avril 2014

MAROC LE CHEMIN TRAGIQUE DES OUFKIR

Par Sonia TERRAB
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Le 15 décembre 2013, Fatéma nous quittait. Une matriarche courageuse qui aura connu, avec ses enfants, la gloire, les ors du palais, le cachot. Et le retour, après de très longues années, vers une liberté souvent douloureuse. En filigrane de cette histoire cruelle, l’ombre du mari et du père, le général Oufkir, serviteur de la maison royale avant de trahir... Récit.

Le dimanche 15 décembre 2013, Fatéma Oufkir s’est éteinte à l’âge de 78 ans dans un hôpital à Casablanca, à la suite d’une crise cardiaque. Au Maroc, l’information ne passe pas inaperçue. L’histoire de la famille Oufkir, le destin hors norme de ce général qui a voulu assassiner son roi et dont la famille a été embastillée dix-neuf ans en représailles, n’est plus un tabou. Et même si les mots ont été dits, des témoignages sont sortis, les années noires, celles qu’on dit « de plomb », portent en elles des blessures qui n’ont pas cicatrisé. Fatéma Oufkir en est un des symboles, elle qui des hauteurs du palais royal au sous-sol d’une geôle, de la liberté à l’humidité d’une cellule sombre, a pu et su retrouver la lumière, finissant sa vie paisiblement au sein de ce Maroc qu’elle n’a jamais cessé d’aimer. Elle laisse derrière elle six enfants, Malika, Raouf, Meryem, Maria, Soukaïna, Abdellatif, et un livre, Les Jardins du roi (Michel Lafon, 2000), dans lequel elle raconte son histoire.

Fatéma Chenna est née en 1935 dans une famille de notables berbères, d’un père militaire de carrière, Mohammed Chenna. En 1940, elle perd sa mère et est élevée chez les franciscaines syriennes de Meknès jusqu’en 1946. Considérée comme orpheline, elle aura pour tutrice la propre soeur de feu le roi Mohammed V, Lala Zineb. Toute petite encore, Fatéma a ses entrées au palais et croise le roi. Dans son livre, elle le décrit : « Constamment vêtu d’une petite gandoura blanche, Mohammed V était un homme désarmant de simplicité. Peu à l’aise dans le luxe et le protocole, il émanait de tout son être un rayonnement singulier, une autorité naturelle. Parmi les grands de ce monde que j’ai pu rencontrer dans ma vie, il fut le seul à vraiment m’impressionner. »

FATÉMA ÉPOUSE OUFKIR

À l’âge de 15 ans, son père lui présente Mohamed Oufkir, un brillant et fougueux capitaine de l’armée française de 30 ans, déjà héros de guerre, décoré à plusieurs reprises. Oufkir est berbère aussi, c’est un homme du désert, originaire de Boudnib, un village aux portes du Sahara. Il s’est engagé dans l’armée française à 19 ans, a participé à la campagne d’Italie en 1944 où il est parmi les premiers à pénétrer héroïquement dans Rome. Ensuite, il part en Indochine et est fait officier de la Légion d’honneur à titre militaire en 1949 pour sa bravoure et son efficacité. En 1950, il rentre d’Indochine pour trois mois de vacances.

Un soir, de passage chez son ami Mohammed Chenna, il rencontre Fatéma, sa fille, et décide de rester au Maroc pour l’épouser. Dans ses mémoires, Fatéma dit de cette rencontre : « La première fois qu’Oufkir et moi nous nous sommes retrouvés face à face, j’ai immédiatement compris que c’était un homme avec lequel j’allais m’entendre. Il était généreux, intelligent, il avait beaucoup d’humour et, au début tout du moins, il était très amoureux, s’attachant à exaucer mes moindres désirs. »

