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L’Economie africaine 2021
Une année pleine d’incertitudes

Par Jean-Michel Meyer - Publié en mars 2021

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Comment oublier 2020 ? Dans cette crise en forme de poupées russes où se sont emboîtées des crises sanitaire, économique et sociale sur fond de crise écologique, l’Afrique a subi en 2020 sa première récession depuis vingt-cinq ans. « Aucun des chocs enregistrés ces trente dernières années, y compris les plus récents : crise financière de 2009, Printemps arabes en 2011 et la chute des cours des matières premières en 2015 et 2016, n’avait eu un tel impact sur l’activité », résume Yasmine Osman, économiste au département Afrique de l’Agence française de développement (AFD), l’une des auteures de l’ouvrage de l’agence intitulé « L’économie africaine 2021 », qui vient de paraître aux éditions La découverte.

L’année qui s’ouvre devrait être largement consacrée à soigner les plaies de la crise mondiale et de ses répercussions en Afrique. « Si les impacts négatifs de l’épidémie sur les plans économique et social sont significatifs, l’activité a moins reculé en Afrique qu’à l’échelle mondiale. La crise a en effet mis en lumière une réelle résilience des acteurs africains. La jeunesse de la population a, à l’évidence, contribué à ralentir la propagation du Covid-19 », souligne, rassurant, Rémy Rioux, le directeur général de l’AFD dans son préambule.

Attendue en hausse de 4%, le PIB du continent s’est finalement replié de 2,6% l’an passé, ce « qui marque une nette rupture avec la croissance observée en 2019 (+  3,3 %) et sur les décennies passées », souligne l’ouvrage de l’AFD. Plutôt optimiste quant à une reprise, le FMI prévoit que la croissance africaine grimpera de 3,1% cette année. Mais ce rebond ne doit pas masquer une situation très délicate pour un grand nombre de pays. Tous ne connaîtront pas une relance effrénée de leur croissance cette année.

« Jamais une crise n’avait conduit autant de nations en récession de façon simultanée : plus d’une quarantaine en 2020 », note l’économiste de l’AFD. Concrètement, l’économie africaine a perdu 115 milliards de dollars en 2020. Les pays pétroliers et ceux qui vivent du tourisme ont été les plus affectés. Ceux qui ont su diversifier leur économie ont le mieux résisté. Et les plus fragiles ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Comble de paradoxe, « le Sahel a connu une récession deux fois moins forte que dans le reste de l’Afrique grâce à un cours élevé de l’or et à une moins grande connexion à l’économie mondiale », explique Yasmine Osman.

Face à la crise, la plupart des Etats ont été réactifs, relève l’AFD. Mais ils ont mobilisé d’importants fonds publics (2,5% du PIB en moyenne) pour lutter contre la pandémie et ses conséquences économiques et sociales, tandis que dans le même temps, leurs recettes s’effondraient sous l’effet de la chute de l’économie mondiale, du confinement et de la fermeture des frontières. Résultat ? « 16 pays africains, contre 11 en 2010, sont confrontés à un risque élevé de surendettement ou à une situation de détresse financière », explique-t-elle. De fait, le ratio de la dette publique atteint 65% du PIB en Afrique subsaharienne contre 56% avant la crise. Même une locomotive économique comme le Kenya est passée d’un risque modéré à élevé pour les agences de notation. Ou encore le Rwanda, cité en exemple de développement économique, qui a vu son évaluation s’effriter d’un risque faible à modéré. « Rares seront les pays à bénéficier d’une marge de manœuvre pour répondre à tous leurs besoins financiers ainsi que financer leur relance », relève l’économiste de l’AFD. Et leur capacité d’action serait affaiblie si le continent devait affronter une deuxième vague de pandémie plus forte ou que la vaccination des populations s’avère trop lente.

Surtout que les perspectives de financement s’avèrent plutôt sombres. Les investissements directs étrangers (IDE) ont fondu de 40% et les transferts des migrants ont chuté de 25% l’an passé. La solution proviendra en grande partie de la solidarité internationale. Outre les plans d’appui aux pays pauvres en 2020 du FMI (82,5 milliards d’euro sous forme de dettes) et de la Banque mondiale (35 milliards d’euros, mélange de dettes et de dons), les pays du G20 ont reconduit jusqu'en juin 2021 le moratoire sur le paiement du service de la dette  décidé en avril 2020 pour soulager les pays pauvres, dont 40 sont Africains. Des rééchelonnements, des restructurations, peut-être des effacements partiels de dette seront décidés cette année, mais certainement pas d’annulation totale.

Face à la marge de manœuvre des Etats qui se réduit, le FMI évalue les besoins de financement extérieurs de l’Afrique à 1200 milliards de dollars entre 2020 et 2023. Dont 890 milliards (environ 55 % du PIB) pour l’Afrique subsaharienne. « Comme une grande incertitude entoure les perspectives économiques et l’accès aux flux financiers, l’Afrique subsaharienne a peu de chances de pouvoir trouver des financements pour l’ensemble de ces besoins », s’inquiète le FMI. De fait, il manque encore 345 milliards de dollars.

De son côté, l’AFD, qui a conclu des engagements record de 14,1 milliards d’euros en 2019, contre 11,4 milliards en 2018, bénéficiera de l’objectif fixé par le président de la République de hisser la part du Revenu national brut (RNB) consacrée à la politique de développement de 0,44% en 2019 à 0,55 % en 2022. Avec toujours l’Afrique en priorité qui mobilise 40% des engagements de l’AFD. Tendance identique pour Proparco, sa filiale dédiée au secteur privé. Elle poursuit notamment le programme Choose Africa, rehaussé de 2,5 à 3,5 milliards d’euro, qui contribuera au financement de 10 000 PME africaines d’ici 2022.

Le sujet sera au cœur du Sommet de Paris, annoncé pour le 18 mai 2021, et consacré au « financement des économies africaines. » De nombreux chefs d’Etat et de gouvernements venus du continent y sont attendus ainsi que les bailleurs internationaux, « afin de trouver les meilleures solutions pour parvenir à un financement durable et à long terme des pays africains. »

« La capacité de l’Afrique à rebondir en 2021 dépendra de la reprise de l’économie mondiale, de l’ampleur de la déstabilisation économique subie et de la mobilisation des appuis internationaux pour accompagner les économies africaines. À plus long terme, une reprise durable nécessitera de grandes transformations structurelles », conclut Rémy Rioux.

*L’économie africaine 2021, par l’Agence Française de Développement, 127 pages, éditions La Découverte, collection Repères Economie. 10 euros.

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