février 2020

Un miracle au Sahel ?

Par Cherif Ouazani
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Alors qu’il achèvera son second et dernier mandat début 2021, le président Issoufou Mahamadou met les bouchées doubles pour atteindre l’objectif qu’il s’était fixé : sortir son pays du carcan de la pauvreté et y créer les conditions de l’émergence.

Quand Issoufou Mahamadou remporte, le 12 mars 2011, le second tour de l’élection présidentielle, son pays accumule les mauvaises nouvelles. La veille, le 11 mars, un tsunami a balayé le Japon et sa centrale nucléaire de Fukushima. La catastrophe provoquera un effondrement des cours de l’uranium, principale source de revenus du Niger (quatrième producteur mondial). L’environnement géopolitique de la sous-région est des plus instables, avec la crise politique en Côte d’Ivoire, locomotive de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Son voisin septentrional, la Libye, principal investisseur au Niger, est englué dans une guerre civile qui aura, quelques mois plus tard, raison de l’État et mettra les arsenaux de Mouammar Kadhafi (plus de 25 millions d’armes de tous calibres et des milliers de tonnes de munitions) à la portée des groupes terroristes et des réseaux de trafiquants de drogue qui sillonnent le Sahel. Au sud, la situation n’est guère brillante avec le grand voisin nigérian, dépassé par assauts des djihadistes de Boko Haram. Issoufou Mahamadou n’a pas bouclé sa première année aux affaires que le voisin malien tombe à son tour dans l’instabilité, une coalition de rebelles et de djihadistes occupant plus de la moitié de son territoire, déclenchant dans la région la plus grande opération militaire des Nations unies, appelée « Minusma ». Cette conjoncture pour le moins défavorable n’a pas découragé le président Issoufou. Il avait promis de faire renaître son pays, il tiendra son engagement. Huit ans plus tard, le pays est transformé de fond en comble. Ce bourg qu’était Niamey, où l’on croisait plus de dromadaires que de voitures, est devenu une capitale moderne avec de larges avenues éclairées et entretenues par une cohorte d’agents municipaux veillant au mobilier urbain [voir plus loin]. Ses débuts à la tête de l’État, Issoufou les consacre à apaiser les tensions politiques. Les rapports entre pouvoir et opposition sont exécrables. La société civile tient les deux en haute suspicion. Civils et militaires se regardent en chiens de faïence. La priorité est donc accordée aux questions de gouvernance et à la défense du territoire national menacé par la contagion islamiste. Le Président met en place les institutions de la République malmenées par les putschs militaires. Il apaise les tensions politiques en optimisant les conditions requises pour l’organisation des futures échéances électorales : l’adoption d’un nouveau code, l’installation du secrétariat permanent de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et l’élaboration du fichier biométrique. En matière de justice, il s’implique dans la promotion des droits humains, accentue la lutte contre la corruption, combat l’impunité et améliore l’accès aux services judiciaires. La gouvernance administrative est devenue plus performante grâce à un processus de transfert des compétences et des ressources vers les collectivités territoriales .

81 % DE HAUSSE DU PIB

En matière socio-économique, les différentes promesses ont été concrétisées à travers les programmes Renaissance 1 (premier mandat) et Renaissance 2 (second mandat). À ceux-ci s’est greffé le Plan de développement économique et social (PDES) sur la période 2017-2021. Tous trois s’articulent autour de huit axes : promouvoir la renaissance culturelle ; consolider les institutions démocratiques ; assurer la sécurité des personnes et des biens ; garantir l’accès à l’eau pour tous ; assurer la sécurité alimentaire à travers l’Initiative 3N (I3N), reposant sur l’idée que « les Nigériens nourrissent les Nigériens » ; moderniser les infrastructures économiques ; développer les secteurs sociaux ; et promouvoir l’emploi des jeunes. En huit ans, l’économie a enregistré un taux de croissance moyen de l’ordre de 5,8 %, engendrant une forte hausse du PIB qui est passé, en terme nominal, de 2 832 milliards de francs CFA en 2010 à 5 118 milliards en 2018, soit une progression de 81 % sur la période. Le déficit budgétaire a été réduit de moitié, passant de 9 % du PIB en 2015 à 4,2 % en 2018. La période est également marquée par une amélioration du taux de consommation des crédits d’investissement sur ressources extérieures, passant de 60 % en 2010 à 75 % en 2018. De même, les réformes entreprises dans le cadre de l’amélioration du climat des affaires ont permis au pays de progresser de 32 rangs dans le classement du rapport Doing Business de la Banque mondiale, passant du 176e rang en 2013 au 144e en 2018. Entre 2016 et 2018, le cumul de la richesse nationale a atteint 14 209 milliards de francs CFA, soit un niveau de réalisation de 96,7 % de l’objectif arrêté.

DES CHIFFRES VERTIGINEUX

Dans le domaine du développement rural, la mise en oeuvre de l’I3N a permis de renforcer les systèmes de production agro-sylvo-pastoraux (associant pastoralisme et agriculture à un environnement forestier) et halieutiques (pêche et aquaculture). Ainsi, la production céréalière est passée de 3,5 millions de tonnes en 2011 à 6,06 millions en 2018, et la production irriguée de 169 166 tonnes en 2011 à 633 605 en 2018. Le volume d’eau mobilisé a augmenté de 54 570 000 m3 par rapport au stock de 2010, estimé à 210 000 000 m3. En ce qui concerne les ressources animales, la production de viande est en progression, de 80 307 tonnes en 2011 à 119 997 en 2018, ainsi que celle du lait, de 969 754 litres à 1 335 571 sur la même période. En matière de gestion durable de l’environnement, les efforts entrepris ont permis d’améliorer la productivité des écosystèmes et de renforcer la résilience des communautés, à travers notamment le traitement de 347 352 hectares de terres dégradées et la création de 216 862 emplois temporaires. 

Cependant, le résultat le plus spectaculaire des années Issoufou tient au développement des infrastructures économiques. Les territoires ont été désenclavés grâce à la construction de près d’un millier de kilomètres de routes bitumées, du double de pistes rurales, et à la réhabilitation de routes existantes (648 kilomètres). À cela s’ajoute la réalisation, prévue en 2020, d’un oléoduc entre Agadem et Cotonou, permettant l’exportation de 100 000 barils de pétrole brut par jour, la construction d’un pipeline intérieur pour la distribution dans les grandes villes des carburants produits par la Société de raffinage de Zinder (Soraz), la modernisation de l’aéroport international Diori Hamani et les travaux du troisième pont de Niamey, sur le fleuve Niger.

En huit ans, le montant des investissements mobilisés, aussi bien dans le public que dans le privé, flirte avec les 20 milliards de dollars avec, à la clé, la création de plus de 1 million d’emplois. Des chiffres vertigineux pour les pays de l’Afrique de l’Ouest, Côte d’Ivoire et Nigeria compris. Grâce à ces performances, le Niger s’est doté de capacités hôtelières qui lui permettent désormais d’accueillir les plus grands événements politiques, économiques et culturels de la sous-région. Autant d’éléments qui donnent à ce pays central dans la zone grise qu’est aujourd’hui le Sahel, les allures d’un miracle. 

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