avril 2019

Salif Keita :
« L’expérience m’a apaisé »

Par Astrid Krivian
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Un autre Blanc devrait être son dernier album ! Mais le N’an kama (prodige) de Djoliba n’a pas dit son dernier mot. Les concerts et les tournées vont continuer. Tout comme son engagement pour le respect des droits humains. En particulier ceux des albinos, toujours victimes de l’ignorance et des préjugés.
 
Quand on le retrouve dans le salon de son hôtel à Paris, il est plongé sur sa tablette, absorbé par une partie de dames, son loisir préféré. « Ça me détend », confie la voix d’or du Mali. Pieds nus, chapeau melon sur le chef, il est catégorique : enregistré en partie dans son studio Moffou à Bamako, Un autre Blanc, sur lequel il a invité ses amis Angélique Kidjo et Alpha Blondy, ainsi que la jeune génération (le prince de l’afrotrap MHD, la Nigériane Yemi Alade), est son dernier disque. Las du processus de création d’un album, il n’arrête pas pour autant la musique, art qui l’a « sauvé ». Né il y a 70 ans à Djoliba, sur les bords du fleuve Niger au coeur du pays mandingue, il est issu d’une famille noble malinké, descendante de Soundiata Keita. Le chanteur a dû transgresser le système de sa caste, qui lui interdisait l’art réservé aux griots, subissant ainsi le rejet de ses parents. Atteint d’albinisme, une maladie génétique, il est aussi la cible d’attaques incessantes de la part des autres enfants. En 1968, après des années de galère et de solitude, il intègre l’orchestre national du Super Rail Band de Bamako, puis les Ambassadeurs du Motel, et il respire enfin. Menant depuis 50 ans une carrière internationale, il est devenu l’un des plus célèbres artistes du continent, ambassadeur des sonorités de son pays dont il a su préserver la nature raffinée en les frottant à d’autres univers musicaux. À travers sa fondation, il combat par ailleurs les violences et les discriminations à l’encontre des albinos en Afrique, encore victimes de meurtres sacrificiels.
 
AM : Un autre Blanc sera votre dernier album. Et pourquoi ? 
Salif Keita : Je crois que je suis fatigué ! [rires] M’asseoir pour faire un disque, élaborer la musique, les paroles et réunir dix à quinze morceaux… Tout ça prend beaucoup de temps et d’énergie. Je vais continuer de tourner, pas comme avant évidemment car j’ai 70 ans, et il est fatigant de sauter dans les bus, les trains, les avions. Mais j’aime beaucoup les tournées, j’ai toujours le plaisir d’être sur scène, je rencontre des fans de partout qui ont envie de m’écouter et de s’amuser.
 
Après cinquante ans de carrière, comment préserve-t-on le désir de faire de la musique ? 
C’est une passion, une façon de vivre, cela manque si on n’en fait pas. On en a besoin. Le monde change tellement, il s’y passe tant de choses qu’on ne peut qu’être inspiré. Il faut dire qu’aujourd’hui l’homme s’éloigne un peu plus de l’être humain. Regardez les problèmes écologiques, la nature est en danger. C’est ce qui nous pousse, nous artistes, à créer. Je n’arrê terai jamais la musique, mais sortir des albums, oui.
 
Vous dites souvent que la musique vous a sauvé… 
Ah oui, sans elle je ne serais plus là. D’une part parce que ma famille ne voulait pas que je devienne artiste, de l’autre parce que les institutions me refusaient d’exercer le métier de maître d’école. Donc, quel choix se présentait à moi ? Délinquant ou agriculteur. Je serais devenu cultivateur, mais avec ma peau très fragile exposée au soleil, j’aurais développé un cancer et beaucoup d’autres problèmes de santé.
 
Enfant, vous étiez très bon élève, et vous envisagiez même par la suite une carrière d’instituteur… 
Oui. Heureusement, grâce à l’école, je sais lire, écrire, je parle français, ce qui me permet de m’exprimer devant beaucoup de gens, de traverser le monde. Je voulais continuer mes études, mais je ne pouvais pas, à cause de ma vue. Je voulais en effet devenir instituteur, mais ça non plus, ça n’a pas marché. Parce qu’on me disait qu’en tant qu’albinos, j’allais faire peur aux élèves.
 
