Côte d’Ivoire

Climat, forêt et green development: la mission d’une génération

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Le parc national d’Azagny, à l’embouchure du Bandama, dans la région de Grand-Lahou. NABIL ZORKOT

Le développement durable est un autre pilier de l’émergence. Maintenir une croissance élevée suppose la gestion du capital naturel, de prendre en compte la « soutenabilité » environnementale. Selon la Banque mondiale, la valeur du stock de capital naturel par habitant a diminué de 26 % entre 1990 et 2014. Même si elle n’est pas aussi grave qu’au Nigeria, cette détérioration est inquiétante, surtout si on la compare avec plusieurs pays qui ont réussi à revaloriser leur stock de capital naturel.

La Côte d’Ivoire doit faire face, comme tout le continent, aux défis engendrés par le changement climatique et les exigences de la transition énergétique. Les menaces sont persistantes et aggravent sa vulnérabilité : inondations, dérèglement de la pluviométrie, affaiblissement du littoral, hausse des températures… Des villes comme Abidjan ou Grand-Bassam seront menacées par la montée du niveau de la mer. La récolte de produits essentiels, comme le cacao, pourrait être remise en cause par ces changements. La Banque mondiale a estimé que le réchauffement climatique pourrait coûter au pays près de 800 milliards de francs CFA en 2050. L’objectif sera d’investir massivement dans le mix énergétique, de conjuguer croissance économique et protection de la nature, et de susciter l’émergence d’un « entrepreneuriat vert ». D’ores et déjà, les usines de recyclage font leur apparition dans le paysage.

Au cœur des enjeux, la forêt ivoirienne. Estimée à 37 % du territoire national en 1960, la couverture forestière a fortement été réduite pour occuper moins de 14 % en 2010 (Agence française de développement, 2013). Ce taux de déforestation, provoquée en partie par la culture du cacao, est l’un des plus rapides au monde. Or, les forêts tropicales jouent un rôle crucial dans la lutte contre le changement climatique. Elles répondent également à des besoins vitaux au niveau local en régulant les températures, en aidant à générer les précipitations et en purifiant l’air et l’eau.

La priorité nationale est de retrouver un taux de couverture forestière de 20 % à l’horizon 2045, soit près de 3 millions d’hectares de forêts, avec 72 % en forêts classées et 28 % dans le domaine rural. Cette politique englobe à la fois la reforestation, mais aussi la réhabilitation et l’extension de la forêt résiduelle, si précieuse, en particulier sur les terres qui appartiennent à l’État. Le plan d’action est chiffré à près de 700 milliards de francs CFA (plus de 1 milliard d’euros) au cours de la première décennie (2020-2030). Les contributions financières attendues se répartissent entre l’État (à hauteur de 37 %) et le secteur privé (63 %). L’objectif est également de ménager un large espace de collaboration entre les agriculteurs, les cacaoculteurs et la préservation du patrimoine naturel. C’est le concept d’« agroforesterie » moderne, le seul à même de préserver la culture du cacao, moteur de la richesse nationale.