Niger

Indices de richesse

Par Cherif Ouazani - Publié en
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D’aucuns pourraient trouver notre titre « Un miracle au Sahel ? » un tantinet osé au vu de ce qu’il s’y passe depuis quelques années : drames interethniques, attaques terroristes, prospérité de la criminalité transfrontalière, corruption... À ceux-là, on opposerait quelques chiffres concernant le Niger. En huit ans, entre 2011 et 2019, les investissements décaissés pour des réalisations ou des chantiers en cours sont évalués à 32 milliards de dollars, soit plus de trois fois le PIB du pays (9,72 milliards de dollars en 2019). 
 
Grandiloquence du pauvre ? 
Ambition démesurée financée par un recours irraisonné à l’endettement ? Ni l’une ni l’autre. Près de 80 % de ces investissements relèvent d’un partenariat public-privé, national ou étranger. Mieux, au cours de la même période, les finances publiques ont été assainies. Le déficit du budget de l’État a été ramené à 4,2 %, alors qu’il culminait à deux chiffres à la fin de la décennie précédente. Le pari de respecter enfin les critères de convergence de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), en 2020, est en voie d’être gagné. Les réformes économiques ont fait gagner 44 places dans le classement Doing Business de la Banque mondiale. Une performance peu banale pour un pays placé dans cette zone grise qu’est le Sahel. 
 
Le miracle ne tient pas uniquement aux sommes vertigineuses investies et aux réalisations colossales enregistrées en si peu de temps. Le terme « miracle » s’impose, car on parle d’un pays placé dans les abysses du classement annuel établi par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), selon l’indice du développement humain (IDH) : 183e sur 184, et où le revenu annuel par habitant est de 488 dollars, alors que le seuil de pauvreté plafonne à 730 dollars par an.
 
Conscient de la frustration de ses compatriotes lors de la publication périodique de ce « satané classement », le président Issoufou Mahamadou nuance l’analyse de l’agence onusienne. Lors d’une longue interview accordée à la chaîne publique Télé Sahel, à l’occasion du troisième anniversaire de son investiture pour son second et dernier mandat, il explique que « l’IDH est calculé sur trois variables : le revenu par habitant, l’espérance de vie et les taux de scolarisation ». Sur les deux premiers critères, le pays a marqué des points. « Selon les données du FMI, en 2017, le Niger est classé à la 144e place sur 193 pays. Nous ne sommes plus la nation la plus pauvre du monde. » Le FMI confirme le propos présidentiel en annonçant une pauvreté réduite de 64 % à 44 %. En matière d’espérance de vie, la performance est également spectaculaire passant de 49 ans, en 2007, à plus de 60 ans, en 2017. « C’est le taux de scolarisation qui nous tire vers bas », déplore le chef de l’État. 
 
Si les chiffres des investissements sont astronomiques, ceux de la scolarité sont effrayants. Le taux d’achèvement du cycle primaire ne dépasse pas 79 % des inscrits. Celui du secondaire atteint péniblement les 20 %. Quant à l’enseignement professionnel et technique, il n’est suivi que par 6,2 % des 15-24 ans, qui représentent la moitié des Nigériens. La population dans les campus universitaires est estimée à 400 étudiants pour 100 000 habitants. Pour s’éloigner de la queue de peloton, l’effort doit se concentrer sur l’éducation, et imposer la scolarité obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans. Cette mesure inscrite sur les tablettes depuis l’indépendance est « culturellement » difficile à mettre en œuvre. Les pesanteurs sociales ont la dent dure.