avril 2020

L’ENJEU IVOIRIEN

Par Zyad Limam
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D’un ton sobre, didactique, engagé, le Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly  est intervenu le 31 mars au journal télévisé pour annoncer la riposte ivoirienne dans la lutte contre le covid-19.  Un plan de soutien exceptionnel évalué à 1700 milliards de FCFA, soit environ 5% du PIB, pour faire face à une crise sanitaire exceptionnelle. 
 
Les mesures sont nombreuses et couvrent l’ensemble du spectre macro économique : 
- Préservation de l'outil de production et l'emploi avec la mise en place d'un fonds de soutien au secteur privé pour un montant de 250 milliards de francs CFA 
- Un montant de 100 milliards de francs CFA sera débloqué dans le cadre d'un fonds spécifique d'appui aux entreprises du secteur informel
- Les principales filières de l'économie ivoirienne  (l’anacarde, le coton, l'hévéa, le palmier à huile, le cacao et le café) bénéficieront d'un soutien de 250 milliards de francs CFA
- décalage pour l'ensemble des abonnés des dates limites de paiement des factures d'électricité et d'eau d'avril à juillet 2020 et de mai à août 2020
etc.
 
Elle viennent s’ajouter aux « mesures régaliennes » prises par le président Alassane Ouattara fin mars : confinement « souple » de la ville d’Abidjan, isolation de la capitale économique, couvre feu, fermetures des écoles, lycées, universités, contrôle des frontières, suspension des liaisons aériennes avec l’Europe, contrôle accru des frontières, fermeture des restaurants, bars, établissements de nuit…
 
L‘objectif pour les services de l’Etat, c’est de se mettre rapidement au niveau des exigences de la crise, d'être opérationnel, de « deliver » comme disent les anglo-saxons. Une large campagne de communication bat son plein et les pouvoirs publics recrutent des alliés de poids. Des grands groupes privés de la place apportent un soutien appuyé à l’Etat dans ces moments particulièrement difficiles : construction d’extension hospitalières, commandes de matériel médical, de fournitures d’hygiène.… 
 
Les chefferies traditionnelles, encouragées par le président Ouattara, appuient également les autorités administratives pour marteler un message de prudence auprès des populations en milieu rural : «  Le virus vient d’ailleurs. Ce n’est pas de votre faute, certes. Mais ça sera la vôtre s’il se propage ici. »
 
Pour la Côte d’Ivoire, les enjeux sont tout aussi cruciaux que multiples. Priorité des priorités,  maitriser le plus rapidement possible l’épidémie. Et élargir tout aussi rapidement l’offre de soins. Second objectif, maintenir la capacité productive du pays. Et s’assurer d’une économie en état de marche pour être prêt à rebondir au moment de la reprise. Dans un scénario optimiste de contrôle de la pandémie, la croissance serait ramenée à 3% pour 2020, ce qui reste non négligeable en période de pandémie mondiale. Et dans cette lutte, la Côte d’Ivoire peut s’appuyer sur ses atouts : neuf ans de croissance ininterrompue depuis 2011, une économie relativement diversifiée, des ressources agricoles et énergétiques en quantité, un cadre macro économique sain, une dette sous contrôle. Sans parler d’un sérieux relationnel international, toujours précieux en moment de crise pour mobiliser les financements et les aides. 
 
L’aspect économique dépasse par ailleurs les frontières du pays. La Côte d’Ivoire, c’est aussi la première puissance économique de la zone UEMOA. La contre offensive ivoirienne est essentielle pour la stabilité économique, financière  de toute la région. 
 
Impossible enfin de négliger l’aspect politique. La crise du Covid-19 intervient en pleine année électorale avec une élection présidentielle prévue pour le moment en octobre prochain. Le président Ouattara a annoncé sa décision de ne pas se présenter. De passer la main quelque soit le cas de figure. Et de soutenir fermement son successeur. Le RHDP, parti unifié au pouvoir, a désigné le Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly comme candidat. Intime du Président, avec lequel il collabore depuis le début des années 90, AGC va devoir livrer combat sur tous les fronts. Le chef de l’exécutif devra mobiliser l’Etat et affronter l’épidémie. Et le chef politique devra mettre les troupes en ordre de marche pour la campagne présidentielle. Assurer la transition et incarner « demain » pour un pays inquiet. Comme le souligne un observateur avisé de la scène politique locale : «  c’est le meilleur d’entre nous, pour reprendre une célèbre expression chiraquienne, et il n’est pas impossible que le virus contribue à décrisper la scène politique, à rassembler au moins un temps les Ivoiriens face à un défi majeur commun… ».

 

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