août 2019
Edito

Lier croissance et développement pour tous

Par Alexandra Fisch/Ouakaltio Ouattara
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Après la relance économique, le gouvernement veut faire face aux questions sociales. À la clé, la mobilisation d’un budget de 727 milliards de francs CFA pour répondre aux attentes.
 
De 2012 à 2018, la Côte d’Ivoire a enregistré un taux de croissance économique annuel moyen de 8,6 %, contre 0,8 % de 2000 à 2010. Cette dynamique, impulsée par les investissements et des réformes stratégiques, a permis d’améliorer significativement les indicateurs socio-économiques. Selon les chiffres officiels, le PIB par habitant a augmenté de 33 % de 2010 à 2017, passant de 560 300 francs CFA à 745 200 francs CFA. Cela a permis d’inverser la tendance haussière de la pauvreté, enregistrée ces dernières décennies. Le taux de pauvreté est passé de 38,8 % en 1998 à 48,6 % en 2008, pour s’établir à 51 % en 2011. Il a baissé à partir de 2012 pour atteindre 46,3 % en 2015 et devrait encore diminuer en 2018. Si les satisfecit dans beaucoup de domaines déterminent la bonne marche de l’économie, sur le plan social, l’État doit faire plus et plus vite. En 2012, le gouvernement avait élaboré un Plan national de développement (PND) sur trois ans, avec pour objectifs de doter le pays d’infrastructures de base dans les secteurs du transport, de l’énergie, de l’approvisionnement en eau potable, de la santé, de l’éducation, etc. D’un montant de 11 000 milliards de francs CFA, ce plan intégrait déjà une forte dimension sociale, permettant d’enregistrer des progrès en matière de restauration de la paix, de la sécurité, de la cohésion sociale et de relance de l’outil de production. La bonne tenue des cours des principales matières premières (café, cacao et anacarde) avait permis de transférer des ressources importantes vers les populations en milieu rural. Selon les chiffres officiels, les revenus du monde agricole sont passés de 3 368 milliards de francs CFA en 2012 à 5 653 milliards de francs CFA en 2015, soit une hausse de 68 %. La hausse du salaire minimum, passé de 36 000 francs CFA à 60 000 francs CFA en 2014, et le déblocage du salaire indiciaire des fonctionnaires et agents de l’État en 2015 ont contribué au renforcement du pouvoir d’achat des populations. Mais ces efforts ont connu un frein à la fin 2016 avec la chute des cours mondiaux du cacao, suivie en janvier 2017 d’une mutinerie et d’une grève des fonctionnaires et agents de l’État. Une suite d’événements qui a ralenti les efforts du gouvernement et pénalisé le monde paysan. Deux ans après, les coûts n’ont pas connu d’évolution positive. Bien au contraire, les producteurs d’anacarde broient du noir. La reprise des grèves du corps enseignant, revendiquant principalement une amélioration des primes de logement, est venue rappeler aux populations et aux gouvernants que de nouveaux efforts, plus spécifiques, restaient à engager sur le plan social. 
 
 
 
Reprise en main
Et c’est cette priorité que le président de la République Alassane Ouattara a décidé de relever. Dans son discours à la nation du 31 décembre 2018, celui-ci a annoncé la mise en place d’un très ambitieux « programme social », d’un coût global de 727,5 milliards de francs CFA. Et dont l’impact majeur doit s’exercer sur les années 2019-2020, indiquant le cap stratégique sur la dernière période du second mandat. L’État supportera sur fonds propres quelque 300 milliards de francs CFA, quand plus de 250 milliards de francs CFA ont déjà été obtenus auprès de partenaires, notamment la Banque africaine de développement (BAD). Le montant restant sera recherché sur les marchés mondiaux dans les deux années à venir. L’enveloppe est prévue pour les secteurs clés, comme la santé, l’éducation, la création d’emplois, l’approvisionnement en eau potable, etc. Un soulagement et un espoir pour les populations les plus fragiles, restées longtemps dans l’attente du partage des fruits de la croissance. « Le programme social du gouvernement comprend la mise en œuvre de 156 actions, dont 67 projets majeurs, 57 réformes et 32 mesures d’accompagnement de l’action sociale (dont 12 mesures phares) », avait indiqué le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, fin mars. Au niveau de la santé et de la protection sociale par exemple, ce programme social d’ampleur prévoit les renforcements de la gratuité ciblée et du programme de vaccination, l’opérationnalisation de la phase de généralisation progressive de la Couverture maladie universelle (CMU), ainsi que l’augmentation du nombre de bénéficiaires du Projet filets sociaux productifs (PFSP). Les défis logistiques sont énormes et, après plusieurs reports, le gouvernement souhaite débuter en juillet 2019 les prélèvements pour la CMU, de sorte à rendre les prestations effectives dès le 1er octobre. Ces deux projets phares devraient permettre, concernant la CMU, d’apporter une réponse adéquate à la problématique sanitaire et, pour le PFSP, d’améliorer la vie de 100 000 personnes démunies grâce à une contribution de 36 000 francs CFA par trimestre. Cette décision du gouvernement, après avoir longtemps privilégié l’économie, les infrastructures, le long terme, permettra aussi de s’intéresser aux facteurs sociaux et au court terme. Une manière de réconcilier croissance et développement, l’un des défis de l’Afrique contemporaine. Les chantiers sont exigeants. Les systèmes de santé ou d’éducation ont été durement impactés par les années de crise politique. En 2017, par exemple, la BAD et le centre de développement de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) indiquaient que le système éducatif ivoirien était l’un des moins performants d’Afrique. Et en tous les cas, pas au niveau des ambitions nationales. Mais le gouvernement pense avoir tiré les leçons des échecs du passé. L’objectif est de concentrer l’énergie de ce dernier dirigé par Amadou Gon Coulibaly sur cette priorité. Un organe de suivi des grands chantiers du Programme social du gouvernement (PSGouv) 2019-2020 a été mis en place, sous l’autorité du Premier ministre. Ce dispositif majeur sera dédié au suivi technique et opérationnel des objectifs stratégiques. Cet organe sera composé des représentants de l’administration centrale, des faîtières des collectivités territoriales, des représentants du secteur privé ainsi que de la société civile, et des partenaires au développement. Il sera constitué d’un comité de pilotage, d’un comité de coordination générale et d’une cellule d’exécution. Si le système ne tombe pas sous le coup de la lourdeur administrative, il devra permettre aux populations de sentir, avant la fin de l’année, les effets bénéfiques de ce programme. 
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