avril 2016
biennale

MARRAKECH ENTRE LES CULTURES

Par Sonia TERRAB
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En constante transformation depuis les années 1980, la « perle du Sud » se dote de palaces et de restaurants gastronomiques, de riads luxueux et de cabarets orientaux, ou encore de boîtes de nuit électro. Elle a même son festival international du cinéma, sa course automobile de luxe et sa Biennale d’art contemporain. Les Marocains ont d’ailleurs une plaisanterie à propos de cette cité qui se boboïse et s’internationalise : « Bientôt, il nous faudra un visa pour y entrer ! » Car en effet, Marrakech appartient de plus en plus au monde. À ces stars qui s’y rendent régulièrement, comme le dernier en date, Cristiano Ronaldo, qui accumule les va-et-vient avec Madrid pour le plus grand bonheur de ses fans Instagram. La ville semble poussée par un défi, un objectif, avant tout, de développement économique : devenir une vitrine de l’hospitalité légendaire marocaine, de son patrimoine, avec ses nombreux monuments, mais aussi une destination trendy, une pause parfaite à trois heures d’avion de Paris.

Selon Amine Kabbaj, le président de la Marrakech Biennale, cette dernière, qui existe depuis six ans, a grandi au fil du temps, pour atteindre une vraie dimension internationale : « Il s’agit avant tout d’un mariage entre patrimoine et art contemporain, explique-t-il. C’est nous, les habitants, qui faisons son histoire, pas le contraire. Nous la réadaptons, nous la racontons au présent. Cette manifestation épouse la ville, il est sa continuité. » Lancé par Vanessa Branson, experte en art contemporain et sœur du milliardaire britannique Richard Branson, dans un désir de réconcilier les mondes arabe et occidental à travers la culture, cet événement est aujourd’hui 100 % marocain. En effet, pour la première fois, il a été financé entièrement par des acteurs publics et privés locaux, pour un budget de 15 millions de dirhams (1,3 million d’euros).

« Pendant la Biennale, la ville est une fête » nous dit Mahi Binebine, un vrai Marrakchi qui y vit, y peint et y écrit, cherchant son âme dans sa médina et ses murs, détaillant ses odeurs et ses saveurs dans des romans à l’allure de fresque sociale et peignant avec ses couleurs des silhouettes d’hommes ficelés par le destin. « Cette édition se déroule dans cinquante lieux différents, dans des palais d’habitude abandonnés que personne ne visite, et on y rend un hommage mérité à des artistes disparus, comme le cinéaste Ahmed Bouanani », s’enthousiasme Mahi. Ou encore Leïla Alaoui, la photographe franco-marocaine victime de l’attaque terroriste d’Ouagadougou de janvier dernier, devenue l’icône de cette cité où elle est née et de cette Biennale qui a vu son travail grandir et mûrir. « Elle est omniprésente dans toutes les expos. Dans la mienne, “Empreintes”, il y a un film réalisé par elle dans lequel on la voit parler », continue-t-il.

Cette année, la commissaire d’exposition, Reem Fadda, a mis à l’honneur cinquante artistes arabes, asiatiques, sud-américains, et d’Afrique subsaharienne, comme la plasticienne sud-africaine Dineo Seshee Bopape. « Notre Biennale n’a rien à envier aux plus grandes manifestations artistiques internationales », affirme Mahi, habitué des événements culturels partout dans le monde. Un visiteur de passage remarque qu’il a néanmoins eu du mal à se repérer, à se retrouver parmi les différents sites. « Nous faisons notre maximum pour y remédier, grâce à des plans mis à disposition du public un peu partout, une application, des kiosques, mais peut-être que cela ne suffit pas encore, c’est un travail sur le long terme. » Pour Kelsen, une jeune étudiante américaine en échange au Maroc qui avoue ne pas avoir su à quoi s’attendre exactement, c’est une très bonne surprise : « C’est chargé politiquement et émotionnellement », décrit-elle. Comme si Marrakech affirmait ses objectifs politiques à travers cette Biennale tout en offrant à ses visiteurs des vrais moments de magie. Il y a quelque chose de forcément subliminal et positif dans l’art, et la Ville rouge a su l’exploiter.Du 24 février au 8 mai 2016. marrakechbiennale.org

les bonnes adresses

CLASSES ET BRANCHÉS

-HÔTEL BAB Un cinq-étoiles calme et chaleureux, situé au cœur du quartier moderne de Guéliz, à quelques minutes de la médina.Minimaliste et moderne, raffiné et coloré, il bénéficie d’un rooftop où est installé un bar, Le Skylab, où il fait bon siroter un verre sous le doux ciel marrakchi. babhotelmarrakech.ma

-RESTAURANT DAR MOHA Pour les aficionados de la gastronomie et plus particulièrement de la si réputée cuisine marocaine, c’est au Dar Moha qu’il faut se rendre. Cette demeure, qui fut pas moins que la résidence du grand couturier Pierre Balmain, après avoir été celle du secrétaire du pacha Glaoui, aujourd’hui abrite une prestigieuse table d’hôte où le chef Moha vous régale de sa cuisine traditionnelle revisitée. darmoha.ma

-GALERIE NOIR SUR BLANC Pour rester dans l’ambiance de la Biennale, la galerie Noir sur Blanc, avec son design épuré, est un rendez-vous pour les artistes contemporains du royaume et d’ailleurs. Intimiste, engagée aussi, cette galerie fondée par deux Marocaines favorise les échanges entre le public et les créateurs. À voir pendant la Biennale : « C’est mon histoire… », le travail d’un collectif de femmes originaires d’Alma, un douar de montagne berbérophone situé dans la région d’Agadir. Eh oui, arty et féministe, on vous dit ! galerienoirsurblanc.com

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