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Rencontre

Monseigneur Samuel Kleda
«Contre le coronavirus, notre continent a quelque chose à offrir»

Par François.BAMBOU - Publié en février 2021
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VICTOR ZEBAZE
VICTOR ZEBAZE

Depuis trente ans, l’archevêque de Douala cultive une passion pour les plantes, avec lesquelles il guérit des milliers de malades. Il a mis au point un traitement contre le Covid-19 (non homologué), plébiscité localement. Et nous raconte l’histoire de sa « potion », dont il garde farouchement le secret de la composition.

Du haut de sa stature imposante, Monseigneur Samuel Kleda, archevêque de Douala, domine une palette de sujets. Qu’il s’agisse de photographie, d’environnement, de phytothérapie, d’élevage d’animaux rares ou, bien entendu, de religion, il surprend par sa culture débordante et éclectique. Par son austérité aussi, qui jure avec le train de vie habituel des évêques au Cameroun. À 61 ans, sa carrière au sein de l’Église catholique romaine est plutôt enviable, lui qui fut ordonné prêtre en 1986 à Golompwi – où il est né – pour le compte du diocèse de Yagoua (Extrême-Nord). Il est ensuite nommé évêque de Batouri (Est), en 2000, par Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II. Avant d’être désigné, en 2009, à la tête de l’archidiocèse de Douala. En 2013, la 38e assemblée plénière des évêques du Cameroun l’élit comme président de la conférence épiscopale. Une fonction qui donnera encore plus d’écho à ses prises de position – parfois embarrassantes pour le gouvernement – à  propos de sujets politiques ou des droits de l’homme. Très soucieux de la voix de l’Afrique dans le dialogue des cultures du monde, l’archevêque a publié en 1991 un ouvrage intitulé La Sorcière et son fils : Contes toupouri du Cameroun. Ces histoires décrivent la sagesse et la conception du monde de ce peuple ainsi que sa capacité à faire face aux obstacles et à la rudesse de la vie. C’est dans cette même logique qu’il entreprend, depuis trente ans, des recherches dans la médecine traditionnelle de diverses contrées du pays. Le remède qu’il affirme efficace contre le Covid-19 – concocté à base de plantes locales – est ainsi devenu extrêmement prisé par les populations.

AM : Il y a quelques mois, vous avez déclaré avoir vaincu le Covid-19. Sur quoi se fondait votre optimisme ? 
Monseigneur Samuel Kleda : Je dirais qu’il ne s’agit pas simplement d’optimisme, mais de faits. Toutes les personnes infectées qui ont pris ce médicament naturel ont guéri. Vous conviendrez avec moi que si, grâce à lui, la maladie ne tue plus, on peut dire qu’elle est vaincue. On sait désormais comment y faire face. Depuis le mois de mars 2020, au Cameroun et parfois à l’extérieur du pays, nous parvenons à mettre les malades hors de danger grâce à ce remède. On peut s’avancer en disant que si le traitement était donné au monde entier, il n’y aurait peut-être plus de morts du coronavirus.

De quoi votre traitement est-il composé et comment agit-il ?
J’étudie  les  plantes  depuis  une  trentaine d’années.  Quand  la  pandémie  est  arrivée  au Cameroun, j’ai essayé de recenser l’ensemble des recettes et combinaisons dont je disposais dans mon herboristerie. Et j’ai mis au point un remède adapté.  Lorsque  les  premiers  patients  qui  en ont bénéficié ont recouvré la santé, nous avons décidé d’en produire en quantité. Seules des plantes entrent dans sa composition. Pour ce qui est de son mode d’action, je dirais qu’une fois administré, et quel que soit l’état du malade porteur du virus, on constate une amélioration dès les premières 24 heures. Le produit a été prescrit à des malades qui étaient sous assistance respiratoire, et la rémission a été assez rapide. Nous avons entendu des témoignages de médecins qui pronostiquaient le décès de leurs patients, jusqu’à ce que le produit leur soit donné. Ce dernier agit principalement sur les complications respiratoires, en neutralisant les effets du virus sur les poumons.