À la fin de l’année 1955, Oufkir quitte l’armée française avec le grade de commandant et devient aide de camp de Mohammed V. Un an plus tard, c’est l’indépendance. Pendant les cinq ans du règne de Mohammed V (de 1957 à 1961), Oufkir est à ses côtés, s’élançant dans les régions reculées et dissidentes pour imposer l’ordre. C’est ainsi qu’il accompagne le prince héritier Hassan en 1958, lorsqu’il mate la révolte du Rif, se faisant « remarquer » par le futur roi. Une mise au pas sanglante. C’est ici que se forge sa réputation d’homme sans pitié, de serviteur sans états d’âme de la couronne; les Rifains n’ont pas oublié à ces jours sombres. Fatéma devient une familière du palais. La petite Berbère, à peine sortie de l’enfance quand elle épouse Oufkir, grandit, mûrit, court avec son fringant mari les dîners huppés de la capitale, s’intéresse au cinéma, se cultive, a des enfants.

En 1961, quand Hassan hérite du trône et devient Hassan II, il fait d’Oufkir son directeur de la Sûreté, ensuite son ministre de l’Intérieur et enfin son ministre de la Défense. Le numéro deux. Oufkir devient le bras droit du monarque, son homme à tout faire, il gère, surveille, réprime, fait fortune. Le Maroc connaît alors une période mouvementée, le pays est encore instable, la monarchie contestée. Hassan II, avec Oufkir, installe un système de contrôle basé sur la peur. Quand des émeutes sanglantes de lycéens en colère enflamment Casablanca, en 1965 à la suite d’une décision du ministère national de l’Éducation de réorienter les élèves qui n’ont pas obtenu leur certificat d’études primaires vers des formations professionnelles, c’est Oufkir qui assure la répression, aveugle, du mouvement.

Pour Fatéma et ses enfants, ce sont les années du luxe et de l’opulence, des soirées dansantes et insouciantes, des robes haute couture, des voitures dernier cri et du champagne qui coule à flots. Les enfants sont des habitués du palais royal, ils grimpent sur les genoux de Hassan II et grandissent dans un monde pailleté, irréel, où leur mère attire tous les regards et leur père inspire la crainte. Malika, l’aînée, raconte dans La Prisonnière (Grasset, 1999) : « Tout me paraissait normal : l’argent, le faste, le pouvoir, la royauté, la soumission. Autour de moi, les gens étaient si dociles que même si on avait les yeux noirs, ils vous complimentaient sur le bleu de votre regard parce qu’on le leur avait ordonné. » Fatéma Oufkir décrit le jeune monarque comme « un être à multiples facettes. À la fois rétrograde et moderne, il aimait parfois s’habiller d’une manière fantasque, colorée et bariolée, avec chapeau et gants extravagants. Mais il savait aussi être sobre, strict dans sa tenue, avec toujours la même cravate sombre… »

Pourtant, malgré l’aisance et la puissance, la situation du couple Oufkir se dégrade. Oufkir serait volage et Fatéma est lasse de fermer les yeux. Elle part elle-même avec un jeune officier de l’armée, ce qui les pousse à divorcer en mai 1964. Oufkir est orgueilleux, il ne lâche pas la belle Fatéma, il les poursuit, il les menace. Ils se retrouvent et se remarient. Leur dernier enfant, Abdellatif, est le fruit de cette réconciliation en 1969.

Entre-temps, c’est l’affaire Mehdi Ben Barka, leader de la gauche et opposant du roi, disparu le 29 octobre 1965 devant la brasserie Lipp à Paris. Oufkir paraît être le maître d’oeuvre de cette disparition spectaculaire, en plein Paris, au nez et à la barbe du général de Gaulle et des services français. Oufkir est le coupable idéal. Hassan II le soutient, allant même jusqu’à geler ses relations diplomatiques avec la France qui l’a condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité. Mais il le « tient » aussi pour de bon. Leurs codépendances se compliquent. Oufkir est en perte de vitesse, il étouffe. Il souhaite s’en sortir, pense à trahir, aveuglé dans sa quête de puissance, captif de son propre pouvoir. C’est le début de la fin. Selon Fatéma : « L’affaire Ben Barka a changé nos vies. Dès lors sont apparus autour de nous la suspicion, les doutes, les rancunes. »

