Tous pour tous : prioriser la lutte contre la grande pauvreté

Par Zyad Limam - Publié en
Share
Dans la banlieue d’Accra, au Ghana, la décharge d’objets électroniques d’Agbogbloshie. Des milliers d’adultes et d’enfants y travaillent. ANDREW MCCONNELL/PANOS-REA

Lisez bien ce chiffre. Aujourd’hui, malgré l’émergence et les beaux discours sur les nouvelles classes moyennes, près de 40 % d’Africains, soit plus de 400 millions de personnes, vivent au-dessous du seuil de l’extrême pauvreté, fixé à 1,90 dollar par jour (1,70 euro) selon les critères internationaux. Des progrès ont été réalisés, mais bien en deçà de la performance des pays asiatiques. Selon la Banque mondiale : « L’extrême pauvreté devient un problème essentiellement africain. » Qui se voit lorsque l’on s’éloigne des centres. Au-delà des causes structurelles (crises, enclavement, gouvernance…) de ce fléau, l’Afrique est un continent fortement inégalitaire. La croissance est là, les richesses s’accumulent, mais les inégalités sont criantes. La croissance récente a profité à ceux qui « avaient déjà » : les capitales, les villes côtières, les élites déjà formées. Lesquelles intègrent sans trop de difficultés ces béances dans la société. Le rapport de l’Afrique à la pauvreté, à sa pauvreté paraît véritablement féodal… Redistribution, protection sociale, inclusivité, soutien aux plus fragiles doivent redevenir des urgences, des éléments constitutifs de la modernité. L’aide internationale, le soutien aléatoire des G7 et autres G20 ne sont pas négligeables, mais l’effort doit avant tout venir de l’intérieur. « Il est temps que les Africains prennent leur destin en main, retrouvent confiance en eux et refusent d’être considérés comme la dernière frontière obscure de l’humanité. Qui mieux que nous savons ce dont nous avons besoin ? » écrit l’économiste Felwine Sarr.