Comment ce produit a-t-il été accueilli par le public et le corps médical ?
Pour ce qui est du grand public, il y a un réel engouement. Tout le monde veut en bénéficier, que ce soit au Cameroun ou ailleurs. Au départ, ici, l’ordre de médecins ne recommandait pas de prendre ce produit, parce qu’il n’a pas été homologué. Or, dans le même temps, les populations, informées de son  efficacité par ceux qui l’avaient déjà utilisé, se bousculaient pour en obtenir. Je précise que l’accès au produit est totalement gratuit, la seule condition étant de présenter un test du Covid-19 positif. Au Cameroun, il y a au moins 15 000 personnes infectées qui l’ont pris. Pour les quantités envoyées à étranger, je ne peux pas encore savoir combien de malades ont guéri.

Selon vous, pourquoi certaines personnes choisissent-elles de prendre vos produits plutôt que de se rendre à l’hôpital ?
Je dirais simplement qu’elles font ce choix parce que le remède est efficace ! Certains patients, retenus à l’hôpital après avoir été testés positifs, demandent que le produit leur soit apporté sur place.

Des milliers de doses de votre remède ont déjà été distribuées gratuitement. Comment financez-vous votre production ?
Nous recevons de nombreux dons de personnes de bonne volonté, ce qui nous permet de continuer à mettre gracieusement le produit à disposition de tout malade qui présente

cathédrale
La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, à Douala. ALAMY STOCK PHOTO

un test positif. En tant que prêtre, mon rôle est d’aider les gens et de sauver des vies. Ces dons nous permettent de soulager la peine des malades et de les guérir, sans qu’il n’y ait de contraintes financières.

Le gouvernement camerounais a formé une équipe scientifique pour travailler avec vous, afin de vérifier l’efficacité du produit et son innocuité. Comment s’est passée cette collaboration, et quelles en sont les conclusions ?
Cette  équipe  scientifique  a  effectivement  travaillé  avec nous. Et admis l’efficacité du produit. Elle a aussi établi qu’il n’entraînait aucun effet secondaire et qu’il était efficace sur d’autres maladies respiratoires. Des essais cliniques ont été réalisés avant ces conclusions, et tout indique que le produit n’a pas d’effets secondaires et ne présente donc aucune toxicité. Il s’agit de plantes que j’étudie depuis de nombreuses années, que ce soit dans mon herboristerie ou dans la bibliothèque que j’ai constituée pour l’étude des plantes africaines et d’ailleurs. Je connais AFRIQUE MAGAZINE I 413 – FÉVRIER 2021  63donc leurs différentes propriétés et je ne saurais introduire une plante présentant une quelconque toxicité dans la composition d’un remède.

Quand les résultats des travaux de cette équipe scientifique seront-ils rendus publics ?
Les analyses ont été réalisées, avec les conclusions que j’ai évoquées plus haut. Je suppose que les autorités vont bientôt les rendre publiques. En tous les cas, je l’espère fortement.

L’annonce de la mise au point d’une potion contre le Covid-19 par l’archevêque de Douala a surpris une grande partie de l’opinion, qui connaissait le prélat au verbe franc, mais pas le guérisseur. D’où vous vient cette passion pour l’herboristerie ? Et comment l’avez-vous découverte ?
Je suis prêtre. En cette qualité, je suis censé être au service des hommes. Donc lorsque j’ai la possibilité de soulager la peine des miens, comme Jésus nous l’a enseigné, j’ai le devoir de le faire. J’ai beaucoup appris au sujet des plantes dans les livres, mais aussi au contact des guérisseurs de diverses contrées que j’ai visitées. Quand je séjournais au Nord Cameroun, par exemple, j’allais à la rencontre de guérisseurs locaux. C’est vrai qu’au début de cette démarche, j’avais beaucoup d’hésitations. Dans les milieux chrétiens, on assimile souvent les guérisseurs à des marabouts, plus ou moins opposés aux valeurs chrétiennes. Mais j’ai longuement échangé avec eux sur les plantes qu’ils utilisent, tout en poussant les recherches plus loin sur chaque plante et sur leurs pouvoirs thérapeutiques. Et c’est devenu une passion.