OUFKIR ET LES PUTSCHISTES

Puis c’est le 10 juillet 1971, l’anniversaire de Hassan II. Un coup d’État est organisé par les Cadets de l’armée sous le commandement du colonel Ababou. Pendant que les soldats chargent les personnes présentes à la cérémonie, faisant une centaine de victimes et des dizaines de blessés, le roi, alerté dès les premières rafales, se réfugie dans les toilettes. « Une petite pièce divisée en deux par une cloison, quatre W-C et des lavabos d’un côté, une rangée de téléphones muraux de l’autre », écrit Stephen Smith dans Oufkir, un destin marocain (Calmann-Lévy, 1999). Dans les W-C royaux, il y a du monde, au moins une quinzaine de personnes, dont le Premier ministre Ahmed Laraki et le colonel Dlimi. Le roi et Oufkir font le point, le Premier ministre surveille par une petite fenêtre ouverte tandis que Hassan II tente d’espionner par le trou de la serrure. « Le putsch manqué de Skhirat a profondément marqué Oufkir. D’abord, il a été humilié de devoir se cacher des heures durant en maillot de bain dans les toilettes du palais. Ensuite, il y eut la répression. Dix officiers mis aux arrêts ont été passés par les armes sans autre forme de procès », explique Fatéma Oufkir.

Ces dix officiers, parmi eux Bougrine, Hammou, Habibi et Amahrech (Ababou sera arrêté deux jours plus tard) sont les camarades d’Oufkir, ses amis, ses frères d’armes, et le général tout-puissant reçoit l’ordre de son roi de les exécuter sans jugement. Il semble meurtri, hésitant. Il aura été selon toute vraisemblance au courant du coup, disant en substance aux putchistes : « Vous réussissez, et je marche ; vous échouez, et je vous tombe dessus. » Devant le peloton d’exécution de ses camarades, berbères comme lui, il les regarde mourir sans broncher. La cassure est là. Oufkir est fatigué des complots, de l’affairisme et de la concupiscence de l’entourage royal. Des rumeurs viennent aux oreilles du monarque quand Oufkir manifeste sa tristesse, son désespoir. Le roi lui-même en vient à douter de son plus fidèle serviteur.

Un an après le premier putsch raté, le 16 août 1972, Hassan II rentre de Paris à bord d’un Boeing 727 de la Royal Air Maroc, compagnie nationale. Pendant qu’il survole Tétouan, Oufkir et deux hommes au sol, le lieutenant-colonel des Forces armées royales, Mohamed Amekrane, et le commandant Louafi Kouera tentent de l’éliminer. Au programme, une escadrille de F5, constituée par les soins d’Amekrane, commandant de la base aérienne de Kenitra, va attaquer le Boeing royal. Mais rien ne se passe comme prévu : deux canons ne s’enclencheront pas et un troisième tir frôle un réacteur du Boeing sans causer beaucoup de dégâts.

Le commandant de bord Mohammed Kebbaj piège les putschistes en leur annonçant : « Le roi est mort ». Son avion feint d’atterrir sur la base de Kénitra pour s’échapper par des voies détournées vers l’aéroport de Rabat-Salé. Le roi s’en sort sans une égratignure, et quitte l’aéroport au volant d’une 4L pour reprendre en mains le royaume...

Quelques heures plus tard, Oufkir est convoqué. On le retrouve criblé de cinq balles dans le dos. Selon la version officielle, il se serait « suicidé ». D’après Fatéma Oufkir, c’est le colonel Dlimi lui-même, promu au rang de général, qui l’a abattu sur ordre du souverain. C’est d’ailleurs lui qui prendra sa place, devenant l’homme de l’ombre jusqu’à « son accident de voiture » en 1983, où il meurt dans des circonstances douteuses. Aucun autre putschiste n’en sort indemne, les onze désignés responsables sont fusillés : les têtes pensantes, Amekrane et Kouera, ainsi que Larabi el-Haj, complice de l’opération, les lieutenants Abdelkader Ziad et Hamid Boukhalif, pilotes des trois avions de chasse qui ont tiré, le sous-lieutenant Lyazid Midaoui et les adjudants-chefs Mehdi Abdellali, adjudant Belkacem et les sergents-chefs Kamoune, Bahraoui et Benoi. Trente-cinq autres aviateurs sont condamnés et rejoignent les conjurés du premier putsch de Skhirat dans le désormais célèbre bagne de Tazmamart, une sinistre prison dans le Sud, où ils restent enfermés pendant dix-huit ans dans des conditions inhumaines.