Vous racontez que vous avez dû développer une grande force pour faire face à ces incessantes agressions et violences dont vous étiez victime… 
Oui. Parce que j’étais différent, j’étais le seul Blanc au milieu de 500 élèves. Tout le monde croyait qu’on pouvait me battre, m’agresser, aller plus loin avec moi. Être ainsi frappé m’a vraiment appris à me défendre. Certains me suivaient jusque chez moi. Mes parents sortaient pour les chasser. Quand j’ai appris à lutter, à terrasser les gens, j’ai commencé à respirer.
 
Votre père cultivateur vous envoyait dans les champs pour surveiller les semences… 
Je surveillais les cultures et je criais pour chasser les singes, les oiseaux ; cela a un peu forgé ma voix. Mon père ne voulait pas que je cultive parce qu’il savait que le soleil était mauvais pour moi. Je montais aux arbres, j’avais fabriqué un instrument avec des troncs et j’en jouais en criant pour dissuader les animaux. [rires]
 
L’enfant que vous étiez serait-il fier de l’homme que vous êtes devenu ? 
Oui, je le crois. Parce que, sincèrement, ce n’était pas facile. Les gens sont d’une grande méchanceté, ma soeur. Vraiment. Quand tu es différent, ils ne l’acceptent pas. Dieu nous a peutêtre créés ainsi pour montrer qu’Il est puissant, qu’Il a des goûts variés, qu’Il imagine des créatures diverses. Mais les gens ne l’ont pas compris. Ta différence passe mal. C’était vraiment très méchant… Mais maintenant je passe inaperçu, on voit Salif le chanteur et non plus ma couleur de peau. [sourire] Heureusement.
 
Pourquoi avez-vous nommé votre album Un autre Blanc ? 
Vous êtes blanche, je suis blanc. Sous mon chapeau, j’ai les cheveux crépus, vous avez les cheveux lisses, on est différents : je suis un autre Blanc, n’est-ce pas ? [rires] Un Blanc d’origine africaine, qui a un papa noir, une maman noire, qui a vécu parmi les Africains. Un Blanc qui a un autre regard sur l’Afrique, sur la couleur noire, un Blanc qui n’est pas comme les Blancs réguliers. [rires] En somme, un Blanc au sang noir.
 
De famille noble, votre caste vous interdisait de faire de la musique, pratique réservée aux griots. Vos parents ont-ils fini par accepter votre vocation, notamment quand vous avez connu le succès ? 
Avant de mourir, mon papa et ma maman m’ont dit : « Nous prions Dieu pour que tu puisses te nourrir grâce à un autre boulot que la chanson. Que tu trouves une autre manière de vivre. » Malgré mon succès… C’est culturel. Un Keita sur une scène en train de chanter, mon Dieu, c’était pour eux une indignation. Mes parents étaient des nobles de sociétés ancestrales, ce n’est pas ce qu’ils voulaient pour leurs enfants.
 
N’éprouvaient-ils pas de la fierté envers vous et votre réussite ? 
Pourtant, j’ai tout fait pour eux, c’est moi qui ramenais à manger, ce qui est normal cela dit… Que voulez-vous ? La culture a ses obligations et ses lois auxquelles on ne peut échapper.
 
C’est pourquoi, en 2005, avec votre morceau « M’Bemba », vous demandiez pardon à votre ancêtre Soundiata Keita, fondateur de l’empire du Mali au XIIIe siècle, pour avoir enfreint la loi de votre caste ? 
En effet, je lui chante des louanges, j’implore son pardon. Je dis que chanter pour moi est peut-être une chance pour ma langue, ma voix, mais pas pour mon ethnie. Je le reconnais. Mais un artiste qui chante des choses positives, qui éduque les gens, n’est-il pas aussi noble à sa façon ? Moi, j’ai été arrosé de tous les côtés durant mon enfance. Mes parents me disaient : « Tu es noble, tu ne dois pas chanter », mais les étrangers ne voulaient pas de leur côté que je devienne instituteur parce que j’aurais fait peur aux enfants… J’ai été arrosé par toutes ces choses, et c’est pourquoi j’ai beaucoup vécu seul. Aujourd’hui, on pense que je n’aime pas être avec les gens, mais ce n’est pas ça. C’est qu’on m’a trop fait peur. Et cela m’a rendu solitaire.
 
