Le contenu est roi

Par Zyad Limam - Publié en
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Au moment où vous lirez cet exemplaire, notre nouveau site, afriquemagazine.com, sera en ligne. C’est une étape importante dans notre volonté d’intégrer la chaîne numérique. Et une manière en quelque sorte d’illustrer, aussi, le thème du « monde d’après », qui sert de fil rouge à ce numéro. Un monde d’après marqué par la pandémie du nouveau coronavirus et ses conséquences stupéfiantes. Un monde d’après marqué par l’épuisement de modèles (États- Unis, Chine, Europe, capitalisme financier…) et la montée inexorable d’immenses dangers systémiques (changement climatique, raréfaction des ressources, nouvelles pandémies…). Un monde d’après modelé par cette révolution numérique multiforme, véritable rupture technologique, sensorielle, organisationnelle, deux siècles après les bouleversements de la révolution industrielle… 
 
On nous l’a dit et redit, les médias écrits traditionnels, « figés » dans le papier, le physique, seraient les premières victimes de cette digitalisation transformatrice. Notre business model traditionnel basé sur la publicité et les métiers connexes, comme la communication, l’édition ou l’événementiel, est violemment remis en cause (sans parler du Covid-19…). Il faut parler à nos lecteurs différemment. S’orienter vers de nouvelles offres et ressources. La vague digitale ne touche pas que la presse écrite. Aujourd’hui, on ne consomme plus la télévision et la radio « à l’ancienne », en attendant sagement les programmes. Aujourd’hui, nous pouvons choisir l’émission, le moment et le timing de notre attention. Certains grands médias écrits (« print »), en particulier les quotidiens, ont pris le virage depuis quelques années. Leurs abonnements numériques dépassent dorénavant leurs ventes physiques. Le vénérable New York Times (fondé en 1851) compte 5 millions d’abonnés digitaux, pour une diffusion print de 1 million d’exemplaires. Une performance obtenue en multipliant les promotions mais aussi les offres rédactionnelles à des publics ciblés : parentalité, immobilier, cuisine, mots croisés… 
 
Les réseaux sociaux (RS) sont venus accentuer cette phase aiguë de disruption médiatique. Ils ont transformé le champ de l’opinion publique. Chacun peut être son propre média. Chacun peut mettre en scène sa vie, exprimer ce qu’il pense ou chercher à orienter ce que les autres doivent penser… Les bouleversements sont spectaculaires. Ils impactent nos systèmes démocratiques, le pluralisme de nos sociétés. Des influenceurs peuvent recruter des millions d’abonnés, qui sont autant d’électeurs. Et Donald Trump, président des États-Unis, s’adresse sans filtre à sa base, directement via Twitter et Facebook, sans passer par les médiateurs habituels que sont les journaux ou les shows politiques télévisés… Nous sommes projetés dans un territoire temps différent, où l’immédiat apparaît comme la valeur cardinale, et où le recul, la perspective peuvent apparaître comme des valeurs démodées. Les RS, technologies magiques de l’expression pour tous, sont aussi les instruments privilégiés de la manipulation et du cynisme politique. Les fake news, les faux comptes, la désinformation plus ou moins subtile, vont bien au-delà de ce que les médias traditionnels auront pu inventer dans ce domaine… 
 
Les technologies digitales ne sont pas une fin en soi. Le numérique reste avant tout un outil. Une opportunité aussi, le moyen pour nous-même d’explorer le monde plus facilement, de nous mettre à l’écoute de ce qui vibre aujourd’hui. Le moyen de dépasser nos frontières, nos limites, d’atteindre des lecteurs différents, plus jeunes, et de nous adapter à une nouvelle demande. Le moyen de décloisonner notre pensée. Mais l’outil ne changera pas les exigences de notre métier. Un média est avant tout un vecteur d’information, de mise en perspective, avant d’être un vecteur d’influence. Et nous sommes journalistes, essentiellement. Notre objectif est de décrire, d’expliquer, de décrypter notre réel. Plus que jamais, dans le bruit que génère cette profusion digitale, le contenu sera roi. « Content is king » comme disent nos amis anglosaxons. C’est notre objectif. Produire de l’information et un magazine de qualité, du mieux possible. Jouer notre rôle de décrypteur dans une époque charnière, de ruptures, de dangers, mais aussi de promesses. Et proposer ce contenu (et d’autres à venir) sur un nouveau support, afriquemagazine.com. Tout en s’assurant de la pérennité du print. Et de sa spécificité.