décembre 2015
L’agenda

Soro Solo

Par Belkacem Bahlouli
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Celui que l’on surnomme « vieux père » a commencé la radio il y a plus de trente ans dans son pays, la Côte d’Ivoire. Il rejoint l’antenne de France Inter en 2006 avec une émission quasi culte, « L’Afrique enchantée ». Depuis la rentrée, il anime « L’Afrique en solo », où il marie habilement plaisir musical, histoire et actualité, esprit critique et bonne humeur.

Son shopping
Une écharpe en lin de Madagascar, une chemise d’un couturier européen et un bijou du Sénégal : mon style traduit ce que je suis, un homme ouvert sur le monde. À Paris, je vais dans les boutiques qui dégriffent les grands créateurs ou aux puces de Montreuil. En Afrique, je préfère les marchés populaires. J’ai trouvé à Dakar un collier de cuir tressé que je ne quitte plus. C’est un symbole, avec mes natty et ma boucle d’oreille, pour parler de mes origines au hasard d’une conversation.

Son projet
Ma nouvelle émission, « L’Afrique en solo », le dimanche à 22 heures sur France Inter. Elle reste dans la continuité de « L’Afrique enchantée », mais se rapproche plus de la fiction que du documentaire. Je me place en conteur. Je mets en lumière ce continent encore mal connu en France, malgré plus d’un siècle d’histoire commune, sans parler de la période de l’esclavage. Je ne nie pas sa face sombre, mais je veux montrer son sens du combat, sa créativité, son humanité et sa foi militante.

Son voyage
J’ai prévu de partir en reportage à l’île Maurice. En plus de ses superbes paysages, cet endroit me fascine. Son histoire est différente de celles de ses voisines La Réunion ou les Comores. Trois communautés cohabitent relativement en paix : les Créoles, les Indiens et une minorité descendant des colons. En allant à la rencontre des populations, je compte recueillir des histoires croustillantes à raconter à mes auditeurs !

Son hobby
Rencontrer les gens déconstruit les clichés et permet d’aller au-delà des différences, pour une meilleure connaissance de l’autre. Quel que soit l’endroit. Je suis tombé amoureux de Montréal et des Québécois, de leur français, de leur culture à la fois latine et nord-américaine. On m’a accueilli avec une bouteille de sirop d’érable, de la même manière qu’on offre la calebasse d’eau fraîche dans mon village de Côte d’Ivoire ! J’ai aussi adoré l’Égypte. J’ai aimé ce que l’on y ressent, cette perception profonde que l’on a de notre histoire.

Sa musique
Le dernier CD de Ballaké Sissoko et Vincent Segal, Musique de nuit. Il a été enregistré, en acoustique, sur la terrasse de la maison de Ballaké Sissoko, à Bamako, pendant la nuit. J’aime l’acoustique. Pour moi, les émotions s’expriment à travers une voix ou un instrument, pas une machine. Et cet album incarne la mythologie nocturne : de nombreux mythes fondateurs ont lieu à ce moment particulier, les esprits sortent pour assister les humains… C’est aussi l’heure des confidences, là où les bruits s’estompent, où les voix se font plus douces ; l’individu est plus en communion avec lui-même.

Son bonheur
Il est intimement lié à mon travail de radio : rendre justice aux humains, et au regard qu’on pose sur eux. En Côte d’Ivoire, avec mon émission « Le Grognon », les citoyens dénonçaient les escroqueries de l’administration dont ils étaient victimes. Dans l’Hexagone, mes émissions combattent l’ignorance et la désinformation au sujet de mon continent d’origine. Par exemple, l’idée reçue sur l’aide apportée par la France, alors que de très nombreuses entreprises font du business dans ses ex-colonies…

Sa table
La mienne ! J’adore cuisiner pour mes amis, en France, c’est l’occasion de leur faire déguster les mets de ma région d’origine. Et de leur faire découvrir les traditions liées à la nourriture, la dimension sociale d’un plat. Par exemple, préparer une pintade pour une amie qui vient d’accoucher, ou un plat sauce pistache pour quelqu’un qu’on estime beaucoup. Mafé, poulet kedjenou, yassa, poisson braisé… je fais les recettes basiques d’Afrique de l’Ouest. Et, en plus du plaisir de mitonner un menu pour mes convives, cette activité me détend, me vide la tête.

Son film
Il y en a un qui m’a particulièrement marqué cette année : Les Nouveaux Sauvages, de Damián Szifron. Ce film revient sur les parcours de différents personnages qui racontent la même histoire et qui montrent la même exaspération. Il analyse la manière dont l’homme occidental est devenu victime du système capitaliste. Sur un mode humoristique, il montre aussi qu’en Occident, ce système fou n’a ni nom ni visage.

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