Côte d’Ivoire

L’exigence d’une croissance soutenue

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Le canal de Vridi, à Abidjan, qui relie le port autonome à l’océan Atlantique. NABIL ZORKOT

Objectif : doubler à nouveau la richesse du pays dans les dix prochaines années. Pour pouvoir également financer le développement social.

La Côte d’Ivoire a connu un renouveau économique sans pareil depuis 2011, en s’élevant au 7e rang des meilleures performances mondiales en matière de croissance. Infrastructures, énergie, agro-industrie, services… le développement de ce « made in Côte d’Ivoire » est particulièrement impressionnant.

Depuis la fin de la crise politique, l’économie a progressé à un rythme moyen de 8 % par an, avec un pic de 10,1 % en 2012. Le PIB est passé de près de 25 milliards de dollars en 2010 à 38 milliards de dollars en 2019. Avec une amélioration considérable du climat des affaires (+45 places entre 2012 et 2019 dans le classement Doing Business de la Banque mondiale). Cet effort de la nation est aussi le reflet d’un travail de fond sur la gouvernance et les institutions. Selon l’indice Mo Ibrahim, le pays a enregistré la meilleure progression entre 2007 et 2018, passant de la 41e à la 22e place sur 54 pays d’Afrique. En janvier 2018, la Banque mondiale évoque une Côte d’Ivoire « aux portes du paradis ». Les scorecards du Millennium Challenge Corporation, organisme peu susceptible de complaisance, soulignaient des progrès remarquables sur la période (14 indicateurs « au vert » sur 20 en 2019, contre 5 en 2013). Les investisseurs multilatéraux et privés internationaux ayant accompagné ce mouvement de confiance. Ces performances en ont fait l’un des pays les plus dynamiques du monde sur cette période.

Les perspectives à moyen terme demeurent structurellement favorables. En espérant que l’urgence sanitaire liée au nouveau coronavirus soit contrôlée, la Côte d’Ivoire devrait maintenir une trajectoire de croissance du PIB de l’ordre de 7 à 7,5 % au cours des prochaines années. Ces taux élevés sont essentiels. Ils permettent de générer les marges budgétaires nécessaires pour investir, garantir l’indépendance financière du pays, sa stabilité macroéconomique. La croissance a surtout un effet transformateur, rendant possibles une politique ambitieuse de grands travaux, un accroissement de la compétitivité de l’économie nationale, une élévation rapide des revenus, la consolidation d’une classe moyenne. Et elle permet aussi de s’engager dans des politiques inclusives, volontaristes sur le plan social : lutte contre la pauvreté, investissement dans le capital humain, formation, santé, éducation…

L’une des clés de cette croissance soutenue reste le développement rapide du secteur privé. Depuis 2011, l’investissement reste encore largement porté par l’État et le secteur public. Entrepreneurs et entreprises doivent monter en gamme, parier sur les industries transformatrices, le secteur agricole, les énergies, les services, créer de la croissance pour générer des emplois. Il s’agit aussi de sortir d’Abidjan et de sa région, de porter le développement hors les murs de la métropole, vers l’intérieur, d’investir dans les provinces et les villes secondaires où les besoins et les opportunités sont immenses. Les femmes et les jeunes sont particulièrement incités à se lancer dans l’aventure. Aujourd’hui, près de 40 % des entreprises privées créées en Côte d’Ivoire l’ont été par des jeunes de moins de 35 ans. Les PME, la formalisation des activités commerciales sont au centre des enjeux. Mais le développement des entreprises de taille plus importante est également au programme.

La Côte d’Ivoire a besoin de favoriser l’émergence de champions nationaux, capables d’agir régionalement et de mobiliser les ressources. Des projets pour des partenariats sont en discussion actuellement, notamment sous l’impulsion du Comité national de pilotage des partenariats public-privé (CNP-PPP). Une première liste d’entreprises a été sélectionnée. Elles feront l’objet d’un contrat de performance autour d’objectifs de développement, de création de valeur ajoutée, d’exportation de produits manufacturés, de création d’emplois et de développement de pôles régionaux compétitifs. L’heure n’est donc pas à la simple consolidation « du bilan ». Le pays ambitionne de viser plus haut, de s’inscrire dans l’émergence durable, d’améliorer considérablement les niveaux de vie, d’entrer dans le club des nations qui comptent dans l’économie mondiale. Il s’agit de voir « devant », en s’inspirant des pays « aspirants », qui ont montré leur capacité de décollage économique, comme le Vietnam ou la Thaïlande. De « benchmarker », en quelque sorte, la performance ivoirienne vers le haut.

Un cadre stratégique

Cette volonté d’émergence doit donc s’inscrire dans un cadre stratégique. Le gouvernement a engagé une réflexion active sur les perspectives du pays à l’horizon 2030. Dans un premier temps, il a entamé cette démarche avec le soutien du cabinet de stratégie McKinsey. Dans un second temps, ce raisonnement associera les forces vives du pays, les élus, la société civile. Cette réflexion active sera au cœur des enjeux électoraux à venir et du débat national. Il s’agira d’identifier les secteurs stratégiques d’intervention, les actions prioritaires, de mettre en place des mécanismes décisionnels rapides, d’investir de manière efficace sur les relais de croissance.

À partir de 2011, il fallait en priorité relever la Côte d’Ivoire, investir dans la reconstruction et la compétitivité, relancer l’économie tout en remettant en place les éléments fondamentaux d’une économie de marché libérale. Aujourd’hui et demain, il faut accentuer, amplifier, aller plus vite et mieux. Doubler une fois encore la performance et la richesse nationale au cours des dix prochaines années pour s’inscrire dans l’émergence durable.