À quel moment de la journée travaillez-vous votre musique ? 
À partir de minuit, jusqu’à l’aube. Parce que la nuit, tout est calme, le téléphone ne sonne pas… Tu es seul avec ta guitare. Tu as le temps et l’inspiration. J’adore jouer dans l’obscurité ! Il fait noir, mais cela ne veut pas dire qu’il fait obscur. Tu perçois beaucoup de choses. Les idées s’éclairent. La lumière intérieure brille.
 
Quelle est votre journée type à Bamako ? 
Vous ne me croiserez jamais en ville. Je suis tout le temps à la campagne ou au bord du fleuve Niger, auprès duquel j’ai grandi. J’y tiens beaucoup. La nature inspire ma musique. Je suis un vrai combattant pour la nature. Parce que je crois que c’est tout ce qu’il nous reste, il ne faut pas qu’elle nous échappe.
 
Sur votre album La Différence, en 2009, vous aviez justement dédié la chanson « San Ka Na » au fleuve Niger pour éveiller les consciences sur sa protection. Quel est son état actuel ? 
Il est pollué et il est en train de se tarir, d’être oublié, de disparaître. Les orpailleurs y versent du mercure, de l’acide, tous les produits nuisibles pour la vie. À plusieurs reprises, des budgets ont été alloués pour le traitement, le nettoyage… Mais l’argent a été bouffé ailleurs. [soupir d’exaspération] Les politiciens ne s’en occupent pas. J’habite sur les bords du fleuve, et j’ai acheté une île au milieu, Djataland. Quand il fait chaud, tout le monde vient : touristes, Bamakois… Il y a une abondance de manguiers, d’oiseaux, de lézards… Et on ne tue rien, personne ne chasse, c’est la loi de l’île ! Les oiseaux sont heureux là-bas. J’ai même interdit la pêche à cause de la pollution. Il y a une plage, des restaurants, des cases climatisées, des installations sanitaires, le wi-fi… Je fais de mon mieux pour y préserver la nature.
 
Vous avez créé en 2005 la Fondation Salif Keita pour les albinos. Quelles sont vos actions ? 
Nous faisons de la prévention santé en fournissant aux personnes atteintes d’albinisme des protections, comme les crèmes solaires. C’est très important car, dès l’âge de 15 ans, ils commencent à développer le cancer de la peau. Il y a trop de soleil en Afrique. Souvent, ils viennent nous voir quand c’est trop tard, le cancer est déjà avancé. Nous intervenons aussi pour leur insertion sociale. Par exemple, si à l’école les albinos ne sont pas assis au premier rang, ils ne voient pas le tableau. Nous demandons donc aux directeurs des établissements de les placer devant. On a souvent des problèmes avec les habitants des campagnes qui ont un enfant albinos. Les maris quittent le foyer, laissant femme et enfant, que nous prenons en charge. Surtout, nous prévenons les albinos de faire très attention à eux, car encore aujourd’hui ils sont sacrifiés, ma soeur. Lors de la dernière élection présidentielle, certains ont été tués. Ces meurtriers n’ont pas d’états d’âme. Ils les assassinent d’une façon atroce. Le gars a arraché la fillette à sa maman et l’a décapitée, éventrée, à 500 m, a pris ce dont il avait besoin et est parti. Ils sont très méchants. Pour eux, les albinos sont des animaux, il faut les traiter comme tels, tu peux les tuer comme tu égorges un boeuf, un mouton… Oui…
 
Pourquoi perpètrent-ils ces crimes pendant l’élection présidentielle ? 
Pendant toutes les périodes électorales, pas la seulement présidentielle : municipales, législatives… Il faut alors faire très attention à ces enfants car ils disparaissent. C’est de la sauvagerie, de l’analphabétisme, parce que ces gens n’arrivent pas à expliquer la cause biologique de l’albinisme. Selon leurs croyances, les albinos sont puissants, et pour s’approprier leur puissance et remporter ainsi les élections, il faut les tuer, boire leur sang, faire des incantations avec des parties de leur corps… Un candidat va voir son marabout qui lui demande la tête d’un albinos, le coeur, une partie génitale… tout. Ça se passe encore actuellement. Mais ils procèdent de plus en plus discrètement car ils savent qu’on les a à l’oeil, et qu’on n’hésiterait pas à les dénoncer, à les poursuivre. 
 
