % de parts à la holding Anglo American pour la bagatelle de 5,1 milliards de dollars. Aujourd’hui directeur non exécutif de cette dernière, il gère une réserve naturelle et une petite compagnie d’aviation de luxe privée.

Aziz Akhannouch, Monsieur le ministre Pétrole, tourisme, presse : 1,7 milliard de dollars (Maroc)

NÉ EN 1961, Aziz Akhannouch est le fils du négociant en pétrole de Casablanca Ahmed Oulhaj Akhannouch (proche des nationalistes et victime de la répression coloniale), dont la petite société, Afriquia, s’est vu attribuer une licence de distribution des hydrocarbures à l’indépendance. En 1995, Aziz et ses frères Ali, Jamal et Abdelhadi reprennent les affaires de leur père en les diversifiant. Le groupe Akwa a désormais des intérêts dans le tourisme, l’immobilier et même la presse grâce au rachat, en 1996, du groupe Caractères. Son épouse, Salwa Idrisshi, est la présidente de la holding Aksal. Aziz Akhannouch est devenu l’homme le plus riche du royaume, juste derrière le roi Mohammed VI, dont il est proche : ministre de l’Agriculture et de la Pêche depuis 2007, il préside depuis 2016 le parti libéral Rassemblement national des indépendants (RNI). Cette proximité avec le palais ne plaît pas à tout le monde : depuis avril 2018, les stations-service Afriquia (comme les produits Danone et l’eau minérale Sidi Ali) sont boycottées, dans le cadre d’une campagne contre la vie chère.

Mike Adenuga, le taxi driver Télécoms, pétrole, services bancaires : 7,7 milliards de dollars (Nigeria)

NÉ EN 1953 À IBADAN, dans le sud-ouest du Nigeria, Mike Adenuga est le fils d’une énergique femme d’affaires yoruba, qui l’a envoyé décrocher un MBA à l’université de Pace, à New York. Afin de financer ses études, le jeune homme s’y fait chauffeur de taxi. De retour au Nigeria, il engrange son premier million de dollars dès 26 ans, grâce à la vente de sodas. Ce capital lui permet d’investir, au début des années 1990, dans un secteur très prometteur, qui va générer partout sur la planète de spectaculaires réussites : la téléphonie mobile. L’opérateur dont il est propriétaire, Globacom, dispose à ce jour de 43 millions de clients au Nigeria, au Bénin et au Ghana. Adenuga a diversifié ses investissements dans le pétrole (Conoil) et les services bancaires (Equatorial Trust Bank, cédée en 2011). À noter que le magnat connaît quelques déboires avec la justice nigériane : soupçonné de fraude, il est interpellé en 2006 avant d’être relaxé. Il s’éclipse alors à Londres, pour ne rentrer qu’après le départ du président Obasanjo, l’année suivante.

Strive Masiyiwa, le pionnier Télécoms, services bancaires : 1,1 milliard de dollars (Zimbabwe)

APRÈS UNE ÉNIÈME DÉGRINGOLADE du dollar zimbabwéen, le magnat des télécoms a vu sa fortune fondre de moitié en un an : 1,1 milliard de dollars US en janvier 2020, contre 2,3 en 2019, selon Forbes. Né en 1961, Strive (« s’efforcer » en anglais !) Masiyiwa étudie en Grande-Bretagne. De retour au Zimbabwe indépendant, il est ingénieur télécoms. Dès 1993, il flaire le potentiel du téléphone mobile en Afrique. Une banque appuie son projet, Econet, mais les autorités refusent de lui accorder des fréquences. Après des années de bataille judiciaire, il lance enfin Econet Wireless et s’impose dès lors comme le roi des technologies nomades : paiement sur mobile (Ecocash, adopté par un tiers des Zimbabwéens), fibre optique (Liquid Telecom, en passe d’irriguer tout le continent), et même chaînes de télévision payantes (Kwese TV, née en 2017). Marié et père de six enfants, ce fervent chrétien a aussi fondé en 2015, avec l’appui de Barack Obama, l’Africa Business Fellowship (ABF), un programme qui permet à des cadres américains de travailler trois à six mois sur le continent pour devenir « les ambassadeurs de l’Afrique aux États-Unis ». La rumeur lui prête régulièrement des ambitions politiques.

Folorunsho Alakija, la pétroleuse Pétrole : 1 milliard de dollars (Nigeria)

CETTE NIGÉRIANE de 69 ans est la femme la plus riche du continent et fut même, en 2012, la femme noire la plus riche du monde, devant Oprah Winfrey. Née d’un père polygame qui eut 52 enfants, cette fille de commerçants aisés a été éduquée en pension, au pays de Galles. De retour au Nigeria, elle débute à la Merchant Bank, mais sa carrière est brutalement interrompue par la faillite de l’établissement. La jeune femme repart pour le Royaume-Uni, où elle étudie la mode. Dans les années 1980, elle lance au Nigeria la marque de vêtements Supreme Stitches (« points de suture suprêmes »), qui va conquérir la haute société lagotienne. Elle compte parmi ses clientes Maryam Babangida. L’épouse du dictateur militaire Ibrahim Babangida (1985-1993) devient son amie et lui permet d’acquérir une licence de prospection sur un terrain de 250 000 hectares. Mais contrairement à moult Nigérians qui revendent aussitôt leurs concessions à des multinationales, Folorunsho Alakija crée sa propre compagnie, Famfa Oil, où travaillent son mari et ses enfants. Depuis, ce gisement d’une capacité quotidienne de 200 000 barils assure la fortune familiale. En 2017, pour le mariage de l’un de ses fils, Mme Alakija lui a offert… 1 million de roses !

 
 
 
 
 
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