novembre 2019

Manu Diabango:
« C’est le destin et la chance qui nous poussent»

Par Astrid Krivian
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Soixante ans de carrière, et toujours ce même souffle passionné. Le saxophone bien accroché, il traverse notre époque avec le rythme. Et son rire inimitable. Rencontre avec une légende qui évoque les grands moments et les douleurs de sa vie.
 
Son légendaire saxophone en bandoulière, il a traversé les époques avec un amour indéfectible pour son art, s’appropriant les musiques pour forger son style, singulièrement hybride, au groove imparable. Né au Cameroun, à Douala, en 1933, il s’éprend de la musique au temple protestant durant son enfance, puis découvre le jazz à l’adolescence lors de ses études en France. À ses débuts, dans les années 1960, il est membre du célèbre orchestre de Joseph Kabasele, l’African Jazz. Ses pérégrinations le mèneront au Congo belge (actuelle RDC), en Côte d’Ivoire, au Togo, au Bénin, au Nigeria… Il y dirige des orchestres, puise dans les rythmes du continent pour les croiser avec des musiques d’Occident, impulse une professionnalisation du secteur. En 1972, il vit son rêve américain grâce au succès phénoménal de « Soul Makossa » – samplé encore aujourd’hui par les popstars –, ouvrant le monde aux musiques africaines. De ses collaborations avec la variété française (Dick Rivers, Nino Ferrer dont il fut le chef d’orchestre…) à ses expériences reggae en Jamaïque, ce multi-instrumentiste de génie a toujours défié les étiquettes, tant musicales qu’identitaires, pour atteindre sur scène une « communion universelle ». Mû par une constante quête d’innovation et une puissante énergie (difficile de croire à son âge, 85 ans…), il fêtera en octobre ses soixante ans de carrière lors d’un concert exceptionnel, Safari Symphonique. Dans une brasserie de l’Est parisien, sirotant son thé Darjeeling, « Papa Groove » revient sur ce parcours hors normes, plonge dans ses souvenirs, partage sa philosophie de vie, des confidences rythmées par de généreux éclats de rire. Après l’entretien, il se pressera de rentrer chez lui, en banlieue, pour faire sa promenade quotidienne le long de la rivière, observer les poissons, les arbres… « Dans une autre vie, j’aurais été paysagiste. Depuis toujours, la nature me fascine. »
 
AM : Présentez-nous ce Safari Symphonique…
Manu Dibango : Il unit ma formation avec l’orchestre symphonique Lamoureux. C’est bien de faire rencontrer les djembés et les koras, mais c’est intéressant aussi de les mêler à des orchestres avec une mentalité, une esthétique musicale occidentale. Un dialogue différent se crée. Le mot « safari » réveille un imaginaire, c’est un voyage ludique, épicurien à travers les sons. À la place des animaux, on trouve des notes [rires] ! 
 
Comment garder intact le désir de musique durant toutes ces décennies ? 
Si l’on se pose la question, c’est qu’il y a un problème. Cela doit être naturel. La question est : que vais-je faire demain ? Qui vais-je rencontrer ? Je suis content d’avoir eu beaucoup de hiers. Mais ce sont les demains qui comptent. La curiosité ne doit pas seulement être tournée vers le passé, c’est une dynamique vers le présent. On doit accompagner l’évolution naturelle, ne pas rester figé dans une époque. Quel est votre lien avec votre saxophone ? Il est le prolongement de ma voix. Car les instrumentistes aussi en ont une, il n’y a pas que les chanteurs. L’instrument est un véhicule de notes, mais aussi de l’âme. Pas un saxophoniste ne joue pareil. J’aime la forme et le son du saxo. C’est ma voix et ma voie ! Pour moi, c’est le plus sexy des instruments. Vous avez commencé à jouer de la mandoline, puis du piano, des instruments qui ne sont pas camerounais… Je ne fais pas de la musique parce que je viens du Cameroun, mais parce que je suis musicien ! Les musiciens se comprennent toujours grâce au solfège, même s’ils ne parlent pas la même langue. Bien sûr, on peut percevoir un peu mon origine dans ma musique. Mais je suis avant tout musicien. Parce qu’être limité à « musicien camerounais », ça ne veut rien dire. Tu peux être populaire à Douala et pas à Yaoundé, en raison des 232 ethnies du pays. Si tu es né à Douala, tu n’as pas le droit d’écouter Sergueï Rachmaninov ? Tu dois te contenter du makossa ? Ce sont des fantasmes que l’on met dans l’esprit des gens.
 
