avril 2020
LITTÉRATURE

LEÏLA SLIMANI
RETOUR AUX SOURCES

Par CATHERINE FAYE
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Dans son nouvel ouvrage, la Franco-Marocaine se penche sur l'autre part d’elle-même, son pays natal. 

C’EST LA COQUELUCHE de la scène littéraire francophone. Même si avec son journal de confinement, publié dans Le Monde, elle a pu susciter l’indignation de ceux pour qui cette situation rime avec bagne, soit la majorité des Français. Maladresse ou inconscience ?

À 38 ans, Leïla Slimani, prix Goncourt 2016, est une femme passionnée. Au sens propre du terme : celle qui éprouve. Donc celle qui peut déraper. « Ça ne me gêne pas de déplaire, puisque je n’appartiens à rien », confiait-elle le 3 mars dernier sur France Culture. Portée par la littérature, elle n’a pourtant de cesse de livrer un regard tolérant sur le monde. Une vision tressée de trois idées fixes : le métissage, l’isolement, le décalage. Un triptyque sous-tendu par sa propre histoire, de Meknès, où elle est née, à Paris, lieu de sa consécration. Que ce soit dans son premier roman, Dans le jardin de l’ogre (2014), inspiré par l’affaire Dominique Strauss-Kahn et dans lequel on suit la descente aux enfers d’une femme nymphomane, ou dans celui de son sacre, Une chanson douce (2016), qui s’ouvre sur les infanticides de deux enfants par leur nounou, c’est toujours la claustration de l’être qui motive sa narration. Chacun étant sujet de sa solitude, de ses méandres, du corps social.

Son troisième roman, Le Pays des autres, est le premier volet d’une trilogie sur l’histoire du Maroc en quête d’indépendance. Elle raconte l’histoire de Mathilde, jeune Alsacienne, éprise d’Amine Belhaj, un Marocain combattant dans l’armée française, qu’elle suit au Maroc et épouse, après la Libération. Cette première partie, dont le sous-titre (La Guerre, la guerre, la guerre) fait écho à un leitmotiv par trop actuel, s’ouvre sur cette citation d’Édouard Glissant : « La damnation de ce mot : métissage, inscrivons-la en énorme sur la page. »

Hybride, à l’image de l’autrice et de ses personnages, le récit s’engouffre dès lors dans la question de l’altérité, de la mixité et de l’identité, à la fois complexe et mâtinée de souffles composites, de sèves variées. La confrontation des mondes, des cultures, des sexes habite cette fresque familiale, historique. De 1944 à 1956. Un roman choral qui puise dans l’intime. « “Ici, c’est comme ça.” Cette phrase, elle l’entendrait souvent. À cet instant précis, elle comprit qu’elle était une étrangère, une femme, une épouse, un être à la merci des autres. » Mathilde devenant ainsi métaphore de la différence. Et son confinement intérieur, imposé par l’exil, une ode à la liberté et au changement.

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