Vous avez aussi oeuvré pour que les jeunes albinos acquièrent une bonne estime d’eux-mêmes et qu’ils puissent aussi se retrouver entre eux… 
Oui. Parce qu’ils avaient peur de se réunir, pour eux c’était comme s’ils formaient une proie collective. Mais depuis que les associations existent, ils ont commencé à se rencontrer, à se battre ensemble pour leur vie. Et ils croient que, si on ne les aime pas, c’est parce qu’ils ne doivent pas être aimés. Non ! Ce n’est pas vrai… Comment peux-tu refuser ta personne ? Chacun de nous est né pour une mission donnée, nous sommes tous des prophètes à part entière, venus pour servir la société, y jouer un rôle, tu ne dois pas refuser le tien. Ce n’est pas parce que tu es harcelé, rejeté, stigmatisé que tu dois fuir ta destinée. Tu fais partie de cette machine, il ne faut pas faillir à ton devoir. C’est ce qu’on leur dit. Il faut tenir, tu es là pour ça, il faut que tu assumes. Ainsi, ils ont commencé à se voir, à s’entraider, à parler entre eux, à se donner la main pour se battre. Je suis vraiment fier de ça. Puis, l’ONU a créé la Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme, qui a lieu le 13 juin. Ça nous a bien confortés et donné un peu de voix. Et j’espère que ça va avancer encore.
 
Il y a des concours de beauté dans certains pays africains, pour élire une Miss ou un Mister Albinos… 
Oui j’y ai souvent assisté, on y voit vraiment de très belles femmes ! C’est bien, il faut que les albinos se considèrent comme des personnes à part entière.
 
Votre fille Nantenin, également atteinte d’albinisme et de déficience visuelle, est présidente de votre fondation. Athlète de haut niveau, elle a remporté dans la catégorie du sprint trois médailles aux jeux Paralympiques de Pékin et de Londres, deux titres de championne du monde et cinq titres de championne d’Europe. Elle a été promue Chevalier de la Légion d’honneur. C’est vous qui lui avez transmis cette force de caractère ? 
Je suis vraiment fier d’elle. Quand je l’ai emmenée pour vivre en France à l’âge de 2 ans, j’ai vraiment eu peur. Que va-telle devenir ? Mais elle a compris dès son plus jeune âge qu’il fallait qu’elle se batte. Je ne lui ai pas caché, je lui ai dit : « Tu es née pour te battre. Ne crois pas qu’on va t’amener la vie sur un plateau d’argent. Tu te démènes et tu auras ta récompense, venue du Ciel. » Elle a très tôt compris qu’elle est différente et qu’on ne lui fera pas de cadeau si elle ne bataille pas. 
 
Avez-vous atteint une certaine sérénité avec les années ? 
Obligatoirement. Plus on avance en âge, plus on est sage. On comprend mieux les gens, on analyse avec plus d’acuité. J’étais très énervé quand j’étais jeune, j’étais bagarreur, parce que la société m’avait rendu ainsi. Maintenant j’accepte, je ne suis plus comme ça. La vie, l’expérience m’ont apaisé.
 
Quelle est la place de la spiritualité dans votre vie ? 
Je crois au fatalisme. Ma spiritualité, c’est que rien ne se fait au hasard. Il faut accueillir les situations. C’est très important. Certes, pas n’importe quelle situation, mais il faut accepter quand même qu’il y ait un dieu. Je ne suis pas pieux, mais je crois en Dieu. À la base, je suis musulman mais j’adore la diversité religieuse. Chacun a sa façon de s’approcher du divin.
 