 
Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance ?
On magnifie toujours l’enfance, car tout est nouveau : nos sensations, les couleurs, les sons sont magnifiques. J’étais au paradis en écoutant l’harmonium au temple protestant, alors que c’est un petit instrument… Tout est à construire, donc on est plus ouvert et disponible. En tout cas, j’ai eu une enfance heureuse. Mes parents m’aimaient. Je n’ai jamais été frustré.
 
« Étudiants, on ne connaissait pas le mot “indépendance”. »
Mon seul regret est de ne pas avoir eu de frère ni de soeur. Être enfant unique, ça marque.
 
Vous faites le parallèle entre votre voyage en bateau vers la France pour vos études et celui de votre père, quittant son village d’origine en pirogue pour la ville de Douala… 
Nous sommes des gens d’eau. Mon père venait d’un village à 40 km de Douala. Deido est le premier quartier dans lequel il est arrivé. Il a épousé ma mère et s’y est installé. Certains continuent leur périple, d’autres s’arrêtent au premier amour [rires] ! 
 
En 1949, à 15 ans, après un voyage de 21 jours en bateau, vous débarquez en France pour y poursuivre votre scolarité dans l’enseignement supérieur…
Oui. À l’époque, il n’existait pas d’avion pour ce type de transport. C’était un voyage initiatique. On quitte un monde pour un autre, en y allant crescendo, car en 21 jours, on s’arrête dans de nombreux ports. Quand on arrive, dans notre esprit, on est déjà très loin de notre point de départ. Aller en France pour moi était naturel, car il ne faut pas oublier que nous étions alors français. Les immigrés dans l’Hexagone étaient polonais, italiens, portugais… Nous, les Africains, étions les enfants de la France libre. Rappelons que la capitale de cette France était Brazzaville. On parle de l’appel de Londres de Charles de Gaulle, mais en réalité le général est parti de Brazzaville, et Leclerc aussi… C’est un pan de l’histoire peu évoqué. Après la Seconde Guerre mondiale, en Afrique francophone, l’administration coloniale permettait aux parents d’envoyer leurs enfants à la « mère patrie » pour leurs études. À condition d’avoir les moyens de les confier à un correspondant. Je suis arrivé dans la Sarthe, à Saint-Calais, dans une famille de la France profonde. La guerre était finie depuis quatre ans, et on utilisait encore les tickets de rationnement. J’allais chercher du lait à la ferme avec mes sabots… 
 
Comment vous êtes-vous adapté à ce monde étranger ?
J’ai quitté ma famille, mon monde noir, pour arriver dans un monde de Blancs, qui ne connaissaient les Noirs qu’à travers les tirailleurs sénégalais ou les militaires américains. On ne se connaissait donc pas. Dans cet environnement, on est naturellement en manque de quelque chose. On éprouve le blues de la solitude. Ça vous travaille une bonne partie de votre vie. On peut être entouré de tout ce que vous voulez, la solitude demeure.
 
C’est lors de colonies de vacances que vous rencontrez d’autres Africains ?
Oui. Elles étaient organisées pour les jeunes Africains en France. À 15 ans, on connaît à peine sa ville d’origine, même le gars de Yaoundé, on ne le connaît pas. Alors, les Sénégalais, les Togolais… encore moins. La seule chose qui te reliait à l’Afrique, c’était le livre pédagogique Mamadou et Bineta, que tous les élèves francophones avaient pour apprendre le français. On suivait ces deux enfants, un garçon et une fille, à travers leur voyage au Dahomey [actuel Bénin, ndlr], au Togo, etc.. On apprenait à connaître l’Afrique par ce livre. Mais on ne s’était jamais vus ni rencontrés, et ces colonies le permettaient. On a alors construit un imaginaire, la notion de l’Afrique est née à ce moment. C’est en partie en Occident que le panafricanisme est apparu.
 
