Roch Kabore, la voie de la sagesse

Par Yves Censi - Publié en
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Yves CENSI est membre honoraire de l’Assemblée Nationale, Député et Vice-président de la Commission des Finances de 2002 à 2017, ancien conseiller du Président de la République Jacques CHIRAC à l’Élysée.

Rarement un chef d’État aura dû affronter autant de crises internationales que le Président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kabore, au cours des cinq années de son mandat. On dit que c’est dans les épreuves tragiques que se forge la sagesse des hommes d’État : à cette aune, Kabore aura traversé avec succès tous ses baptêmes du feu, et maintient le cap de la transformation du Pays.

Rien n’aura épargné le Burkina Faso, son Président et son Gouvernement, qui ont été confrontés depuis 2015 à des turbulences d’une brutalité sans précédent. Ces crises ressemblent étonnamment, par leur nature, à celles des États occidentaux : terrorisme djihadiste d’une extrême violence, pandémies mondiales, chocs économiques, mise à l’épreuve des démocraties et de l’appareil d’État, nécessité d’assurer la continuité des services régaliens, de la sécurité, de la santé, de l’éducation et des infrastructures. Les observateurs commettraient une erreur en croyant qu’il existe un problème Burkinabé qui s’internationalise. En réalité, ce sont les crises mondialisées qui se sont imposées au Burkina Faso. Et le Burkina résiste. Le Burkina avance.

Tous ces évènements se sont abattus sur le Pays avec une violence inouïe en comparaison des expériences Françaises et Européennes. Dans ce chaos international, le Président Burkinabé a fait figure de rempart et de stabilisateur, en évitant d’un côté l’enlisement dans les lenteurs du G5 Sahel, et de l’autre les aventures hasardeuses et explosives sur lesquelles se sont funestement engagés d’autres pays. La tempérance obstinée de Roch Kabore a été déterminante. Sous sa présidence et loin des exaltations extrémistes, elle a permis au Burkina Faso de poursuivre sa longue marche vers les réformes et la réconciliation démocratique, maintenant le cap de la résilience nationale malgré la forte pression sécuritaire.

Le Burkina Faso s’impose aujourd’hui comme le dernier verrou permettant de bloquer l’expansion sous régionale du djihadisme. Kabore a intégré dans sa vision le rôle de la France. L’État Français présent à ses côtés au Sahel, le sait. Les conséquences humanitaires n’ont pas non plus été contournées. Churchill disait : « Si tu traverses l’enfer, avance ! ». Ainsi Kabore a-t-il fait le choix de gérer, avec l’aide du HCR, l’inévitable drame d’un déplacement massif de populations face aux attaques terroristes, tout en évitant une catastrophe sanitaire consécutive à la Covid19 particulièrement agressive à Bobo-Dioulasso et à Ouagadougou. Il a aussi fallu maintenir le fonctionnement démocratique en adaptant la logistique électorale à cette situation, après avoir géré une transition politique à haut risque. Un travail de titan en plein état de guerre. Dans le même temps, sous le feu des attaques de villages, le Burkina a été parmi les premiers à organiser un confinement, mettant en place la gratuité des soins pour les enfants de moins de cinq ans, ainsi qu’un programme anti radicalisation, de formation et d’emploi des jeunes en proie aux recrutements djihadistes.

Le contexte sécuritaire aurait pu stopper net les programmes de développement, mais ce serait sans compter avec la petite équipe de jeunes ministres de haut niveau soudée derrière son « sage », comme Eric Bougouma aux Infrastructures ou le Dr Bachir Ouedraogo à l’Énergie. Ainsi en cinq ans, la proportion de routes bitumées est passée de 24 % à 42 %, les pistes rurales aménagées de 27 % à 43 %, le taux d’accès des populations à l’électricité de 18 % à 45 %, avec notamment la mise en service de la plus grande centrale solaire de la sous région (la puissance atteindra 600 MW en 2025). Et la croissance moyenne parvient à dépasser les 6 %.

« Si tu veux tracer un sillon droit, porte ton regard sur une étoile ». Il est probable que les avancées incontestables de « Roch », dans ce contexte difficile, reposent à la fois sur ses qualités personnelles dont la patience et la tempérance demeurent les atouts maîtres, mais aussi sur l’application déterminée d’un projet qui préserve l’avenir économique, social et démocratique du Burkina Faso. En l’espèce, c’est le seul pari gagnant. Comme partout, les mouvements djihadistes cherchent à déstabiliser puis détruire le Burkina Faso en poussant à la haine et à l’aventure mortifère, faisant de l’Afrique de l’Ouest leur nouvelle base arrière. Souhaitons, pour l’Afrique comme pour l’Europe, que les prochaines échéances Burkinabées consacrent une nouvelle fois la victoire de la sagesse.