EN CAPTIVITÉ

Fatéma et ses enfants rentrent précipitamment du Nord du Maroc, accueillent l’annonce du suicide du général comme un choc. Très vite, Fatéma comprend que son mari a été assassiné, les balles sur son uniforme sont là pour le prouver. D’abord prostrée, ensuite affolée, elle pleure, elle hurle, et accuse Hassan II d’avoir tué son mari. Elle refuse publiquement les victuailles envoyées par le palais, pour les cérémonies de deuil. C’est l’outrage suprême. Oufkir est mort, sa famille sera enterrée vivante. À ce propos, le roi dira : « Imaginez ce qu’il aurait fait à mes enfants s’il avait réussi. » Le Maroc est alors au plus fort de ses « années de plomb ». La « culture du bagne » est une seconde nature pour Hassan II. Monarque froid, avec un sens particulier, médiéval, de la raison d’État, il condamne, il punit, il enferme sans scrupule. Oufkir est mort, sa famille sera enterrée vivante ! À ce propos, Hassan II aurait dit : « Imaginez ce qu’il aurait fait à mes enfants s’il avait réussi. » Une fois le cercueil d’Oufkir mis en terre, la famille est placée en résidence surveillée dans sa villa du Soussi, jusqu’au 23 décembre 1972, où ils sont arrêtés et transportés dans un convoi.

Premier arrêt, le grand Sud, le désert, Tiznit, à Assa, une palmeraie non loin de la frontière algérienne, dans une caserne désaffectée. Onze mois plus tard, le 7 décembre 1973, ils sont transférés à Tamataghrt, toujours dans le Sud, non loin de Ouarzazate, dans une petite maison sans eau ni toilettes, avec les fenêtres murées. Les conditions sont alors difficiles, mais ils reçoivent encore des livres, des médicaments envoyés par les quelques amis qu’il leur reste, dont le prince Moulay Abdellah, frère du roi. Ils y vivent trois ans et trois mois, les conditions se dégradent, on confisque leurs vêtements et leurs derniers biens de fortune. Le 26 février 1977, ils arrivent à Bir Jdid, dans la province de Settat, fief de Driss Basri, ministre de l’Intérieur. Dès le premier soir, ils sont séparés dans des cellules contiguës de quatre mètres sur quatre sans fenêtres, fermées par des portes blindées. La mère avec le plus jeune, Abdellatif, dans une cellule, Raouf tout seul dans une autre et les quatre filles dans la dernière.

Ils y restent dix ans, dans des conditions effroyables. « Nous n’avions plus droit à rien. Juste un peu de nourriture avariée. Plus de livres, plus de médicaments. En cas de maladie, à nous de nous débrouiller », précise Fatéma Oufkir. Pour Malika,sa fille, cet « emprisonnement était bien dans la tradition ancestrale des punitions infligées par le Palais. Pour briser un opposant, on le faisait disparaître, son nom était banni, le prononcer valait les pires ennuis à celui qui avait osé braver la loi tacite. Mais on ne le tuait pas. On attendait sa mort. » (La Prisonnière).

L’espoir, la ténacité ont été donc plus forts que la mort. Les proscrits parviennent à communiquer grâce à un tuyau d’arrosage passé entre les murs, Fatéma soudoie même un garde qui leur donne une radio captant Radio France internationale ; c’est leur seul contact avec le monde extérieur. Et même cela leur sera finalement enlevé en 1986, quand ils entament une grève de la faim pendant quarante-trois jours, sans succès. Petit à petit, ils s’organisent mieux, reprennent espoir, bricolent des outils de fortune, et les filles parviennent à creuser un tunnel à partir de leur cellule, mètre par mètre, trois mois durant, dans la terreur absolue d’être découvertes. Enfin, le 19 avril 1987, Malika, Maria, Raouf et Abdellatif s’évadent. Pour ne pas risquer d’être remarqués, ils laissent derrière eux leur mère et leurs deux soeurs.

