novembre 2019

Décryptage:
« Small is not beautiful » ?

Par Cherif Ouazani
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Il n’est pas rare de voir le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale commettre des erreurs de calcul. Comme une croissance économique surestimée ou un produit intérieur brut (PIB) sous-évalué. Dans ce cas, les augustes institutions de Bretton Woods procèdent à une rectification, sans pour autant reconnaître leur tort. Cela a été le cas pour Djibouti, en ce qui concerne l’exercice économique et financier de 2018. Les conclusions d’une mission menée par des experts du FMI, effectuée dans le pays entre le 9 et le 17 juin, ont annoncé que, contrairement aux prévisions du Fonds, la croissance économique enregistrée avait été de 7 %, au lieu des 6,5 % avancés. En conséquence, le PIB du pays avait atteint 3,2 milliards de dollars, au lieu des 3 milliards de dollars attendus. Cela est assez fréquent.
 
En revanche, ce qui l’est moins, c’est que ces mêmes experts ne respectent pas les critères retenus par leur institution pour dégrader une note. En effet, la revue du FMI a décidé de dégrader la note de Djibouti en la faisant passer de « haut risque de détresse par endettement » à « détresse financière par surendettement ». Pour éviter un tel verdict, le Fonds a pourtant instauré quatre critères : le ratio du service de la dette par rapport aux revenus du secteur public doit rester inférieur à 18 % au cours des deux décennies suivantes ; le ratio du service de la dette rapporté aux exportations doit rester sous la barre du seuil critique de 15 % ; le ratio de la valeur actuelle nette (VAN) de la dette par rapport aux exportations et biens de services ne doit pas dépasser le seuil critique de 180 % ; et enfin, le rapport entre la VAN de la dette et le PIB doit être inférieur à 40 %.
 
Les finances de Djibouti sont au vert pour les trois premiers de ces quatre critères.Quant à la non-conformité au dernier, elle s’explique par l’ambition de ce pays, qui semble « démesurée » aux yeux des experts du FMI, par rapport à sa taille. Trop petit : 23 000 km2 pour un peu plus de 1 million d’habitants.
 
Le PIB par habitant est pourtant le plus élevé de la région, et Djibouti n’a accumulé aucun arriéré de paiement au cours des quatre dernières années. Au 31 mars 2019, le gouvernement avait même obtenu un excédent budgétaire de près de 11 milliards de francs Djibouti (61 millions de dollars). L’accumulation des dépôts à la Banque centrale a atteint 4 milliards de francs Djibouti (19 millions de dollars), couvrant le gap de financement, validé par le FMI, de 3 milliards.
 
Le non-paiement de la dette du chemin de fer n’est pas le fait d’une incapacité de paiement mais d’entente entre le créancier, l’Exim Bank de la Chine, et ses deux débiteurs, Djibouti et Éthiopie, pour surseoir au règlement du service de la dette jusqu’à une redéfinition des contours du financement de ce projet stratégique pour les trois pays. La réalisation de la voie ferrée entre Djibouti et Addis-Abeba entre dans la stratégie de la Chine de consolider les nouvelles routes de la soie, dans celle de Djibouti d’améliorer la performance de ses infrastructures et capacités logistiques, et à l’Éthiopie de régler le problème de son enclavement.
 
Le plus surprenant dans cette histoire est que cette dernière a été épargnée de l’infamie de la « détresse financière par surendettement », alors que ses finances sont dans le rouge pour les quatre critères. Cela serait dû à sa taille et à son marché de 100 millions de consommateurs. Pour le FMI et la Banque mondiale, « small is not beautiful ». 
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