Vous placiez l’Afrique au-dessus de vos pays ?
On est Africains, mais finalement, ça ne veut rien dire. Être Européen non plus ; vous n’avez rien à voir avec les Roumains, que je sache [rires] ! Et vous ne parlez pas européen, tout comme je ne parle pas africain. On a toujours l’impression que l’Afrique est un pays… Quand on est étudiant, on est ouvert, on se construit. On rencontrait beaucoup de gens, c’était une époque extraordinaire et créative, on rêvait très fort. On ne connaissait pas le mot « indépendance ». On a commencé à en parler au milieu des années 1950. Mais on était trop jeunes pour adhérer à ce concept un peu vague à l’époque. On était en train de se construire. Avec ma bande de copains, on s’éclatait à Saint- Germain-des-Prés, on allait écouter Boris Vian, Serge Gainsbourg, les jazzmen américains, Miles Davis, Juliette Gréco, Jeanne Moreau… J’ai vécu cette belle époque.
 
Vos références musicales étaient plutôt afro-américaines qu’africaines ?
Oui, car il n’y avait pas encore de figures africaines. On s’identifiait aux musiciens noirs américains qui passaient à la radio. Ou les basketteurs, comme les Globetrotters de Harlem, qui magnifiaient l’identité noire.
 
Ensuite, vous êtes parti en Belgique, à Bruxelles, où vous avez intégré l’orchestre de Grand Kallé, l’un des maîtres de la rumba congolaise…
C’est le facteur chance de ta vie qui se manifeste, là où ton destin se construit. Je jouais dans des cabarets, sans avoir de plan de carrière. Et sans le savoir, l’histoire croise mon chemin. En 1960 a lieu la table ronde sur l’indépendance du Congo belge. Les hommes politiques de l’époque, cités dans l’emblématique morceau « Indépendance Cha Cha », traitent avec le roi et le gouvernement belge sur les moyens d’obtenir l’indépendance. Et le soir, ils s’amusent dans les cabarets. Patrice Lumumba s’est déplacé avec l’un des plus grands orchestres du Congo, l’African Jazz de Joseph Kabasele. Voilà le destin qui me tombe dessus : son saxophoniste, malade, n’a pas pu venir. Kabasele apprécie mon jeu, il m’invite à faire des disques, qui rapportent un énorme succès. En 1961, je pars alors au Congo belge, à Léopoldville [actuelle Kinshasa, ndlr]. J’y reste deux ans, me produisant avec les meilleurs musiciens.
 
Une décennie plus tard, « Soul Makossa » est un triomphe aux États- Unis, en 1973. La raison de ce succès ne peut être que mystique, dites-vous…
C’est un conte de fées. J’avais composé l’hymne national du Cameroun pour la huitième Coupe d’Afrique des nations de football. Je suis venu l’enregistrer en France. Cette chanson, « Soul Makossa », ne me servait à rien : j’ai écrit l’arrangement dans l’avion et je l’ai mis sur la face B du 45 tours. Le Cameroun a perdu la coupe, donc personne ne voulait entendre parler du disque. Mais le destin, encore une fois, a frappé à ma porte. Des producteurs noirs américains, en quête de leurs racines africaines, sont venus à Paris dénicher des morceaux du continent. C’était le début de la blaxploitation au cinéma, l’époque de Shaft, James Brown chantait « I’m black and I’m proud »… Ils sont repartis avec des disques sous le bras. And the winner is… [Rires.]
 