Vous dites que, pendant longtemps, votre guitare a remplacé l’amour d’une femme… 
C’est vrai. Si je laisse ma guitare ici quelque temps, quand je reviens, elle me reprend de la même manière. [rires] Je dormais en serrant fort ma guitare dans mes bras. Je trompais ma solitude avec elle. Aujourd’hui encore, je ne peux pas me séparer d’elle, je ne peux pas ne pas en jouer. Elle est merveilleuse. À n’importe quel endroit où tu la touches, elle te répond.
 
Les femmes représentaient-elles un risque de souffrance pour vous ? 
Quand tu grandis dans une société où les gens se moquent de toi tout le temps, crois-tu que tu vas apprendre ce qu’est l’amour ?! Ce n’était vraiment pas facile…
 
Et aujourd’hui, comment ça va avec les femmes, l’amour ? 
[rires] Ça va, ça va !
 
Vous qui avez chanté « Africa » sur votre album Folon (1995), croyez-vous en un continent uni ? 
Je crois à une complémentarité entre les continents, un monde qui bouge, Blancs et Noirs ensemble. Quant au panafricanisme, ça n’arrivera jamais. Le budget de l’Union africaine est constitué en majorité de fonds extérieurs à l’Afrique. [soupir exaspéré] De quoi ils se mêlent ? L’Afrique doit s’instruire, se cultiver, pour mieux comprendre les choses, dans leur vrai sens. S’éloigner des mauvaises croyances… L’éducation est la priorité. Les Africains n’ont pas compris la démocratie, on ne peut pas l’enseigner à un peuple analphabète. Réglons d’abord ce problème d’instruction ; à partir de là, on pourra avancer. Car on a tous salué l’arrivée de la démocratie, mais avec le recul on se rend compte qu’on a commencé par la fin. Nous en souffrons beaucoup. Dès ce moment, on nous a manqué de respect. Nous avons eu beaucoup de problèmes que nous n’avions pas auparavant, comme la corruption. Et puis, les Africains ont eu la religion musulmane par les Arabes, la religion chrétienne avec les Occidentaux, ils sont là devant ce tableau que les autres leur ont imposé, qui se dresse devant eux et les empêche d’avancer. Donnez le Coran à traduire à un Africain, il ne saura pas le faire. Il y en a même qui prient, répètent des phrases qu’ils ne comprennent pas. Enfin, il faut dire la vérité, quoi… Tu as de l’or, du pétrole chez toi, tu ne sais pas comment l’exploiter, et moi je suis blanc, je viens l’exploiter, j’en fais ce que je veux et je ne vais pas te le donner. Mais si le Blanc l’exploite, il faut que j’en profite aussi alors ! Regardez, la Chine dans les années 1950 n’était rien, elle n’avait pas développé ses industries, ses technologies, mais elle a avancé en gardant sa culture de base. Tandis que l’Africain est en train de quitter sa culture pour une autre qu’il ne connaît pas.
 
Vous constatez que les musiciens du Mali ont porté haut les couleurs de leur pays dans le monde, mais qu’en retour l’État ne leur a accordé aucune reconnaissance… 
Les musiques africaines en général ont beaucoup servi le continent, en permettant de faire connaître sa diversité culturelle dans le monde entier. Aujourd’hui, il n’y a pas un festival musical où l’on ne programme pas un artiste africain, mais l’État malien n’en a cure. Les hommes politiques se servent de la musique pendant les élections, sinon ils n’y attachent aucune importance. Je voudrais qu’ils soient francs, justes, qu’ils comprennent qu’ils sont là parce qu’il y a des gens pauvres derrière. Mais ils ne voient jamais la misère passer, jamais ! En tant qu’artistes, nous la voyons devant notre porte, tout le temps, parce que les pauvres viennent nous voir. Quelqu’un qui souffre de faim peut-il approcher un président ? Non, car tous ces hommes de pouvoir sont entourés de policiers. Ils ont la belle vie, tandis que la misère se promène en ville, à chaque coin de rue. Je ne peux donc être d’accord avec eux. S’ils prêtent serment d’agir pour le bien de leur peuple et que rien de sérieux n’en ressort, je ne peux pas leur accorder de l’importance.
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