Avant la crise du Covid, vous aviez également coutume de soigner les gens ainsi ?
Oui, bien sûr. Je fais ce travail depuis près de trente ans. Je possède une herboristerie. Elle est destinée à aider les gens et à soulager leur peine.

Les experts occidentaux prédisaient le pire en Afrique, avec des millions de morts, lors de la première vague de la pandémie. Pourtant, cela ne s’est pas produit. Qu’est-ce qui a protégé le continent selon vous ?
Beaucoup de personnes utilisent diverses décoctions à base de plantes dès qu’elles ont un malaise. À force de les utiliser, notamment contre le paludisme, je pense que nos populations ont développé de solides défenses immunitaires. Face au coronavirus aussi. D’une manière générale, en regardant les grandes pandémies dans l’histoire de la médecine, on constate que c’est bien souvent grâce aux plantes utilisées dans les médicaments que l’on en est arrivés à bout. Les plantes sont une chance pour l’Afrique.

Selon vous, le continent est-il capable d’apporter une solution au monde contre le coronavirus ?
Il est effectivement en mesure d’apporter une réponse. Malheureusement, l’Afrique n’est pas assez écoutée. Et l’Occident pense souvent que l’on ne peut rien en tirer de bon. C’est dommage. Ici, nous restons très proches de la nature, des traditions ancestrales, et dans le domaine médical, c’est souvent une chance.

Au moment où le monde fait face à une nouvelle vague, avez-vous été contacté par des gouvernements ou des laboratoires occidentaux ?
 Il y a effectivement eu quelques contacts, mais je pense qu’il est plus important de continuer à travailler d’ici. Je suis très encouragé par le fait que le gouvernement camerounais a mis en place une équipe scientifique afin d’analyser notre produit. Pourquoi donc s’empresser d’aller en Europe ? Si tout peut se faire ici, ça permettra à l’Afrique d’apporter son expérience au monde entier. Ce qui est troublant, c’est que nous avons beau-coup de richesses, mais nous pensons toujours que nous avons besoin de l’onction de l’Occident. Il faut se libérer de ce complexe. La science n’est ni blanche ni noire. Et je fais le choix pour le moment de m’en tenir à une dynamique africaine.

On observe que les États se livrent à une véritable course au vaccin, mais également certaines réticences de l’opinion au sujet de ce dernier. Qu’en pensez-vous ?
S’il s’avère que le vaccin ne présente aucun effet secondaire et que les gens arrivent à se prémunir contre le coronavirus, il est le bienvenu ! Mais nous avons peu de recul sur ces premiers vaccins. Personne n’est sûr à ce jour de son absence de toxicité à moyen ou long terme. D’où certaines réticences. Je dirais qu’elles sont compréhensibles. L’avenir tranchera.

Vous avez récemment été nommé membre du Dicastère pour le service du développement intégral humain, par le pape François. La mise au point de votre produit, qui est très médiatisé, a-t-elle un peu motivé cette démarche ? Et parlez-nous de cette nouvelle charge.
Il ne faudrait pas voir cette nomination comme une récompense. Je suis avant tout un pasteur, un prêtre au service de l’homme. C’est sur ce point qu’il faut apprécier cette nomination. Car justement, ce dicastère s’occupe de libérer la personne humaine, d’œuvrer pour qu’elle évolue dans un monde de paix et de justice, où la pauvreté serait vaincue. Il est en charge de libérer l’homme selon le Christ.

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