La promotion américaine vous présentait ainsi : « Le premier musicien africain arrive. » Vous êtes en tout cas le premier Africain à se produire sur la scène mythique de l’Apollo Theater, à Harlem. Vous incarnez pour eux l’Afrique renaissante, conquérante…
Oui. « Soul Makossa » a d’abord été un succès auprès des Noirs. Mais j’ai su plus tard que les Blancs le jouaient aussi. C’est un peu compliqué les États-Unis : Blancs, Noirs, métisses… C’est cloisonné. Les Portoricains et les Cubains du Spanish Harlem m’ont également adopté, car ma musique parlait à leurs racines africaines. Grâce à ce morceau, j’y suis resté deux ans. Encore aujourd’hui, il est constamment repris – dernièrement par Beyoncé dans son spectacle. Il fait partie du Hall of Fame américain, c’est devenu un standard.
C’était une revanche sur la France, qui n’était alors pas encore ouverte aux musiques d’Afrique ?
Oui, mais la France n’a pas la même histoire. Ce morceau a été enregistré ici, à Paris. Mais légalement, à l’époque, les disques africains n’avaient pas le droit d’être distribués en France. On les imprimait ici et on les renvoyait en Afrique. Il y avait deux ou trois magasins qui prenaient des disques en import. Le succès de « Soul Makossa » a ouvert la porte à ce marché.
 
La plus célèbre reprise de ce morceau est celle de Michael Jackson, « Wanna Be Startin’ Somethin’ », sans votre autorisation…
Il lui a donné une autre vie. Il ne l’a pas aimé de façon légale, mais il l’a aimé ! Quincy Jones, l’arrangeur du morceau, un grand seigneur, que j’ai revu l’autre jour, m’a dit que c’est le titre le plus vendu de l’album Thriller. Ça prouve qu’il n’y a pas que nous qui écoutions leur musique, eux aussi écoutaient la nôtre. C’est le bon côté de l’histoire. L’autre versant, ce sont les procès, un problème d’avocats. Ça ne m’a pas empêché d’aimer sa musique. Il est l’un des plus grands artistes du siècle dernier. Vous évoquez souvent le destin. Vous y croyez ? Forcément. C’est le destin qui vous pousse. Je n’ai jamais eu de plan de carrière, mais je me suis toujours adapté aux situations. Le destin n’est pas un concept rigide, il y a une souplesse, une interaction entre lui et vous.
 
Aujourd’hui, êtes-vous heureux ?
Heureux, c’est un grand mot… Il y a des bons et des mauvais jours, ça évolue. Et on peut être heureux dans un domaine de notre vie, et malheureux dans un autre… Ce que l’on appelle le bonheur n’est pas à sens unique. Je suis plutôt partisan des petits bonheurs. On peut vivre un bonheur de 10 secondes [rires] ! Comme déguster un bon croissant le matin en tournée, dans un bel hôtel entouré de beaux paysages, avec des arbres, en bord de mer. Ou alors une idée qui vous arrive… Quel est ce phénomène à l’origine de l’inspiration musicale, qui me vient en ce moment même, et ne serait peut-être pas arrivé si je discutais avec quelqu’un d’autre ? Est-on propriétaire de ça, ou est-on un capteur ?
 
Donnez-vous un sens aux expériences douloureuses, aux échecs ?
Cela se fait naturellement. L’idée est de toujours sortir sa tête de l’eau, quelles que soient les circonstances. Ou alors vous vous noyez… Quels sont les mécanismes à l’oeuvre ? On ne sait pas. Mais on constate que l’on s’en sort ou pas. Il faut essayer d’être lucide avec soi-même, de ne pas se mentir. Comprendre comment fonctionne le monde et essayer de tirer le meilleur des mauvaises cartes que vous avez. On n’a pas toujours le joker, on le cherche.
 

Vous avez vécu pendant près de quarante ans avec votre épouse, Coco. Vos disputes constantes étaient la preuve de votre amour, dites-vous…
Absolument ! Quand un invité arrivait à la maison, il croyait que c’était la guerre ! On s’engueulait, et en même temps, elle me cuisinait des crêpes [rires] ! J’étais têtu, orgueilleux, pétri de certitudes. Avec le recul, je comprenais qu’elle avait raison. Elle posait un regard sur ma carrière que je n’avais pas. Elle était mon ange gardien, et elle l’est toujours. J’ai vécu le grand amour une fois, je n’ai pas eu la chance d’en vivre un autre. On a toujours des amours, mais un grand, c’est différent ! Même ma famille l’aimait beaucoup. Pourtant, à l’époque, être avec une Blanche en Afrique n’était pas chose facile. Coco veille sur moi, je vois sa photo tous les jours. C’est difficile d’oublier. Voudrait-on même oublier… Je ne crois pas. Comme dit le poète Birago Diop, les morts ne sont pas morts.
 