Raouf raconte cette évasion : « Après cinq jours de cavale jusqu’à Tanger nous avons été rattrapés. Mais nous avions eu le temps de lancer un appel de détresse à Alain de Chalvron qui était à l’époque à RFI. Le monde a découvert notre histoire. On nous a emmenés pendant quatre mois au commissariat du Derb Moulay Chérif, à Casa. Ensuite dans une maison isolée dans les environs de Marrakech. Nous n’avons été libérés qu’en février 1991 en pleine première guerre du Golfe pour que notre sortie passe inaperçue. Nous sommes restés au Maroc encore six ans sous très haute surveillance 24 heures sur 24, puis nous avons organisé une seconde évasion en 1996 pour ma soeur Maria qui a pu quitter le royaume. Ma soeur est passée en Espagne, puis en France. »

UNE VIE APRÈS LA PRISON

Une folle aventure qui conduit Jacques Chirac, devant la pression des médias, à leur accorder un visa d’entrée. Hassan II, mis devant le fait accompli, ne peut plus reculer et, deux jours plus tard, leur délivre des passeports. Ils sont enfin libres. Depuis, ils vivent entre la France, les États-Unis et le Maroc, ils ont fait des études, et trois d’entre eux ont écrit leur histoire. Malika, la première à parler, est devenue célèbre grâce à son livre La Prisonnière, se faisant même inviter chez Oprah Winfrey, en 2001, devant des millions de téléspectateurs afin d’en faire la promotion. Ensuite Raouf, aujourd’hui historien, installé à Cannes, a publié Les Invités, vingt ans dans les prisons du roi (Flammarion, 2003) et enfin Soukaïna, la cadette qui vit à Paris, a sorti La Vie devant moi (Calmann-Lévy, 2008). Fatéma, elle, n’a pas pu vivre bien longtemps loin de son pays chéri et s’est finalement installée à Marrakech à partir de 1998.

Comment vivre, survivre, après une telle tragédie ? Raouf se rappelle : « Elle qui était si orgueilleuse, a dû avaler des couleuvres pour tenter de nous assurer le minimum vital, pour essayer de nous reconstruire, réapprendre à vivre. Elle a même sollicité financièrement son père et a emprunté à quelques bonnes âmes. » Elle qu’on savait mondaine vivait simplement selon son fils, et n’avait pas dérogé à ses habitudes : « Une marche quotidienne de près d’une heure dans les quartiers populaires, car, disait-elle, elle y percevait les senteurs, la culture du Maroc authentique et de ses gens vrais. » Discrètement, elle a fait son chemin, lisant, peignant, écrivant. Elle ne s’est pas beaucoup exprimée, mais elle aura accordé quelques interviews.

Des derniers entretiens qui en disent long sur son état d’esprit, sa combativité légendaire et son envie d’être entendue, surtout par Mohammed VI qu’elle avait vu naître, pour qui elle avait beaucoup d’affection et qu’elle n’avait eu de cesse de vouloir revoir. Selon Raouf, en évoquant sa disparition, elle disait : « Restez forts, dignes et unis, mes enfants, et s’il m’arrivait quelque chose, dites à Sa Majesté, qu’avec ma fin, la page d’un livre dramatique sera, je l’espère, définitivement fermée et que vous ne pâtirez plus d’une triste vie que vous n’avez pas choisie mais que l’on vous a si injustement imposée. » Le roi semble l’avoir entendue, il a ainsi pris en charge les funérailles, dans la continuité de cette volonté de reconnaître le passé afin de s’en libérer. Et Fatéma Oufkir s’en est allée en femme libre. C’est tout ce qui lui importait.

Par Sonia TERRAB

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