Quel regard portez-vous sur le continent ?
C’est une époque de gestation, donc très difficile, mais je crois à l’Afrique. Il y a tout à faire. L’Occident est arrivé au bout d’un cycle, il doit changer son logiciel car il ne tourne plus. Et le continent est en train de fabriquer le sien. Une jeunesse africaine rêve désormais d’Afrique, et non plus d’Europe. Des jeunes, ambitieux, montent des start-up, trouvent des moyens de soulager la population, consomment africain. Au Rwanda, des drones envoient des médicaments dans les villages… Il y a beaucoup d’innovation aujourd’hui, ce n’est plus l’Afrique de papa ou de grand-papa.
 
Vous affichez une belle santé et une énergie impressionnante. Quel est votre secret ?
Je ne peux pas te dire, c’est un ensemble de choses. J’ai la chance d’être là et de fonctionner encore, je cohabite avec mes 85 ans [rires] ! Être occupé est notre meilleure chance. Je fais des disques, des featurings avec de jeunes musiciens. Ils me sollicitent pour avoir un son ancien, mettre un peu de vie dans leur son propre, numérique et un peu chiant [rires] ! Ils découvrent les instruments à vent, c’est terrible ! Un lien intergénérationnel se crée. Dans la rue, des jeunes de l’âge de mes petits-enfants me reconnaissent.
 
Vous transmettez la passion de la musique à vos petits-enfants ?
Nous avons des goûts très différents. En voiture, j’écoute toujours TSF Jazz, et ça les endort ! Et il suffit que je mette Skyrock [radio de rap et r’n’b, ndlr] pour qu’ils se réveillent, chantent, ils sont contents, ça m’éclate ! À travers eux, je vis la musique différemment, j’observe quels sons les émeuvent. Ils me donnent le relief de l’actualité. Ils n’ont pas de vedette établie, ça change toutes les semaines ! C’est très excitant en même temps, d’où le bonheur d’avoir des petits-enfants, c’est extraordinaire. Un jour, j’ai sorti un vinyle à la maison, mon petit-fils était fasciné ! C’est là que tu réalises à quel point le monde a changé. D’ailleurs, ils n’écoutent pas la musique, ils la consomment. Nous, on écoutait les graves, les aigus, les médiums. Aujourd’hui, les MP3 compressent tous les sons. C’est jetable, éphémère. Ils ont de la musique partout, ils sont même étonnés qu’on en achète [rires] !
 
Vous comprenez cette époque ?
Je suis en admiration [rires] ! On a abordé la vie différemment. La leur est numérique, ils croient que l’on peut tout obtenir avec un smartphone. Je les incite à lire des livres, plutôt que de le faire avec leur bazar, avec lequel il n’y a plus de sensations, de sensualité. Je n’aime pas cet appareil, j’ai seulement un téléphone fixe. Pourtant, j’en ai fait des pubs pour des smartphones ! Mais j’ai envie de garder mon petit jardin secret. Là, tu vois que j’ai vraiment 85 ans [rires] ! Dans votre autobiographie, Balade en saxo : Dans les coulisses de ma vie (paru en 2013, aux éditions L’Archipel), vous confiez votre souhait d’être le premier artisan de la gloire de votre père.
 
Estimez-vous avoir réussi ?
En tout cas, j’ai veillé à soigner son nom, à ne pas le salir. Mon père était l’être le plus extraordinaire, je l’ai toujours admiré. Je dis souvent à mes enfants : « Faites-vous un prénom, mais laissez le nom tranquille. » Je préfère que l’on m’appelle Manu. Dibango est un patrimoine commun. Je n’aime pas que l’on y touche.

 

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